Selon le ministère de l’Économie, le coût de la guerre au Moyen-Orient est estimé « aux alentours de 4 milliards » d’euros alors que 130 millions d’euros de dépenses de soutien ont été annoncés ces dernières semaines par le gouvernement.
Tenir à tout prix la trajectoire budgétaire: le gouvernement français réunira mardi le comité d’alerte des finances publiques, pour évaluer la situation économique et « éclairer les décisions » à prendre, sur fond d’incertitudes liées à la situation au Moyen-Orient.
« L’objectif est d’identifier suffisamment tôt d’éventuels dérapages et de prendre des mesures correctives rapidement », a expliqué au Parisien ce samedi 18 avril le ministre de l’Économie Roland Lescure.
Cette instance, lancée après d’importants dérapages du déficit public en 2023 et 2024, réunira à Bercy des parlementaires, représentants de la Sécurité sociale, des syndicats ou des collectivités locales autour des ministres de l’Economie Roland Lescure, des Comptes publics David Amiel, du Travail Jean-Pierre Farandou, de la Santé Stéphanie Rist et de l’Aménagement du territoire Françoise Gatel.
Une crise à quatre milliards d’euros
L’an dernier, cette structure s’était réunie deux fois: le 15 avril autour de l’ex-Premier ministre François Bayrou, qui avait alerté les Français sur le « piège » de la dette qui menace « la survie (du) pays », et le 26 juin pour annoncer un coup de frein supplémentaire de cinq milliards d’euros sur les dépenses publiques afin de tenir l’objectif d’un déficit de 5,4% du produit intérieur brut (PIB) en 2025. Il s’est finalement établi à 5,1%, une bonne nouvelle dont le gouvernement s’est félicité fin mars.
Mais la tâche reste ardue, alors que la guerre au Moyen-Orient bouscule l’économie française et entraîne « un renchérissement significatif du service de la dette », avec un coût de la crise « estimé aux alentours de 4 milliards » d’euros, a prévenu Bercy mardi. Et l’incertitude persiste, l’Iran ayant de nouveau fermé samedi le stratégique détroit d’Ormuz, après avoir annoncé vendredi sa réouverture le temps de la trêve avec les États-Unis.
130 millions d’euros d’aides face à la crise
Face à l’envolée des prix de l’énergie, le gouvernement a légèrement diminué cette semaine sa prévision de croissance économique, à 0,9% en 2026 (contre 1% prévu avant), et revu en hausse sa prévision d’inflation, à 1,9% (contre 1,3% avant).Il maintient en revanche son objectif de 5% de déficit cette année et son engagement à le faire passer sous la barre des 3% en 2029, comme demandé par Bruxelles. Des prévisions « crédibles », selon Maxime Darmet, économiste chez Allianz Trade.
Mardi, le comité d’alerte fera le point sur la situation des comptes publics, au regard de ces nouvelles prévisions, et aura pour tâche « d’éclairer les décisions à prendre », a indiqué Bercy cette semaine. David Amiel avait prévenu fin mars que « toute dépense publique nouvelle qui pourrait être rendue nécessaire par la crise » énergétique entraînerait « une annulation d’une dépense qui était prévue, à l’euro près », pour « tenir (les) objectifs pour 2026 ».
« Transparence »
Le gouvernement a déjà annoncé 130 millions d’euros de dépenses de soutien face à la crise: 70 millions pour aider transporteurs, pêcheurs et agriculteurs, et 60 millions pour renforcer le chèque énergie. Le Premier ministre Sébastien Lecornu a indiqué vendredi qu’un « prochain paquet d’aides » serait annoncé en mai pour les filières les plus touchées.
« On sent que la France est vraiment regardée de près par les marchés, et le gouvernement en a une conscience très aigüe », souligne Maxime Darmet. « Il y a vraiment une volonté de ne surtout pas creuser les déficits », note-t-il.
Lors de cette réunion, « je m’attends d’abord à une annulation de crédits », a indiqué le rapporteur général du budget à l’Assemblée nationale, Philippe Juvin (LR). « Ensuite, j’attends de la transparence sur les chiffres réels du déficit prévu », car « il est indispensable de savoir précisément où nous en sommes », a-t-il ajouté. « Troisièmement, j’attends des éléments de prospective plus solides », a poursuivi le député. « J’espère de la transparence sur les prévisions et la manière dont va déraper le budget avec l’effet de la guerre », a expliqué le président (LFI) de la commission des Finances de l’Assemblée, Éric Coquerel. « En fonction de ça, je ne vois pas très bien comment on évite un projet de loi de finances rectificatif », a-t-il jugé.
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