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Sarah Rey, historienne : « L’extrême droite aime l’Antiquité, qui ne lui a rien demandé »

Source d’inspiration, réservoir d’idées : l’Antiquité grecque et romaine a longtemps servi de culture commune. On sait que les Lumières y ont largement puisé et, avec elles, les acteurs des révolutions du XVIIIe siècle, des deux côtés de l’Atlantique. Les Grecs et les Romains étaient des modèles politiques à l’usage de tous, en un temps où les langues anciennes formaient le socle de l’éducation des élites.

Un exemple parmi mille autres : les Cato’s Letters [1720-1723], des britanniques John Trenchard et Thomas Gordon, deux défenseurs des positions whig, reprenaient à leur compte l’intransigeance morale et conservatrice de Caton d’Utique [95-46 av. J.-C.], l’un des plus farouches opposants à Jules César. Ces Cato’s Letters sont toujours revendiquées comme un texte fondateur par les libertariens américains, notamment ceux qui ont rejoint les rangs du Cato Institute, créé en 1977 par Ed Crane et Charles Koch. Ce laboratoire d’idées s’est éloigné depuis longtemps de l’héritage antique pour encourager une dérégulation économique à tous crins. Très récemment, le Cato Institute a reconnu du bout des lèvres l’existence d’un changement climatique et d’un réchauffement global. Il a aussi promu un accroissement de l’immigration au nom des bénéfices fiscaux qu’elle permet.

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Tout au long du XIXe siècle et encore dans la première moitié du XXe siècle, l’Antiquité a continué d’inspirer la vie politique, par-delà les clivages partisans. Mussolini, fils d’un forgeron acquis au socialisme, emprunta aux fasci operai [« faisceaux ouvriers »] et aux fasci dei lavoratori [« faisceaux des travailleurs »] l’un de leurs emblèmes majeurs : les faisceaux, attributs des magistrats de la Rome antique, remis au goût du jour par la Révolution française. En Allemagne, la ligue spartakiste de Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht trouva, quant à elle, dans un Spartacus déjà admiré de Karl Marx une parfaite figure tutélaire : un esclave capable de mobiliser des milliers d’hommes derrière lui et de déstabiliser l’ordre établi, avant d’être crucifié en 71 av. J.-C.
Bref, pendant plus de deux siècles, dans ses diverses réappropriations politiques, l’Antiquité fut aussi bien de droite que de gauche. Alors que, ces dernières décennies, elle se met à pencher nettement d’un seul côté. Et ce n’est pas parce que les uns témoigneraient d’une meilleure instruction que les autres. En vérité, l’enseignement du grec et du latin recule tous les jours un peu plus, l’histoire antique est de plus en plus ignorée, tous bords confondus. Mais elle persiste sous la forme d’un assemblage chaotique de mots et de symboles, sans qu’on sache bien à quoi l’on se réfère.

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Source:

www.lemonde.fr

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