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Léon XIV appelle les universitaires à réconcilier science, foi et responsabilité

Dans un discours dense de huit pages, prononcé à l’Université catholique d’Afrique centrale (Ucac), ce vendredi 17 avril, au troisième jour de son voyage apostolique au Cameroun, le Pape a exhorté les étudiants et enseignants à faire de leur institution un lieu vivant de recherche de la vérité, de formation des consciences et de résistance aux dérives actuelles, notamment face aux défis du numérique et de l’intelligence artificielle.

Augustine Asta – Cité du Vatican

Dans une région confrontée à des défis sécuritaires, sociaux et économiques majeurs, mais «riche d’une jeunesse dynamique et d’un potentiel immense», l’Université catholique d’Afrique centrale (Ucac), entend «demeurer un partenaire loyal des États et un serviteur du bien commun», qui forme «des cadres intègres, des juristes équitables, des responsables politiques éclairés, des soignants compétents et compatissants, des chercheurs engagés au service du développement intégral», a affirmé le recteur, et Grand Chancelier, père Thomas Bienvenu Tchoungui, dans ses propos introductifs en accueillant Léon XIV. L’institution académique est en effet née de la vision prophétique de Saint Jean-Paul II qui après sa visite de 1985, voulut doter les conférences épiscopales d’Afrique centrale d’un puissant instrument académique capable de former les intellectuels, les leaders sociopolitiques, les agents de développement et les pasteurs d’âmes.

Cette institution académique située dans le quartier Nkolbisson dans le 7e arrondissement de Yaoundé, la capitale politique du Cameroun, est un «motif d’espérance», a assuré Léon XIV. Elle est en effet, a-t-il poursuivi, «un phare au service de l’Église et de l’Afrique dans sa recherche de la vérité, de la justice et la solidarité.» S’adressant à la communauté universitaire, depuis le campus de ce temple du savoir, Léon XIV a insisté sur la vocation particulière des universités catholiques: devenir de «véritables communautés de vie et de recherche», capables de promouvoir une fraternité intellectuelle et humaine. Citant le Pape François, il a rappelé que leur mission consiste à favoriser «une authentique culture de la rencontre», fondée sur le dialogue entre les cultures et la quête commune de la vérité.

Retrouver le sens de la vérité dans un monde fragmenté

Dans un contexte où «beaucoup dans le monde semblent perdre leurs repères spirituels et éthiques, se retrouvant prisonniers de l’individualisme, de l’apparence et de l’hypocrisie», l’Université est, par excellence, selon le Saint-Père, un «lieu d’amitié, de coopération, mais aussi d’intériorité et de réflexion». S’attardant ensuite sur ses origines qui remontent au Moyen Âge, le Pape a noté que «ses fondateurs lui ont donné pour objectif la Vérité». Aujourd’hui encore, a-t-il continué, «professeurs et étudiants sont appelés à se donner comme idéal et, en même temps, comme mode de vie, la recherche commune de la vérité.» Reprenant ensuite les mots de saint John Henry Newman, Léon XIV a déclaré aux 8000 participants à la rencontre que «tous les principes vrais regorgent de Dieu, tous les phénomènes conduisent à Lui». Le Pape a également souligné la complémentarité entre foi et science, s’appuyant sur Lumen fidei, de son prédécesseur: la foi, loin de freiner la recherche, «élargit les horizons de la raison» et nourrit l’esprit critique.

Sur le «magnifique» continent africain, la recherche est particulièrement mise au défi de s’ouvrir à des perspectives interdisciplinaires, internationales et interculturelles, a expliqué le Saint-Père. Il y’a donc un «besoin urgent de repenser la foi au sein des réalités culturelles et des défis actuels, afin d’en faire ressortir la beauté et la crédibilité dans les différents contextes, en particulier ceux qui sont le plus marqués par les injustices, les inégalités, les conflits, la dégradation matérielle et spirituelle.» Pour l’évêque de Rome, la «grandeur d’une nation ne peut se mesurer uniquement en fonction de l’abondance de ses ressources naturelles, ou de la richesse matérielle de ses institutions.»

“L’Afrique peut contribuer de manière fondamentale à élargir les horizons trop étroits d’une humanité qui a du mal à espérer.”

Face aux défis du numérique et de l’intelligence artificielle, le Successeur de Pierre a mis en garde contre les effets d’une numérisation croissante des sociétés, en particulier en Afrique, où les enjeux économiques et environnementaux sont déjà sensibles, alertant sur le risque d’un «remplacement progressif de la réalité par sa simulation». Dans des environnements numériques conçus pour capter l’attention et influencer les comportements, la relation humaine pourrait être réduite à une simple interaction fonctionnelle. «Lorsque la simulation devient la norme, la capacité humaine de discernement est diminuée […] la réalité devient facultative et l’humain gouvernable par des systèmes invisibles», a-t-il averti. Face à cette transformation, il a appelé à une formation humaniste solide, capable de décrypter les logiques économiques et les rapports de pouvoir intégrés dans ces technologies.

Dans l’après-midi, de retour de Douala, le Pape fait une halte à l’Université catholique d’Afrique centrale, institution présente dans les six pays de la région. Pour le recteur, …

Former des consciences pour bâtir des sociétés justes

Aucune société ne peut prospérer sans «des consciences droites, éduquées à la vérité». L’Université catholique est ainsi invitée à former non seulement des professionnels compétents, mais aussi des citoyens responsables. La devise de l’Ucac, “Au service de la vérité et de la justice”, «rappelle que la conscience humaine, comprise comme sanctuaire intérieur où les hommes et les femmes se découvrent interpellés par la voix de Dieu, est le terrain sur lequel il convient de poser les bases solides et durables de toute société», a soutenu le Pape.

“Lorsque la conscience prend soin d’être éclairée et droite, elle devient la source d’une action cohérente, orientée vers le bien, la justice et la paix.”

Un appel à la jeunesse africaine

S’adressant directement aux étudiants, le Pape a abordé la tentation «compréhensible» de l’émigration. Il les a invités à résister à l’envie de chercher ailleurs un avenir meilleur et à investir leurs compétences dans le développement de leur territoire. «Je vous invite avant tout à répondre par un désir ardent de servir votre pays, et de mettre au service de vos concitoyens les connaissances que vous êtes en train d’acquérir ici», a-t-il conseillé. Car c’est la raison d’être de l’Ucac, fondée il y a 35 ans pour former des «pasteurs d’âmes et des laïcs engagés dans la société: ce sont eux les témoins de sagesse et d’équité dont le continent africain a besoin», a encore affirmé le Saint-Père.

Les enseignants, eux aussi, ont été à leur tour invités à incarner les valeurs qu’ils souhaitent transmettre, en tête desquelles la justice et l’équité, l’intégrité, le sens du service et de la responsabilité. «L’Afrique et le monde ont besoin de personnes qui s’engagent à vivre selon l’Évangile et à mettre leurs compétences au service du bien commun», a lancé le Souverain pontife, recommandant aussi de ne pas trahir «ce noble idéal!» et d’être des «modèles dont la rigueur scientifique et l’honnêteté personnelle forment la conscience de vos étudiants.»

“L’Afrique a en effet besoin d’être libérée du fléau de la corruption. Et cette prise de conscience doit se fortifier chez un jeune dès les années de formation, grâce à la rigueur morale, au désintéressement et à la cohérence de vie de ses éducateurs et enseignants.”

Le Successeur de Pierre a par ailleurs indiqué que la «vertu principale qui doit animer la communauté universitaire est l’humilité». Tout en incitant toute la communauté universitaire à cultiver l’humilité, il rappelle aussi que chacun demeure un «disciple» en quête de vérité. «Quels que soient notre rôle et notre âge, nous devons toujours nous rappeler que nous sommes tous des disciples, c’est-à-dire des compagnons d’étude d’un seul Maître, qui a tant aimé le monde au point de donner sa vie», a recommandé le Souverain pontife, concluant son discours.

Visite de Léon XIV à l’UCAC


Source:

www.vaticannews.va

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