Publié le 25/04/2026 06:24
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Mouvement politique et social, l’enfantisme plaide pour une meilleure considération des enfants et des adolescents au sein de notre société.
C’est une notion qui commence à se démocratiser en France. L’enfantisme désigne un mouvement de défense des droits des enfants face aux différentes formes de dominations adultes. Il s’agit du pendant d’un concept apparu dans les années 1970 aux Etats-Unis : l’infantisme (ou adultisme), qui recoupe l’ensemble des stéréotypes qui pèsent sur les enfants et les adolescents.
Pour Claire Bourdille, c’est avant tout « un mouvement politique, social et culturel qui vise à l’égalité de respect des droits de l’enfance entre adultes et enfants, de l’intégrité et de la dignité également ». Autrice de l’essai Enfantisme, elle a également fondé le Collectif enfantiste en 2022, qui milite contre les violences faites aux mineurs.
Alors qu’un enfant sur dix est aujourd’hui victime de violences sexuelles, le collectif dénonce des négligences et des discriminations « qui s’inscrivent dans une systémie ». « On vit dans une société où les violences faites aux enfants sont massives », pointe Claire Bourdille, or selon elle, « on les traite comme des faits divers ».
Elle cite pour exemple les mouvements #MeTooEcole et SOS Périscolaire, qui dénoncent des violences subies par des enfants dans divers établissements, en grande partie à Paris. « On traite l’affaire comme si c’était un problème parisien, alors que c’est un problème qui fait partie du système et qui est possiblement dans toutes les villes », développe la militante. Le collectif dénonce aussi les violences éducatives ordinaires. Tape sur la main, fessée, bousculade… Selon le dernier baromètre de l’Ifop à ce sujet, près d’un tiers des parents estiment que les punitions corporelles ont une utilité éducative.
Au-delà des violences physiques, le manque de considération des enfants prend des formes parfois plus insidieuses, mais quotidiennes. Moins écoutés, davantage discrédités dans leurs ressentis, ils évoluent dans un système qui « favorise ces dynamiques de domination », pour Claire Bourdille.
Elle poursuit : « Il y a beaucoup de stéréotypes envers les enfants. On va penser que ce sont des menteurs, des manipulateurs, qu’ils inventent donc on ne va pas les croire ». Elle estime qu' »il y a aussi beaucoup de discriminations qui sont faites aux parents, qui sont beaucoup pressionnés par le fait d’avoir des enfants sages », car ils sont perçus par la société « comme des objets de possession ».
« Si on revient quelques années en arrière, c’est un peu comme les femmes, qui appartenaient au père, au mari. Aujourd’hui, c’est la condition de l’enfant. »
Claire Bourdille, fondatrice du Collectif enfantisteà franceinfo
Une analyse qui fait écho avec la perception des enfants héritée du passé. À la fin du XIXe siècle, le mineur est « pensé comme un être passif à formater », explique le sociologue de la famille Pierre Moisset. Influencée par le christianisme, la société « a aussi une conception un peu maligne de l’enfant », dans le sens où il est perçu comme ayant « une part de mal ». Au fil du temps, l’enfant apparaît davantage comme un « sujet partiel », mais qu’il faut « contrarier pour le faire accéder à un bon développement ».
Pour Pierre Moisset, la notion d’enfantisme pourrait aujourd’hui s’inscrire dans « un moment de changement de sensibilité à l’égard de l’enfance qu’on est un train de vivre dans nos sociétés ». Car avec le récent développement des neurosciences, l’enfant est désormais plus considéré comme « un sujet plein », qui cherche avant tout à comprendre le monde autour de lui et va donc avoir besoin de « figures d’attachements stables, fiables, disponibles ».
Le plus difficile aujourd’hui pour les adultes, selon Claire Bourdille, reste de se détacher des modèles d’éducation qu’ils ont toujours connus. « On éduque les enfants en fonction de ce qu’on a vécu et appris, fait-elle remarquer. Sauf que ce n’est pas forcément la bonne manière, parce que nos parents n’étaient pas forcément conscients de ce qu’on sait aujourd’hui. » Elle développe : « On va utiliser l’autorité pour que les enfants écoutent, obéissent et suivent le pas, alors que les enfants ont besoin d’apprendre, de grandir. On a cette responsabilité-là de les cadrer, mais ce n’est pas une autorité. C’est la différence qu’on ne fait pas encore aujourd’hui. On part dans l’autoritarisme et dans la domination à cause de ça ».
Mais il peut être compliqué pour les parents de ne pas basculer dans des dynamiques de domination quand « je dois accompagner un semblable qui m’est dissemblable », reconnaît Pierre Moisset. « L’autorité, c’est imposer un point de vue sur le monde depuis une sorte de position un peu intouchable », tandis qu’aujourd’hui, l’éducation parentale est davantage considérée comme « une forme d’accompagnement et de conversation » avec l’enfant, conclut-il.
Source:
www.franceinfo.fr





