Il est imperceptible mais réel, le frisson de l’attente qui parcourt les rangs du public. Et qui se manifeste dès les premières minutes de Kaddish. La femme chauve en peignoir rouge, un spectacle impressionnant de profondeur que met en scène, au Théâtre Gérard-Philipe de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), Margaux Eskenazi d’après l’œuvre de l’écrivain juif hongrois Imre Kertész (1929-2016), prix Nobel de littérature 2002. Un spectacle percuté de plein fouet par le sort imminent d’une Hongrie livrée au vent mauvais des extrémismes, ou qui saura s’en délivrer, par son vote, le 12 avril 2026.
Seul, en pleine lumière, devant un tableau blanc, l’acteur Michael Charny démontre la proximité de l’hébreu et de l’arabe, en quelques cas linguistiques imparables. La puissance pacificatrice du langage : c’est par ce salutaire rappel que s’ouvre une captivante déambulation de trois heures trente (avec entracte) tricotant les liens entre les doutes identitaires de Margaux Eskenazi, les raisons d’être là de ses sept formidables interprètes (parmi lesquels le musicien Malik Soarès) et la vie de Kertész, dont plusieurs livres sont évoqués au fil de belles, voire très belles, séquences d’un jeu en fondu enchaîné.
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Source:
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