J’ai bien aimé cette galerie de portraits assez en souffrance : constat édifiant d’un système en déréliction. C’est le moins qu’on puisse dire. Certains paragraphes font froid dans le dos. On est atterrés de lire ce qu’on lit. Y est relaté avec précision tout ce que ni les médias ni l’opinion ne racontent jamais : la violence de l’institution judiciaire qui brise des existences déjà précaires. Qui salit, enfonce, et tue à petit feu.
Dans La violence faite aux autres, Maître Dosé dénonce le populisme pénal, qu’il soit politique ou médiatique, le non-respect de la présomption d’innocence, la maladie française que constitue la détention provisoire, l’avocat bouc-émissaire que l’on accuse trop souvent d’être partie prenante, complice de la victime qu’il défend, la réduction des droits de la défense et du secret professionnel, dont le justiciable est la première victime…
Le voile est enfin levé sur le choc carcéral des personnes emprisonnées, les violences des procédures, les prisons indignes, l’humiliation, l’abandon qui viennent s’ajouter à la précarité déjà ressentie, la justice indifférente coupable d’inhumanité, le dégoût des magistrats exprimé sans retenue face à celles et ceux qui leur font face, et une haine palpable pour ceux qui souffrent. Atterrant.
Enfin, est révélé le chemin de croix des victimes qui ne sont jamais écoutées — ou mal – et que l’on accable encore un peu plus. La justice qui, certes, manque de moyens, ne suffit pas excuser l’inexcusable. Maître Dosé dit qu’elle n’en peut plus de toute cette violence : la fragilité de la justice a bon dos : celle-ci ne suffit pas à expliquer et justifier la déréliction du milieu judiciaire qui faillit considérablement.
Ajoutons que les passages sur le rapatriement des enfants prisonniers des camps de Syrie sont éprouvants, car ils révèlent une lâcheté indigne de l’État français. En miroir, il y a l’histoire de Marc, et les mots personnels en allusion à la maladie ; j’ai ressenti une vive émotion à lire ces fragments plus personnels, plus intimes. On comprend que les angoisses du drame privé viennent se cogner aux drames professionnels, renforçant la difficulté d’appréhender les épreuves concomitantes.
À LIRE – Derrière les festivals, une activité méconnue toute l’année
À tous, je conseille la lecture de ce livre majeur, pédagogique : il remet les pendulesà l’heure et nous éclaire de sa vérité salvatrice.
J’ai toujours pensé que je ne surmonterai pas le suicide d’un de mes clients. La vérité est que chaque jour me procure une nouvelle occasion de m’étonner que si peu de détenus cherchent à attenter à leurs jours ; Moi ? je ne survivrai pas à ce qu’ils vivent. D’autant que la violence judiciaire est bien loin de se résumer à a violence carcérale : elle suinte à chaque étape de la procédure, de l’interpellation au procès.
On ne pense jamais assez à tous ces enfants traumatisés par l’irruption, à six heures du matin, de policiers armés jusqu’aux dents venus sortir leurs parents de leur lit. Car la violence légitime ne se content pas de frapper à leur porte : elle la défonce dans leur sommeil. Meubles renversés, objets brisés, tiroirs et placards vidés, couettes et coussins lacérés devant des parents réduits au silence. Combien d’enfants ont assisté au menottage de leur père et de leur mère tandis que les voisins les regardaient partir, entravés dans des fourgons ?
Il est en détention provisoire. Elle ne sait pas grand-chose de lui, seulement l’essentiel : sa misère, son exil, la solitude de l’alcool. La seule chose qu’elle veut, c’est qu’il ne reste pas en prison. Personne ne mérite d’être emprisonné pour lui avoir fait du mal, à elle qui sait si bien, depuis si longtemps, s’en faire toute seule. Son existence ne mérite pas qu’un homme souffre : elle n’a eu besoin de personne pour gâcher sa vie. Voilà ce que Betty balbutie à chacun de nos échanges. Elle est cependant bien obligée d’admettre qu’il l’a méchamment frappée. Et violée, évidemment qu’il l’a violée : son corps, des semaines plus tard, en porte encore les stigmates.
Mais ce n’est pas pour déposer plainte qu’elle s’est réfugiée à la gendarmerie, c’est pour se protéger. En courant dans la nuit, elle ne faisait que laisser derrière elle le corps souillé que jamais ses parents n’auraient à découvrir. En courant dans la nuit, ce n’est pas la vie qu’elle choisissait (elle aimerait tant mourir), seulement cette mort-là qu’elle refusait. Cette mort qui aurait été trop infiniment cruelle et sauvage et traumatisante pour ceux qui l’aimaient. « Alors, c’est contre cette mort-là qu’il faut déposer plainte Betty. Parce qu’elle a failli te perdre et qu’elle pourrait bien être celle d’autres femmes après toi, si cet homme ne prend pas conscience de ce que l’alcool fait de lui.
Par Laurence BiavaContact : laurence.biava@cegetel.net
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