Alice Durand est une ingénieure de formation qui a travaillé dans l’écologie alpine. Elle vient de sortir un ouvrage aussi pédagogique que sympathique, illustré par Grégory Bricout. « L’écologie et l’intelligence artificielle, ce sont deux thèmes qui préoccupent les adolescents et les jeunes adultes », estime Alice Durand, qui consacre désormais sa carrière à la médiation scientifique, avec pour but de rendre accessible la science à tous.
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Même si le terme d’intelligence artificielle (IA) est né il y a 70 ans, en 1956, ce n’est qu’à partir de 2010 que l’IA a connu un « boom », comme on peut le lire dans le livre. La question de son impact environnemental est assez récente, et « la préoccupation qu’elle suscite reste largement en deçà des autres inquiétudes, éthiques et sociétales, par exemple le risque de voir disparaître certains métiers », explique l’auteure.
« Cela peut m’arriver d’utiliser l’IA dans mon métier, je ne suis pas anti-intelligence artificielle », précise-t-elle. Le plus grand problème environnemental associé à l’IA est de nos jours « la consommation d’énergie avec le défi climatique en cours », encore plus que le problème d’extraction des ressources rares dans les terres. « L’IA représente 10 à 20 % de la consommation des centres de données, et ce pourcentage pourrait doubler d’ici 2030. Certains centres de données peuvent consommer l’équivalent de l’énergie produite par une centrale nucléaire moyenne. (…) Les émissions de gaz à effet de serre de Google ont par exemple augmenté de 40 % entre 2019 et 2023, et c’est lié au développement de l’IA ».

Le livre d’Alice Durand s’adresse aux adultes et aux adolescents. © Delachaux et Niestlé
L’IA pourra-t-elle résoudre les nouveaux problèmes qu’elle engendre ?
Cependant, cette intelligence novatrice peut aussi être au service de l’environnement, comme le montrent plusieurs exemples dans le livre : « J’ai un regard très critique, tout en essayant d’avoir une vision objective. L’IA peut aider à mieux prévoir la demande énergétique, mieux intégrer les énergies renouvelables, et mieux surveiller notre consommation. Mais je pense que les services rendus par l’IA ne seront pas à la hauteur des impacts. On utilise beaucoup l’IA pour des usages pas si importants, et les usages utiles pour le bien commun resteront sans doute minoritaires ».

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« Dans mon livre, j’explique ce qu’est l’effet rebond : au fur et à mesure qu’une technologie devient plus efficiente, au lieu de voir sa consommation de ressources diminuer comme on aurait pu l’imaginer, celle-ci augmente car on a tendance à utiliser davantage la technologie ».
Les amateurs de l’IA défendent souvent le fait que cette intelligence est capable de régler les problèmes qu’elle pose, c’est la logique du technosolutionnisme : « Non, je n’y crois pas, j’aimerais y croire. Cela demanderait une coopération entre tous les acteurs pour mettre en commun les entraînements de l’IA afin qu’elle consomme moins. Pourtant, quand on entend parler de l’IA, le champ lexical de la compétition revient sans cesse, les pays ont peur d’être en retard les uns par rapport aux autres, on n’est pas du tout dans une logique collaborative ».

Les data centers se multiplient partout dans le monde et leurs émissions de gaz à effet de serre sont élevées. © Karine Durand, image IA Bing
L’humanité doit faire des choix pertinents sur ses usages
Le livre soulève la question de la réglementation, qui a évidemment un temps de retard face au développement fulgurant de l’IA : « La législation vient après coup et on ne veut pas nuire au développement technologique. Il faudrait un éco-score de l’IA pour qu’on puisse faire des choix éclairés », estime Alice Durand. « L’Europe peut faire figure d’élève un peu moins médiocre que les autres. Il y a des tentatives de législation en Europe, mais il y a aussi des entreprises qui poussent pour une législation pas trop restrictive ».
Finalement, c’est aux citoyens de faire les bons choix, tout comme en matière de transports, d’alimentation, d’énergies… L’utilisation personnelle ou professionnelle de l’IA, soulève des questions écologiques. « Maintenant que nous avons l’IA entre nos mains, l’humanité doit faire les choix les plus pertinents, c’est très important qu’on soit informé en tant que citoyen pour prendre part au débat ».

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Source:
www.futura-sciences.com





