Un militaire français de la Finul a été tué, samedi, dans une embuscade attribuée au Hezbollah, ravivant les interrogations sur le rôle et l’avenir de cette force présente au Liban. Pour Jean-Marie Bockel, ancien secrétaire d’État à la Défense, un retrait serait néanmoins perçu comme un abandon dans un pays toujours au bord de l’explosion.
Publié le 20/04/2026 09:04
Mis à jour le 20/04/2026 09:13
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Alors que les regards sont tournés, ces dernières heures, vers le détroit d’Ormuz, un autre front, plus que fragile, est régulièrement évoqué ces dernières semaines : celui du Liban, autre théâtre de la guerre au Moyen-Orient. Un militaire français de la Finul, la force de maintien de la paix de l’ONU, a été tué samedi 18 avril. Le sergent-chef Florian Montorio, a été pris dans une embuscade attribuée au Hezbollah, bras armé de l’Iran. Trois autres soldats français ont également été blessés. La question des conditions de la présence de cette force, purement défensive, revient sur la table. Mais, d’après Jean-Marie Bockel, ancien secrétaire d’État à la Défense et président de l’association Solidarité Défense, qui a perdu un de ses fils dans l’opération Barkhane, au Mali en 2019, « le Liban est au bord de l’explosion, voire de la disparition, et cela nous concerne. »
Les autorités françaises affirment, par ailleurs, avoir reçu des assurances selon lesquelles les autorités libanaises mettent tout en œuvre pour arrêter les auteurs.
franceinfo : Peut-on être visé, même lorsqu’on participe à des missions de maintien de la paix, sans combattre et avec un casque bleu sur la tête ?
Jean-Marie Bockel : Bien sûr, ce sont des casques bleus, mais ils opèrent dans une zone terriblement dangereuse, surtout dans les moments de tension. Il y a aussi le statut purement défensif de ces forces : elles ne peuvent riposter qu’en cas de légitime défense. Cela pose d’ailleurs la question du devenir de la Finul, dans un tel contexte, et dans un pays pris en otage par le conflit depuis si longtemps. Je pense qu’il faut rester, il ne faut pas abandonner le Liban, et particulièrement pour la France, qui y assume une mission presque ancestrale. On n’imagine pas un départ complet. En revanche, on peut réfléchir au statut de ces forces face à ces dangers qui sont bien réels.
La Finul est présente depuis bientôt 50 ans dans le sud du Liban, avec des combats qui se poursuivent encore aujourd’hui. Peut-il y avoir l’impression d’une mort pour rien ?
Les morts pour la France ne meurent jamais pour rien. Il y a 50 ans, c’était le début de la guerre au Liban, et c’est bien toute la question : que se serait-il passé, après les tensions successives de ces 50 dernières années, parfois même des épisodes de guerre, s’il n’y avait pas eu cette force ? Et que se passerait-il si nous partions ? Ce serait aussi le symbole d’un abandon. L’action de la France au Liban est d’ailleurs une action traditionnelle et ancienne, pour tenter de retrouver les chemins de la paix. Nous conservons une capacité de dialogue, d’autant que nous ne sommes pas des grands belligérants, mais que nous restons néanmoins présents, y compris militairement.
« Nous ne savons pas se qu’il passerait s’il n’y avait pas tous ces efforts. S’il n’y avait pas cette force d’interposition. »
Jean-Marie Bockel, ancien secrétaire d’État à la Défense et président de l’association Solidarité Défenseà franceinfo
Le Liban est au bord de l’explosion, voire de la disparition, et cela nous concerne : c’est tout près de chez nous. Donc non, ce n’est pas pour rien. Néanmoins les conditions de cette présence, ainsi que le mode de fonctionnement de cette force dans le monde qui vient, notamment dans la perspective de son renouvellement, doivent effectivement être repensés.
La question du désarmement du Hezbollah est centrale. Le Liban a promis de tout mettre en œuvre pour retrouver les responsables de la mort du sergent-chef Florian Montorio, est-ce vraiment faisable à vos yeux ?
On sait aussi que le Hezbollah exerce une véritable emprise sur ces populations, au-delà de la seule dimension militaire. Et c’est tout simplement l’avenir du Liban qui est en jeu. Oui, ce sera compliqué. Oui, on ne voit pas cela se concrétiser aujourd’hui. Mais tant qu’il n’y aura pas de désarmement, il sera difficile d’envisager sereinement l’avenir de ce beau et pauvre pays, auquel nous sommes solidaires.
Source:
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