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"On va tout faire pour accompagner les Français" : Dominique Schelcher, président directeur-général de Coopérative U, tempère sur la hausse annoncée des prix en rayons

Lundi 20 avril, Dominique Schelcher, président directeur-général de Coopérative U, est l’invité du 20h de France 2. S’il reconnaît que le prix de certaines matières et ingrédients risque de flamber dans les prochaines semaines en raison de la guerre au Moyen-Orient, il indique que pour l’heure, la question des renégociations entre les industriels et la grande distribution n’est pas encore à l’ordre du jour.

Ce texte correspond à une partie de la retranscription du reportage ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder dans son intégralité.

Jean-Baptiste Marteau : On vient de le voir dans le reportage, il y a plusieurs industriels, on peut citer Yoplait, Paysan Breton, Mamie Nova et tant d’autres, qui souhaitent donc rouvrir les négociations entre la grande distribution, donc vous, et les industriels. Le ministre du Commerce, Serge Papin, était plutôt ouvert à l’idée. Il a finalement fermé la porte ce week-end. Est-ce que, selon vous, c’est une bonne idée ? Est-ce qu’on peut aller jusque-là ?

Dominique Schelcher : Votre reportage était vraiment très bien fait, puisqu’il dit à plusieurs reprises auprès des personnes interrogées que les matières vont augmenter dans les semaines qui viennent et particulièrement si le conflit dure. Donc, pour l’instant, il y a peu de matières, de produits ou d’ingrédients qui ont vraiment déjà beaucoup augmenté. Concrètement, chez nous, chez Coopérative U, on a très peu de demandes concrètes des entreprises pour rouvrir les discussions. Donc, effectivement, le ministre du Commerce, ou hier encore la porte-parole du gouvernement, était très prudente et disait qu’en l’état il n’y a pas lieu de les rouvrir.

Mais il est notamment prévu dans les contrats que si l’énergie flambe, si les engrais flambent également, on doit rouvrir des négociations et ça va être répercuté sur les prix. Ça pourrait être le cas dans les semaines qui viennent. Est-ce qu’à ce moment-là il faudra donc renégocier ?

Vous avez raison. Avant même de rouvrir complètement les négociations, et là seul le gouvernement peut leur donner l’autorisation, il y a des clauses d’indexation dans nos contrats. Donc on pourrait déjà utiliser ça à terme. Mais par exemple, prenons l’engrais. Beaucoup d’agriculteurs sont couverts pour la production agricole de cette année. La question se pose plutôt pour plus tard. Ce soir, moi je dirais que si les choses durent, la question de réouverture se posera.

Est-ce que ça signifie, comme le dit par exemple l’UFC-Que Choisir, que les prix en rayon vont tout de même augmenter de 4 à 5 % dans les mois, dans les semaines qui viennent, à la suite bien sûr de la guerre en Iran ? Est-ce que c’est quelque chose que vous prévoyez déjà dans vos magasins ?

Je suis très surpris par ces chiffres de l’UFC-Que Choisir. Je ne sais pas comment ils les ont calculés. Encore une fois, je pense que personne ce soir n’a de boule de cristal et ne peut prédire ça. Il y a la question du carburant, on l’absorbe pour l’instant. Il y aura la question du plastique un peu plus tard, tous les emballages, l’engrais encore plus tard. Mais encore une fois, ça a été très bien dit dans votre reportage, ce sont des choses qui vont venir. Pour l’instant, ce n’est pas concret.

Ça veut dire que vous pouvez maintenir vos prix relativement stables dans vos rayons ?

Exactement. Les prix qui sont issus des précédentes négociations et qui restent relativement stables. Et on va tout faire pour accompagner les Français dans ce sens et ne pas repartir dans une grande vague d’inflation. Ça, c’est notre responsabilité.

Votre confrère, Michel-Édouard Leclerc, disait il y a quelques heures que le prix du caddie n’augmentera pas dans les semaines qui viennent, mais redoute une inflation double, voire triple dans les mois qui viennent. Lui aussi, il n’a peut-être pas de boule de cristal, mais il est plutôt alarmiste. Vous, vous ne l’êtes pas ?

Moi, je suis beaucoup plus prudent. J’ai déjà traversé plusieurs crises. Il y a une grande volatilité, cette fois, au gré des événements géopolitiques, des prises de parole du président américain. Un jour, le carburant monte, le lendemain, il baisse. Personne ne peut dire à six mois ce qui va se passer. Moi, je suis très prudent et donc ça peut aussi dire que dans quelque temps, si le conflit se résorbe, on peut aller dans le bon sens également.

Vous êtes à la tête de 1 000 stations-service U. Ce matin s’est tenue une réunion entre les distributeurs de carburant et le ministre Roland Lescure, avec Serge Papin également. Est-ce qu’on a continué à mettre la pression sur les distributeurs pour que les marges soient encadrées ? On sait qu’il y avait un projet de décret la semaine dernière pour justement limiter au maximum les profiteurs éventuels de cette crise, de cette guerre.

Absolument, il y a eu un bon dialogue ce matin entre nos représentants et le gouvernement. Et je comprends, le gouvernement veut s’assurer qu’on répercute au plus vite les baisses quand il y en a. C’est, par exemple, l’engagement que nous prenons de répercuter au plus vite les baisses quand il y en a.

Elles ont été assez limitées la semaine dernière alors que le prix du baril baissait.

Parce qu’à un moment, il y a eu une baisse, puis le lendemain, une remontée du cours. Un jour, ça baisse, un jour, ça remonte. Donc nous, on s’engage. Malheureusement, on doit répercuter parce que nous n’avons pas le droit de vendre à perte quand ça augmente. Et quand ça baisse, on le répercute aussi. Mais vous savez quand ça baisse ? Il y a une annonce de baisse. Les clients sont beaucoup plus prudents et attendent de faire le plein et donc nos cuves se vident moins vite.

Et c’est ça qui fait monter les prix.

Et c’est ça qui peut, à un moment, laisser penser que ça ne descend pas aussi vite que ça a augmenté.

Dans le monde des hydrocarbures, chez les distributeurs de carburant, y a-t-il des profiteurs de crise ?

Moi, j’observe simplement, et c’est factuel, que le ministre de l’Économie surveille ce que nous faisons, c’était l’objet de la réunion ce matin et on doit rendre des comptes, c’est normal. Mais il a aussi demandé à Bruxelles une enquête sur les marges des raffineurs, considérant que c’était peut-être là que pouvaient se situer les choses.

Donc certains profitent tout de même de la crise ?

Vous savez, quand il y a un marché à Rotterdam avec des prix qui varient tous les jours, il y a des acteurs qui peut-être profitent, et il y a aussi des spéculateurs. Et c’est sans doute de ce côté-là qu’il faut creuser sur l’histoire du carburant, car nos marges à nous sont infimes, un, deux centimes.

Vous, distributeurs, mais il y a également les raffineurs qui sont aussi dans l’œil du cyclone, visés par certains spécialistes comme ayant des marges très confortables. C’est vers eux qu’il faut se tourner ?

C’est vers eux qu’il faut se tourner et je suis très curieux de voir le résultat de l’enquête demandée par notre ministre de l’Économie.

Jordan Bardella, la semaine dernière sur notre plateau, demandait notamment une baisse de la TVA de 20 à 5,5 % sur le carburant, baisse de la TICPE également. C’est quelque chose vers lequel il faut aller ? Il faut que le gouvernement fasse un geste sur la fiscalité du carburant ?

Là, c’est le chef d’entreprise qui parle ce soir, qui sait que le budget de la France est extrêmement compliqué. Notre dette est importante et notre marge de manœuvre politique, celle du gouvernement, est limitée. Donc moi, personnellement, je plaiderais plus pour des aides très ciblées aux gens qui en ont vraiment besoin, certaines entreprises, certaines activités. Je ne pense pas qu’on puisse faire comme on l’avait fait lors des précédentes crises, impacter tout le monde parce qu’on n’en a, je crois, tout simplement pas les moyens.

À propos de Jordan Bardella, on a vu qu’il avait rencontré les dirigeants du MEDEF. Vous êtes aussi un dirigeant d’entreprise. Est-ce que c’est une bonne chose que les dirigeants d’entreprise parlent à tous les candidats potentiels à la présidentielle ?

Moi, j’assume de rencontrer tous les responsables politiques, quel que soit leur bord, quand ils sont représentés à l’Assemblée nationale. Parce que ma responsabilité de chef d’entreprise, c’est de remonter les préoccupations de mes clients, qui me le disent d’ailleurs souvent : « Dites-leur ci, dites-leur ça ». Et des chefs d’entreprise que je représente, il y a beaucoup de choses sur les impôts, sur les difficultés du quotidien à remonter. Et ça, il faut le faire avec tout le monde, et tous ceux qui vont peser sur les débats l’année prochaine.


Source:

www.franceinfo.fr

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