La librairie Sauramps Comédie transforme un litige immobilier en mobilisation publique. Sous la verrière du Triangle, au cœur de Montpellier, l’enseigne appelle ses clients à signer une pétition demandant la remise en état de locaux occupés depuis 1978.
Le texte, lancé par Communication Sauramps sur Change.org, vise le propriétaire des murs et réclame des travaux de réhabilitation, d’accessibilité, d’isolation thermique et de traitement des infiltrations. La page affichait 1398 signatures vérifiées.
Un bailleur confronté face au public
La démarche intervient après l’envoi, le 24 avril, d’un message du groupe Sauramps à sa clientèle et s’inscrit dans un contexte fragilisé pour le réseau héraultais, marqué par une baisse du chiffre d’affaires, la fermeture du point de vente éphémère d’Odysseum et l’arrêt annoncé comme temporaire de la librairie du musée Fabre.
Le texte décrit une dégradation continue de l’ensemble bâti. Elle affirme que des zones sont régulièrement condamnées en raison d’infiltrations d’eau, que l’entrée reste difficile aux personnes en fauteuil roulant, avec une poussette ou pour des personnes âgées, et que les nombreux escaliers intérieurs empêchent une circulation fluide entre les paliers. Le texte évoque aussi des risques de chute et des températures difficiles dans les étages supérieurs.
Les clients disent ne pas imaginer que les propriétaires des locaux historiques préfèrent pousser le public vers la vente en ligne plutôt que de permettre la fréquentation d’une grande enseigne de centre-ville. Le dossier ne porte plus seulement sur la maintenance d’un bâtiment, mais sur les conditions concrètes d’accès au livre dans l’hypercentre.
La verrière, angle mort du commerce
La direction désigne Actipierre, filiale du groupe AEW spécialisée dans l’immobilier commercial, comme bailleur de la partie située sous la verrière. Laquelle serait informéer depuis 2021 du problème – des normes d’accessibilité légèrement enfreintes.
Cette mise en cause déplace la pression vers les copropriétaires et les gestionnaires du lieu. L’enseigne inscrit les travaux dans trois registres précis : l’accès aux personnes à mobilité réduite, la sécurité des clients et des salariés, et la capacité de maintenir un espace attractif dans une zone centrale de Montpellier. Le maintien du loyer, malgré les désordres signalés, nourrit aussi le grief financier.
La pétition devient ainsi un outil dans le rapport de force en rendant visible un dossier habituellement traité entre bailleur, exploitant et collectivités, en s’appuyant sur l’attachement local à Sauramps. Le recours aux clients transforme l’usager en témoin de la dégradation, et le passage en caisse en geste de soutien à un équipement culturel privé mais fortement identifié à la ville.
Un symbole déjà éprouvé par les crises
L’histoire récente de Sauramps donne une résonance particulière à cette mobilisation. En 2017, ActuaLitté relatait déjà l’ampleur de l’attachement montpelliérain à l’enseigne, alors prise dans la procédure de reprise qui opposa notamment Le Furet du Nord au groupe Amétis. Le tribunal de commerce de Montpellier avait retenu l’offre du Furet pour les sites du Triangle et d’Alès, tandis que la librairie Odyssée n’entrait pas dans le périmètre repris.
Dans ce même épisode, ActuaLitté relevait la mobilisation des salariés et l’inquiétude sur l’emploi : l’offre du Furet ne conservait que deux sites et 57 salariés, quand Amétis proposait de reprendre l’ensemble des points de vente et 94 des 119 employés. Mais plus récemment, ce sont des difficultés économiques lourdes – tables vidées, offre réduite à néant, et même, pour cette année, l’absence de Sauramps lors de la Comédie du livre.
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« Nous ne pouvons pas imaginer que les propriétaires des locaux historiquement occupés par la librairie Sauramps préfèrent inciter la clientèle à se tourner vers la vente en ligne plutôt que de pouvoir fréquenter une grande librairie de centre-ville et nous leur demandons de faire le nécessaire pour nous rendre notre librairie », affirment les signataires de la pétition.
Désormais, on ne parle pas de reprise, mais seulement de la qualité du lieu qui conditionne l’activité. Elle demande la réhabilitation d’un espace central pour que le public, les salariés et les personnes à mobilité réduite puissent y circuler dans des conditions normales. En rendant publique la responsabilité des murs, Sauramps cherche désormais à obtenir des travaux que le seul dialogue immobilier n’a pas déclenchés.
Crédits photo : ActuaLitté, CC BY SA 4.0
Par Cécile MazinContact : cm@actualitte.com
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