Le pape Léon XIV poursuit sa tournée en Afrique. Devant 100 000 fidèles, il a appelé dimanche 19 avril en Angola à « guérir » le « fléau de la corruption » lors d’une messe géante, avant de se rendre dans le plus grand sanctuaire marial de ce pays lusophone aux fortes inégalités.
Dès son arrivée en Angola samedi, troisième étape d’une tournée africaine de 11 jours, le souverain pontife a fustigé les « souffrances » et les « catastrophes sociales et environnementales » engendrées par la « logique d’exploitation » des ressources du pays, riche en pétrole et en minerais.
Avant de se rendre au sanctuaire de Muxima, le plus important lieu de pèlerinage du pays, le souverain pontife a célébré une messe géante en plein air à Kilamba, en périphérie de la capitale Luanda.
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Après un bain de foule en papamobile dans les allées de l’esplanade, le pape a invité, dans son homélie, à « regarder vers l’avenir avec espérance ».
Un appel jugé nécessaire, car dans le pays, « la richesse est concentrée entre les mains d’une très petite minorité et, bien sûr, la guerre que nous avons connue (1975-2002) n’a fait qu’aggraver la situation », a déclaré à l’Agence France-Presse (AFP) le père Pedro Chingandu, prêtre angolais, arrivé tôt sur place. « Nous avons besoin d’une véritable démocratie, d’une redistribution des richesses et de justice », a-t-il ajouté.
De nombreux pèlerins font le déplacement
Après Jean-Paul II (1978-2005) en 1992 et Benoît XVI (2005-2013) en 2009, Léon XIV est le troisième pape à visiter ce pays, ancienne colonie portugaise devenue indépendante en 1975.
Dans l’après-midi, il s’est rendu par hélicoptère au sanctuaire marial de Muxima, à environ 130 km de la capitale, devenu le haut lieu du catholicisme en Afrique australe.
L’église historique et la forteresse construite par les colons portugais à la fin du XVIe siècle sont désormais perdues dans un vaste chantier parsemé de grues géantes : les autorités construisent une nouvelle basilique et des infrastructures (logements, parkings) pour faire du sanctuaire un site international de pèlerinage.

Selon les responsables religieux, l’église historique avait pour but de baptiser les esclaves avant leur traversée de l’Atlantique vers les Amériques.
« La présence de tant de pèlerins ici, en dépit de la page d’histoire douloureuse (la traite des esclaves, NDLR) qui s’est passée ici, cela a une grande signification pour beaucoup d’entre nous », témoigne Matias Chitandula, étudiant en philosophie de 24 ans, interrogé par l’AFP.
Quelque 30 000 pèlerins, dont beaucoup avaient passé la nuit dans des tentes multicolores et attendu toute la journée sous un soleil accablant, ont été récompensés de leur patience, le pape s’offrant un long bain de foule à bord d’une voiturette de golfe avant de participer à une prière à la Vierge.
Parmi eux, Veronica Simao Teka, affable sexagénaire revêtue d’un T-shirt à l’effigie de « Leao » XIV, résume le caractère sacré du lieu : « Mama Muxima, c’est l’âme et le cœur de tous les Angolais. C’est notre maman qui nous bénit, qui organise nos vies. »

Meraldo Amon Daniel, étudiant infirmier de 21 ans originaire de Muxima, veut, lui, croire que la visite du pape « peut renforcer la foi, non seulement des fidèles, mais aussi des autorités du pays ».
Un pays marqué par de fortes inégalités économiques et sociales
Environ un tiers de la population angolaise vit sous le seuil de pauvreté international de 2,15 dollars par jour, selon la Banque mondiale. L’Angola a été le théâtre en juillet 2025 de trois jours de manifestations, accompagnées de pillages, contre la cherté de la vie, dont la répression a fait une trentaine de victimes.
Selon les analystes, ces troubles traduisent le mécontentement à l’égard du Mouvement populaire de libération de l’Angola (MPLA), parti au pouvoir depuis l’indépendance. Le MPLA a remporté les dernières élections en 2022 avec 51 % des voix. Les prochaines élections sont prévues en 2027.
S’adressant aux autorités du pays samedi, le pape avait lancé : « N’ayez pas peur de la dissidence, n’étouffez pas les visions des jeunes et les rêves des anciens. »
Lundi, Léon XIV se rendra dans l’est du pays, à Saurimo, une région enclavée et historiquement marginalisée qui abrite la plus grande mine diamantifère du pays. Il y célèbrera une messe et visitera une maison d’accueil pour personnes âgées.
Avec AFP
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