L’académie de l’Héritage culturel du Rwanda a publié pour la première fois, il y a quelques semaines, un dictionnaire créant de nouveaux termes pour le secteur des nouvelles technologies. Objectif : définir une nouvelle terminologie en kinyarwanda dans un secteur souvent dominé par des langues étrangères, notamment l’anglais, et valoriser la langue nationale en l’adaptant aux réalités et innovations de l’époque. Un projet nécessaire pour les professionnels rwandais de la tech.
Publié le : 23/04/2026 – 14:27
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Avec notre correspondante à Kigali, Lucie Mouillaud
« Indebero » pour écran, ou encore « ubwenge buhangano » pour l’intelligence artificielle : au total, plus de 1 700 termes kinyarwanda sur les nouvelles technologies sont listés dans le dictionnaire.
Une initiative importante pour Alain Parfait Mucyo, co-fondateur d’Almasi Exotics, une entreprise d’agribusiness : « On est en train de créer une application, mais comment je peux expliquer aux agriculteurs que j’utilise l’intelligence artificielle pour leur envoyer des prévisions météo ?, s’interroge l’entrepreneur. Il me faut une description précise du terme en kinyarwanda pour qu’ils comprennent. Comprendre dans sa langue maternelle, ça change la donne pour tout le monde. »
Dans les locaux de Digital Umuganda, une entreprise rwandaise d’intelligence artificielle, les réunions internes mélangent l’anglais et le kinyarwanda. Audace Niyonkuru, son président, estime qu’« une fois ces nouveaux mots adoptés, le mélange des langues y sera de moins en moins important ». Des termes qui, pour lui, doivent être partagés à tous niveaux, dans l’éducation, dans les médias, sur les réseaux sociaux.
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L’entreprise travaille à développer les langues africaines dans le secteur de l’intelligence artificielle. Pour le PDG, les nouvelles terminologies en kinyarwanda représentent une aubaine. « Nous allons incorporer ces mots dans les bases de données que nous construisons pour que d’autres start-up ou chercheurs puissent les utiliser, explique-t-il. C’est une des clés de ce que nous allons faire afin que, dans notre secteur, l’IA nous réponde avec des termes locaux au lieu du mot anglais ou français. »
Derrière ce dictionnaire se cache l’Académie du patrimoine culturel rwandais, organisation publique en charge de la préservation de la culture du pays. « On a constaté qu’il y avait un besoin de termes en kinyarwanda sur le domaine informatique », souligne Egide Kabagema, l’un des lexicologues ayant travaillé sur l’élaboration de l’ouvrage.
Pour ce faire, les académiciens ont réalisé un travail de recherche pour établir leurs néologismes, souvent inspirés de termes existants. « Par exemple, « unima », ça vient du mot « mutima », le cœur. Et qu’est-ce que cela veut dire ? Cela veut dire processeur, parce qu’il y a une certaine relation entre le cœur et le processeur, élément principal pour l’ordinateur », étaye-t-il.
Développé pendant plus de trois ans, le dictionnaire sur les nouvelles technologies s’inscrit dans la politique de développement de l’usage technique du kinyarwanda, après la publication d’autres dictionnaires, notamment pour le secteur des finances.
L’Académie du patrimoine culturel rwandais voudrait enrichir la langue nationale en termes scientifiques ou techniques. On a constaté que l’on a besoin de termes kinyarwanda le Rwanda sur l’informatique. On a remarqué qu’il y a des mots, par exemple, que l’on peut créer maintenant très facilement à partir du vocabulaire usuel en kinyarwanda. Par exemple, unima, ça vient du mot mutima, le cœur. Cela veut dire quoi ? Processeur. Il y a une certaine relation entre le cœur, unima, pour dire que le processeur est l’élément principal pour l’ordinateur. En créant ces mots, on fait en sorte que le lexique du kinyarwanda augmente. Donc l’utilité de ces termes, c’est d’abord de faciliter la communication. Ce qui veut dire qu’ils peuvent avoir une communication sur l’informatique. Ça pourrait les orienter à chercher des emplois à travers ce domaine.
«Il y a des mots que l’on peut créer maintenant très facilement à partir du vocabulaire usuel en kinyarwanda», explique Egide Kabagema, l’un des lexicologues ayant travaillé sur l’élaboration de l’ouvrage
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Source:
www.rfi.fr





