Willylancien fait le buzz depuis le mois d’avril 2026 avec son titre « Magique », généré par intelligence artificielle, entré en playlist de la radio à Casablanca et Alger.
Publié le 26/04/2026 17:09
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« On ne va pas y échapper », soupirait le rappeur Lino à propos de l’arrivée de l’IA dans la musique dans l’émission Carré d’As du média Oklm diffusé sur YouTube en mars denier. Le temps lui a donné raison. Lundi 20 avril 2026, le morceau de Willylancien Magique entre en playlist de la radio Skyrock sur l’antenne de Casablanca au Maroc et celle d’Alger en Algérie.
Rien d’étonnant si le nom de cet artiste ne vous dit rien. Arrivé sur les réseaux sociaux au début du mois d’avril 2026, Willylancien s’est fait connaître pour une raison controversée : ses musiques sont composées à l’aide d’une intelligence artificielle, indique le décryptage de nos confrères du site de la télévision belge RTBF. L’identité visuelle du rappeur serait elle-même générée par l’outil énergivore.

Le tweet d’annonce de la programmation du morceau par le directeur de la radio Skyrock, Laurent Bouneau, a suscité de vives réactions. Parmi les commentaires de la publication, certains s’indignent : « Vous n’avez donc honte de rien ». Rappelons que Skyrock, première radio musicale d’île de France, est écoutée par plus de 3 431 000 personnes chaque jour (sur le premier trimestre de 2026), selon Médiamétrie.
Cumulant aujourd’hui près de 250 000 auditeurs mensuels sur la plateforme de streaming Spotify, l’ultra-productif Willylancien, dans un style à mi-chemin entre Tiakola et Naza, enchaîne les morceaux à un rythme effréné. Son titre signature Magique, écouté plus d’un million de fois, connaît un succès surtout à l’étranger. Laurent Bouneau explique : « Je me suis basé sur les classements de streaming payants du Maroc et d’Algérie où le titre apparaissait déjà. Ce qui m’importe, c’est l’émotion que les gens ressentent face à une œuvre, même générée par l’IA. »
La reconnaissance par une station aussi influente d’un rappeur dont la proposition artistique repose sur une IA est une première en France. Il faut souligner que celui-ci n’est, à l’heure actuelle, programmé que sur les deux antennes africaines de la radio. S’il continue sur sa lancée, Willylancien pourrait bien viser l’entrée en playlist en France aux côtés des plus grands succès commerciaux du moment.
À l’heure où de nombreux artistes influents comme Booba ou Jul s’essayent à l’IA, le directeur de Skyrock défend sa position affirmant que toutes les radios passent des morceaux réalisés avec l’aide de l’intelligence artificielle, parfois sans le savoir. Reconnaître ces musiques devient alors un enjeu primordial. La plateforme française de streaming Deezer a pris ses dispositions et s’est équipée d’un détecteur d’IA performant. Outil encore peu répandu : « Je ne la prends pas en considération », lance Laurent Bouneau.
Si la question de l’arrivée de l’intelligence artificielle dans la musique interroge, le patron de Skyrock l’envisage comme une révolution, un train à prendre : « Les mêmes questions se posaient déjà à l’époque de l’auto-tune. Sans ça, le groupe PNL n’aurait pas marqué l’histoire du rap. On ne va pas contre le progrès. Si j’ai tenu dans ce métier depuis plus de 40 ans, c’est parce que je sais qu’il faut s’adapter. » Le directeur anticipe « un bouleversement de l’industrie musicale ».
Pourtant, tout le monde ne conçoit pas de la même manière cette technologie. La Sacem (Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique) ne reconnaît pas les artistes générés par intelligence artificielle. Face à l’affluence de ces contenus, Deezer a décidé de ne pas monétiser ces morceaux ni de les recommander à ses utilisateurs. Interrogé par Le Monde, son directeur, Alexis Lanternier, espère une entente de l’écosystème musicale à leur action pour : « protéger les droits des artistes ».
Est-ce que l’industrie évoluera sur sa position concernant les œuvres générées par l’IA ? Reconnaîtra-t-elle un jour la valeur du prompt ? Pour l’instant, Laurent Bouneau dénonce une position politique, vis-à-vis des producteurs et distributeurs de musique : « Tout cet écosystème est en plein renouvellement. »
Source:
www.franceinfo.fr





