Alors que des discussions directes se tiennent à Washington, la France, pourtant historiquement impliquée au Liban, est tenue à l’écart du processus, dans un contexte de tensions diplomatiques avec Israël et les Etats-Unis.
Publié le 15/04/2026 13:20
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Une mise à l’écart assumée. Alors que des pourparlers directs entre Israël et le Liban se sont ouverts mardi 14 avril à Washington (Etats-Unis), la France n’a pas été conviée aux discussions. Une absence revendiquée par Israël, qui a publiquement jugé Paris « non pertinent » dans ce processus visant à obtenir un cessez-le-feu.
Le Liban a été entraîné le 2 mars par le Hezbollah dans le conflit régional avec l’Iran, provoquant une riposte israélienne particulièrement sanglante qui a depuis fait plus de 2 000 morts et déplacé plus d’un million de personnes. Une trentaine de roquettes ont de nouveau été tirées depuis le Liban vers Israël, mercredi 15 avril, au lendemain des premiers pourparlers directs organisés sous médiation américaine à Washington.
Longtemps centrale dans les équilibres libanais – du pilotage de la résolution visant à stabiliser le Sud-Liban après la guerre de 2006 à la médiation pour le cessez-le-feu de 2024 – la France se retrouve aujourd’hui sur la touche. Pour la chercheuse Erminia Chiara Calabrese à l’Institut français du Proche-Orient, cette mise à l’écart ne relève pas d’un simple incident diplomatique. « Il y a plusieurs niveaux d’analyse : il y a des éléments qui sont plus ponctuels et il y a d’autres éléments qui sont plus structurels », explique-t-elle. Autrement dit, la rupture actuelle s’inscrit dans une évolution plus large des rapports de force entre Israël, les Etats-Unis et la France.
Plusieurs décisions françaises récentes ont contribué à tendre les relations avec Israël. Paris a ainsi fermement condamné les frappes israéliennes du 8 avril au Liban, qualifiées d' »intolérables » et qui ont fait, au total, 350 morts. La France s’est également opposée à l’offensive terrestre de l’armée israélienne et a plaidé pour un arrêt des hostilités. Le président Emmanuel Macron l’a rappelé dans une publication sur le réseau social X le 8 avril en écrivant : « Ces frappes menacent directement la pérennité du cessez-le-feu qui vient d’être conclu. Le Liban doit impérativement en faire partie. »
A cela s’ajoutent des signaux perçus comme hostiles par Israël, comme les restrictions sur le transit de certains équipements militaires ou encore les positions françaises sur la guerre au Moyen-Orient. « Des éléments conjoncturels expliquent ce refus », résume la chercheuse.
Mais au-delà de ces tensions immédiates, un point cristallise les critiques : la reconnaissance par la France d’un Etat palestinien en septembre 2025. « La France paye sa reconnaissance de l’Etat palestinien », assure Erminia Chiara Calabrese. Un choix politique qui a profondément dégradé les relations avec le gouvernement israélien, déjà marquées par des désaccords.
Cette divergence ne se limite pas à un désaccord ponctuel. Elle traduit une différence d’approche plus large sur la gestion du conflit. Là où la France et plusieurs pays européens privilégient une sortie diplomatique et des négociations, Israël privilégie l’emploi de la force pour assurer sa sécurité, au prix de nombreuses victimes civiles.
« On assiste aujourd’hui à un passage vers une logique d’imposition de la paix par la force », analyse Erminia Chiara Calabrese. Une orientation portée par l’administration de Donald Trump, qui privilégie des accords négociés sous pression, dans un cadre largement contrôlé par Washington.
Dans cette configuration, les Etats-Unis, alliés indéfectibles d’Israël, s’imposent comme la puissance incontournable pour définir un cadre à d’éventuelles discussions. « Aujourd’hui, on est face à une forme d’hégémonie israélo-américaine dans la région », résume la chercheuse. Une domination qui permet de redéfinir les équilibres traditionnels entre partenaires, y compris ceux pourtant historiquement impliqués comme la France. Pour l’experte, « ce n’est pas seulement la France qui est affaiblie, mais aussi l’Europe ». Une situation qui ne joue pas en faveur de Paris.
Reste à savoir si cette mise à l’écart est ponctuelle ou marque un tournant plus profond. Dans les faits, les discussions ont déjà commencé sans la France, preuve que son absence ne constitue pas un obstacle au processus. Preuve aussi que la capacité d’influence d’un Etat ne repose plus uniquement sur son histoire diplomatique ou ses éventuels liens culturels avec un pays.
Pour autant, cette exclusion ne signifie pas nécessairement une disparition totale du rôle de la France. Elle traduit plutôt une recomposition, dans laquelle Paris doit redéfinir sa place face à des acteurs qui imposent désormais leurs propres règles. A court terme, le signal semble toutefois clair : dans ces négociations, la France n’est, pour le moment, plus au centre du jeu.
Source:
www.franceinfo.fr





