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Le cardinal Ambongo décrypte le plaidoyer du Pape pour une Afrique de paix

Au terme de la visite apostolique du Pape en Afrique ce jeudi 23 avril, le cardinal Fridolin Ambongo, archevêque métropolitain de Kinshasa et président du SCEAM dresse dans l’entretien qu’il a accordé aux médias du Vatican le bilan du premier voyage africain de Léon XIV qui a visité l’Algérie, le Cameroun, l’Angola et la Guinée équatoriale. Il souligne que le Souverain pontife est venu en messager de paix et de justice dans un continent aux contrastes marqués.

Jean-Paul Kamba, SJ – envoyé spécial à Malabo

Le choix des pays visités illustre la diversité des défis africains: le dialogue interreligieux en Algérie, la quête de paix au Cameroun, et l’exigence d’une meilleure répartition des richesses en Angola et en Guinée équatoriale. Le cardinal Ambongo met l’accent sur le discours direct du Pape envers les dirigeants des États concernés. Entretien.

Éminence, le Saint-Père vient de clôturer son voyage apostolique en Afrique. Un voyage qui l’a mené dans quatre pays. Quel est, d’après vous, le fil rouge qui se dégage de ce voyage?

Je dirai, au sens strict, que le voyage du Pape Léon XIV en Afrique est le premier de son pontificat. Nous sommes d’abord impressionnés par le choix des pays. L’Algérie d’abord, un pays musulman à plus de quatre-vingt-dix pour cent où les chrétiens sont une minorité et n’ont pas toujours la liberté de vivre leur foi ou même de la proposer à d’autres. Ensuite le Cameroun, un pays qui éprouve quelques difficultés pour la convivialité, le vivre-ensemble, en paix. Il y est allé en messager de paix. Puis viennent deux autres pays que nous considérons en Afrique comme des pays plutôt riches l’Angola et la Guinée équatoriale. Le message fort a été essentiellement celui de la justice distributive, la bonne répartition de cette aubaine financière pour qu’aucun fils ou qu’aucune fille de ces pays, ne puisse se sentir exclu.

Le message commun, c’est d’abord l’espérance qu’il a proposé aux jeunes et un appel à la conscience de nos dirigeants pour qu’ils ne pensent pas seulement à eux, mais qu’ils pensent à l’ensemble de leur peuple. Cet appel à la conscience, quel que soit le pays où il est passé, je crois que ça résonnait assez fort. Mais au niveau interne à l’Église catholique, c’est cette insistance sur la place du Christ dans notre vie. Il a insisté sur l’Eucharistie. Ça signifie que si nous nous appelons catholiques, nous devons d’abord comprendre quelle est notre vraie identité au milieu d’un monde dominé par des forces contraires avec plusieurs confessions religieuses. On ne sait plus qui enseigne Jésus-Christ, mais nous devons savoir qui nous sommes, notre identité.

Dans ses multiples prises de parole, le Saint-Père s’est adressé à différentes couches de la population, y compris aux gouvernants. Face aux nouveaux défis que traversent les différents pays que le Pape a visités, quelle possibilité pour que les lignes bougnent concrètement?

Avec le politicien, il faut toujours rester prudent parce que les politiciens, même s’ils entendent le message du Pape, même si ça leur plaît, mais des fois, il y a d’autres réalités qui s’imposent à eux, qui ne sont pas nécessairement dans l’intérêt de leur population. Mais au moins le Pape a osé s’adresser à leur conscience au-delà de leurs intérêts partisans. Mais ils sont des êtres humains, ils ont une conscience humaine qui fonctionne. Et le Pape a voulu toucher la conscience de nos dirigeants en Afrique face à leur responsabilité globale. Je crois que même s’il ne le manifeste pas officiellement, au moins leur conscience a été « blessée » au bon sens du terme. Leur conscience a été interpellée. C’est déjà un point positif.

Que peut-on retenir du «visage» de l’Église catholique africaine que le Pape vient de visiter?

Le Pape a visité un continent, l’Afrique. Il a visité des Églises locales dans quatre pays. À l’exception de l’Algérie, les trois autres pays sont remplis d’une jeunesse chrétienne qui ne souhaite qu’une chose: qu’on lui offre des opportunités pour construire son avenir. Le Pape est donc venu à la rencontre des Églises jeunes, dynamiques et qui sont pleines d’espérance pour l’avenir. Mais qui sont en même temps confrontées à des défis de pauvreté, d’injustice et de mauvaise gouvernance dans nos pays. Et la venue du Pape, justement, face à ces défis, est comme un coup de pouce pour tous ces pays et ses populations. C’est donc un message d’encouragement dans un contexte marqué par des grands défis.

Rencontrant les jeunes à Douala, Léon XIV les a encouragés à devenir «artisans de l’avenir» et à rester chez eux pour développer leur pays. Pourquoi est-il difficile, selon vous, de convaincre les jeunes d’envisager leur avenir «à domicile»?

Si nous regardons l’histoire des migrations au cours des temps, même depuis Abraham, et Jacob, tout le peuple qui se déplace dans l’histoire, c’est à la recherche d’un mieux-vivre. Donc, on est obligé de quitter son pays pour aller ailleurs, estimant que si on continue à vivre ici, on meurt avec toute sa famille. Or, personne ne veut mourir et ainsi on se met en route. Voilà ce qui explique la migration des jeunes vers un monde qu’ils croient être le paradis. Voilà pourquoi le Pape a insisté là-dessus. Même s’il s’adresse aux jeunes, il sait qu’il n’appartient pas aux jeunes de créer les conditions pour leur avenir. Cela appartient aux dirigeants. Ce sont les dirigeants qui doivent créer des conditions meilleures pour permettre aux jeunes de se dire: «Si nous sommes bien ici qu’est-ce que nous irons chercher ailleurs?» Donc, pour résoudre les problèmes de migration des jeunes, surtout vers l’Occident, maintenant vers l’Amérique, il faut que nos dirigeants prennent leurs responsabilités. Et je suis très heureux que le Pape ait insisté sur la conscience de nos dirigeants, leur conscience de responsabilité.

Éminence, à la fin de ce voyage apostolique, quels sont vos sentiments?

Le premier sentiment, c’est la joie. Mais au-delà de la joie, c’est aussi cette fierté légitime de voir que le Pape, dès le début de son pontificat, en dehors du voyage en Turquie et au Liban, a choisi le continent africain pour son premier voyage apostolique. Donc ceci nous valorise. Et si vous regardez les médias du monde entier, c’est l’Afrique qui est maintenant au cœur de l’actualité parce que le Pape est chez nous. Nous disons vraiment merci au Pape pour cette considération pour notre continent. Mais en même temps, cette visite en Afrique signifie la responsabilité pour le peuple africain d’assumer leur rôle pleinement dans l’Église de demain, car ils sont pris au sérieux au niveau de l’Église universelle. Donc, il convient maintenant de tirer des enseignements, puisque le Pape nous fait confiance, nous devons aussi nous organiser pour mériter cette confiance et occuper pleinement, mais aussi efficacement la place qui revient à l’Église d’Afrique au sein de l’Église universelle.

Un dernier mot?

C’est d’abord un mot de gratitude et de remerciement à Sa Sainteté le Pape Léon XIV qui a voulu venir ici avec un programme hyper chargé. Il a tenu le coup. Vraiment, je le remercie de tout cœur, ainsi que tous ceux qui l’ont accompagné. Un message pour nous ici en Afrique, puisque le Pape nous a fait confiance: saisissons la balle au bond, montrons-nous vraiment catholiques, des vrais catholiques, convaincus de la justesse de leur foi; vivons notre foi catholique dans ce monde multipolaire, mais avec la fierté d’être catholique.


Source:

www.vaticannews.va

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