Alors que 170 écrivains ont quitté Grasset cette semaine, des lecteurs expriment une « réticence » à continuer d’acheter des livres édités par la maison d’édition, propriété de Vincent Bolloré, quand certains libraires considèrent que les auteurs ne doivent pas faire les frais de la polémique.
Publié le 19/04/2026 16:06
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Faut-il arrêter d’acheter et de lire des livres édités chez Grasset, la maison d’édition dans la tourmente après le départ de son PDG, Olivier Nora, imputé par plusieurs auteurs à Vincent Bolloré ? « Je viens de lire un très bon roman chez Grasset qui s’appelle Spécimen, de Pauline Clavière, réagit Emma, dans sa librairie du 16e arrondissement. Boycotter des auteurs parce qu’ils sont chez Grasset, je trouve ça stupide, même si je suis contre le système Bolloré. Les auteurs n’y sont pour rien. » Mais la libraire, qui y voit la mise en place d’une « contre-culture », souhaite désormais « une solidarité entre les auteurs qui partent de chez Grasset. Ce qui serait bien, c’est qu’ils créent leur propre maison d’édition tous ensemble avec Olivier Nora, parce que les autres maisons ne vont pas pouvoir absorber tous les auteurs de chez Grasset ».
En attendant, dans cette librairie, les livres à la couverture jaune clair de chez Grasset restent bien en vue. Les clients défilent et reçoivent les conseils de la libraire. « De toute façon, on ne peut pas mettre de côté des éditeurs, quels qu’ils soient. Le libraire est avant tout un commerçant », réagit une cliente, qui gère également sa propre enseigne. Dans les rayons, les lecteurs semblent divisés sur la question du boycott des éditions Grasset. « La réalité, c’est un chef d’entreprise qui se fait virer parce qu’il a de mauvais résultats », glisse l’un d’entre eux.
« Je pense que c’est une question de choix, juge une autre lectrice. Le choix, c’est de ne plus lire les maisons d’édition qui forcent à une conviction politique. Forcer au départ d’un directeur d’édition aussi institutionnel et ancien qu’Olivier Nora, c’est une forme de violence pour moi. Et donc ça implique un choix. »
Enfin, un autre client, éditeur dans sa jeunesse, confie avoir « dans l’immédiat », une « réticence » à acheter des livres édités chez Grasset. « Quand j’étais éditeur, pendant une dizaine d’années, je faisais déjà face à une grosse concentration de l’édition française entre les mains de moins en moins de maisons d’édition. Beaucoup de maisons ont été rachetées par le même groupe avec une perspective souvent davantage sur le tableau Excel que sur l’excellence. »
« Moi, j’achète des livres d’un auteur. Je n’achète pas des livres d’un éditeur. »
Un lecteur dans une librairie du 16e arrondissement de Parisà franceinfo
Dans une tribune publiée dans Le Journal du dimanche, dont il est également propriétaire, Vincent Bolloré indique que la maison d’édition Grasset « continuera » en dépit du départ annoncé de quelque 170 auteurs. « Ceux qui partent vont permettre à de nouveaux auteurs d’être publiés », ajoute-t-il. En parallèle, 300 auteurs signent un texte dans la Tribune Dimanche, dont Leila Slimani, Virginie Despentes ou Emmanuel Carrère pour demander la création « d’une clause de conscience » dans le secteur de l’édition, pour ne pas tout perdre en cas de désaccord éditorial.
Source:
www.franceinfo.fr





