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DZ Mafia : enquête sur les femmes au cœur du narcotrafic


Publié le 12/04/2026 21:05

Temps de lecture : 4min – vidéo : 4min

À Marseille, il y a un mois, un vaste coup de filet contre l’organisation criminelle a entraîné la mise en examen de 26 suspects. Parmi eux, neuf femmes. Les journalistes de France Télévisions ont mené l’enquête sur leur profil et leur rôle au sein du narcotrafic.

Ce texte correspond à une partie de la retranscription du reportage ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder en intégralité.

Le 14 mars dernier à Marseille, neuf femmes ont été interpellées au cœur de la puissante DZ Mafia. Elles sont de plus en plus présentes dans le narcotrafic. Nous avons réussi à rencontrer certaines de ces jeunes femmes, des petites mains ou encore des têtes de réseau. Pour la première fois, elles ont accepté de témoigner.

Marie, 23 ans, a été recrutée sur Internet, sans emploi, seule avec un bébé. Elle va basculer dans le trafic de drogue. « J’étais tellement dans une situation de précarité, je le faisais pour avoir un paquet de couches d’avance, pour avoir suffisamment à manger dans mon frigo. J’ai contacté la personne sur Snapchat, je lui ai indiqué que j’avais une résidence sécurisée, que j’étais déterminée. Quinze minutes après, ils m’ont proposé de venir chez moi directement. Ils m’ont posé beaucoup de questions, comme une sorte d’interrogatoire, et le lendemain, ils ont ramené 40 kilos de cannabis chez moi », raconte-t-elle.

Pour 1 000 euros par mois, elle doit se charger des stocks et des livraisons. Interpellée quelques semaines plus tard, Marie attend aujourd’hui son procès et se bat pour récupérer la garde de son enfant. « Les conséquences sont à tous les niveaux, sur tous les plans. Je ne vois pas mon fils tous les jours, comme n’importe quelle maman qui l’emmènerait à l’école », poursuit-elle.

Selon cette avocate, les femmes sont devenues des proies pour les narcotrafiquants qui voient en elles l’opportunité de gagner le marché des consommatrices de stupéfiants. « Il y a véritablement des réseaux qui ciblent les consommatrices femmes, qui ne veulent pas avoir affaire à des hommes quand elles consomment leurs produits stupéfiants, parce qu’en plus elles peuvent être un peu en état d’ébriété ou elles n’ont pas forcément envie d’amener un jeune homme chez elles, parce que ce sont des livraisons à domicile la plupart du temps, et donc il y a certains réseaux de femmes qui se sont développés pour les consommatrices », explique Maître Sarah Nabet-Claverie, avocate pénaliste.

Pour faire leur place dans la guerre des territoires, certaines femmes n’hésitent pas à intégrer les organisations criminelles les plus dangereuses. Léa, 25 ans, est l’une d’elles. Après deux séjours en prison, elle gère toujours une vingtaine de livreuses de drogue à domicile. D’abord vendeuse de cannabis sur un point de deal, elle va ensuite convaincre un narcotrafiquant de créer avec elle un réseau exclusivement féminin.

« Au début, il ne voulait pas, il avait des a priori. Mais à la fin, il a vu qu’il y avait le roulement, que j’étais encore plus carrée qu’un homme. Et lui-même, à l’heure d’aujourd’hui, il me dit : « Je préfère travailler avec une femme qu’avec des hommes. Un homme, il va vouloir voler plus souvent, autant rester carré », avoue-t-elle. Elle affirme gagner jusqu’à 40 000 euros par mois. Et pour cela, Léa dit assumer tous les risques.

Comme lorsqu’elle s’est fait voler son stock de drogue, elle et ses vendeuses ont dû rendre des comptes aux fournisseurs. « Ils nous ont séquestrés pendant trois jours. On arrive dans une villa, c’est bâché, des kalachs de tous les côtés, ça va être des menaces, des gens qu’on brûle à l’acide, des clous dans les jambes. En gros, ils disent : « S’il n’y a pas tant de sous qui sortent maintenant, ça va être vous les prochains », se rappelle-t-elle.

Selon les policiers, aujourd’hui, c’est essentiellement par le biais des réseaux sociaux que les femmes gagnent du terrain dans le narcotrafic. « Dans le cadre de l’ubérisation du trafic de stupéfiants, où elles ont été un peu plus impliquées dans la préparation des commandes, mais aussi des livraisons. Elles ont continué ce genre de mission pour finalement aboutir à des missions un peu plus sanglantes », indique Dominique Abbenanti, inspecteur général et directeur zonal adjoint de la police judiciaire.

Ces deux dernières années en France, le nombre de femmes jugées dans des affaires liées au trafic de stupéfiants a été multiplié par trois.


Source:

www.franceinfo.fr

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