Le “13 Heures” présente les plus beaux bateaux traditionnels des régions françaises. Direction la Bretagne et son emblématique petit deux-mâts à la coque noire et aux voiles rouges.
Ce texte correspond à une partie de la retranscription du reportage ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder en intégralité.
Il est reconnaissable parmi tous les autres bateaux. Avec sa coque noire et ses voiles ocre, le sinagot, paré de ses atours, est le seigneur du golfe du Morbihan. Un voilier traditionnel, vestige de l’âge d’or de la pêche et joyau du patrimoine aujourd’hui menacé. Dans le port de Séné (Morbihan), un bateau est le fruit de toutes les attentions. “On met un produit, un mélange d’huile de lin, d’essence de térébenthine et de goudron norvégien. Ce produit pénètre bien le bois, protège des parasites et des champignons. Un entretien à mi-saison, ça fait toujours du bien”, explique Gilles Fardel, bénévole aux Amis du sinagot.
Il est le seul sinagot d’époque encore en navigation. Construit en 1943, classé monument historique, il a été un vrai coup de cœur pour Catherine Bras, elle aussi bénévole. “Je trouvais ces bateaux tellement beaux que je me suis inscrite dans l’association avant même d’avoir navigué dessus. J’ai eu l’adresse, le site internet quand je suis arrivée ici, et je me suis inscrite parce que je trouvais ça trop chouette de pouvoir les approcher de près”, confie-t-elle.
Pour se mettre dans la peau des pêcheurs, il faut d’abord quitter la rivière de Vannes et à l’entrée du golfe, c’est le même rituel à chaque sortie : une prière. “Le milieu marin est quand même basé sur les superstitions, et on a effectivement vérifié que lorsque l’on ne faisait pas cette prière, on avait quelques ennuis, soit des échouages, soit des lunettes qui tombent à l’eau”, raconte Daniel Fresneau, le président des Amis du sinagot.
Les bénévoles se confrontent alors à la difficulté de manœuvrer ces chaloupes et hisser la grand-voile. “On essaie de comprendre comment des gens pouvaient naviguer sur ces bateaux, manger, travailler, vendre leur pêche et en même temps vivre. C’était un métier difficile. À chaque fois, on se demande comment ils faisaient, puisque nous on fait ça pour notre plaisir”, explique Frédéric Mancel, le capitaine du “Joli Vent”.
Au début du XXème siècle, 160 sinagots sillonnent les eaux du golfe. À bord, des pêcheurs modestes. La chaloupe est utilisée pour la drague des huîtres sauvages, pour la pêche côtière. Avec la modernisation des bateaux, ils seront rapidement délaissés. “Ces bateaux n’ont pas de moteur. Les déplacements étaient soit à l’aviron, soit tractés par une barque à l’aviron. À l’apparition du moteur, ils ont trouvé des coques beaucoup plus sympathiques professionnellement. Donc ces bateaux étaient poussés dans les vasières et abandonnés”, détaille Daniel Fresneau.
Aujourd’hui, seuls six bateaux battent encore les flots. Des copies de l’original, uniquement conçus pour la plaisance. “Des fois, quand c’est calme, il n’y a pas trop de vent, ils nous laissent la barre. Je ne sais pas si aujourd’hui, elle va nous la laisser”, observe Chantal, qui emmène sa petite fille pour la première fois. Elle a déjà pris des cours de voile, mais jamais sur un si gros bateau.
Sur un autre sinagot, l’heure est à la formation également pour un jeune mousse. “J’ai plein de choses à apprendre. En plus, l’équipage est très sympa. Ça donne envie de s’investir pour les garder, parce que ce serait vraiment dommage que de tels bateaux soient abandonnés”, confie Maelig Cheval-Brosseau, mousse sur le “Joli Vent”.
La transmission de leur passion, le seul salut pour ces voiliers majestueux, et la fierté de tous les habitants du Golfe du Morbihan.
Source:
www.franceinfo.fr






