Tous les passionnés d’astronomie se souviennent probablement qu’au cours de la dernière décennie, l’étoile Bételgeuse a souvent fait la une de l’actualité, avec quelques inquiétudes en prime.
Rappelons que cette étoile est bien connue de l’humanité depuis longtemps car elle est visible à l’œil nu dans la constellation d’Orion. Enfin, quand on dit bien connue depuis longtemps, il faut tout de même admettre que ce n’est qu’au cours du XXe siècle que l’on a compris qu’il s’agissait d’une supergéante rouge dont la masse est estimée entre 15 et 20 fois celle du Soleil et le rayon entre 700 et 1 000 fois celui du Soleil.
C’est aussi au cours du siècle dernier que l’on a compris qu’elle était instable et devrait bientôt exploser en supernova… Mais quand, demain, dans 1 000 ans, dans 100 000 ans ? Or, Bételgeuse n’est qu’à environ 650 années-lumière de la Terre. Quel impact une telle explosion aurait alors sur la biosphère et la noosphère ?
Bételgeuse, une étoile variable, mais pourquoi ?
On comprend donc pourquoi une brutale diminution de la luminosité de Bételgeuse avait récemment alimenté les spéculations sur son explosion imminente en supernova. Heureusement, il y a quelques années, Miguel Montargès, astronome à l’Observatoire de Paris – PSL avait montré avec ses collègues que cet assombrissement spectaculaire résultait de l’éjection d’un important nuage de poussière venu masquer temporairement l’étoile.
Deux jeunes chercheurs se sont exercés à l’élaboration du scénario le plus probable de ce que nous verrons depuis la Terre lors de l’explosion de Bételgeuse…. Lire la suite
Miguel Montargès a continué à étudier Bételgeuse et, à la tête d’une équipe internationale d’astronomes dont certains sont membre du CNRS, de l’Université Grenoble Alpes et de l’Observatoire de la Côte d’Azur, il est l’un des auteurs d’un article publié dans la célèbre revue Astronomy & Astrophysics. Que dit cet article ?
Bételgeuse va-t-elle finir en supernova ? Les explications de l’astronome Miguel Montargès et de son collègue Eric Lagadec en février 2020. © Guillaume Doyen
Une étoile double !
Il apporte tout simplement la preuve la plus convaincante à ce jour de ce dont les astronomes se doutaient depuis bien des décennies : Bételgeuse est en réalité une étoile double. Sa compagne n’avait pu être observée directement jusqu’à aujourd’hui, faute d’instruments et de techniques de traitement de l’image capables d’extraire son image qui était noyée du fait aussi de sa proximité dans le rayonnement de Bételgeuse (elle est des dizaines de milliers de fois plus lumineuse).
En fait, on avait des indices depuis presque un siècle, avec une variation périodique longue période de sa luminosité en particulier, et ces dernières années, plusieurs équipes avaient enfoncé le clou un peu plus profondément avec des observations laissant entendre qu’à la fin de 2024, l’étoile compagne présumée serait dans une position favorable pour Sphere, l’instrument d’imagerie à très haut contraste installé sur le VLT de l’ESO, au Chili.
Des astronomes ont enfin obtenu la preuve irréfutable que Bételgeuse, une étoile célèbre de la constellation d’Orion, n’est pas seule. Grâce au Très Grand Télescope (VLT) de l’ESO, ils ont obtenu l’image la plus nette à ce jour de ce qui est probablement Bételgeuse B, une étoile en orbite autour de Bételgeuse et susceptible d’expliquer certaines de ses variations de luminosité. Cette vidéo résume la découverte. Pour obtenir une traduction en français assez fidèle, cliquez sur le rectangle blanc en bas à droite. Les sous-titres en anglais devraient alors apparaître. Cliquez ensuite sur l’écrou à droite du rectangle, puis sur « Sous-titres » et enfin sur « Traduire automatiquement ». Choisissez « Français ». © European Southern Observatory (ESO)
Une imagerie directe grâce à l’étude des exoplanètes
Pour tenter de débusquer Bételgeuse B, l’étoile en orbite autour de Bételgeuse, les chercheurs ont mis plusieurs mois à traiter les images prises par Sphere. Quelques-uns de leurs témoignages à ce sujet sont exprimés dans des communiqués de l’ESO et de l’Observatoire de Paris – PSL.

Après une douzaine d’années de développement, l’instrument Sphere (Spectropolarimètre à haut contraste dédié à la recherche d’exoplanètes) a été installé par l’ESO (European Southern Observatory) sur le troisième des quatre télescopes géants du VLT (Very Large Telescope), au sommet du Mont Paranal au Chili. En mai 2014, les premiers tests, la « première lumière » selon l’expression des astronomes, montrent les capacités exceptionnelles de l’instrument pour résoudre des astres beaucoup moins lumineux que l’étoile autour de laquelle ils gravitent. Plusieurs équipes peuvent d’ores et déjà employer l’instrument pour détecter de lointaines exoplanètes…. Lire la suite
Dans le premier, Miguel Montargès déclare : « J’ai bondi de ma chaise quand j’ai vu les images traitées… Honnêtement, je pensais que nous n’avions pas la sensibilité nécessaire pour détecter Bételgeuse B telle qu’elle avait été prédite… C’est justement parce qu’elle est plus massive que prévu que nous la voyons… Pour être sûrs que ce compagnon existe bel et bien, il nous faudra encore l’observer dans un an, de l’autre côté de l’étoile, mais il ne reste pratiquement plus aucune marge de doute… C’est l’aboutissement d’une quête longue d’un siècle ! »
Dans le second communiqué, Anthony Boccaletti, directeur de recherche CNRS affecté au LIRA de l’Observatoire de Paris (il travaille sur la conception d’instruments, notamment sur la réalisation de coronographes pour l’instrument Sphere) et coauteur de l’étude, déclare : « Il est remarquable de constater à quel point Sphere et les techniques avancées de post-traitement, initialement développées pour détecter des exoplanètes, excellent également dans la détection d’un compagnon autour d’une étoile massive et évoluée comme Bételgeuse. »
On pense maintenant que Bételgeuse B contient entre 2 à 3 masses solaires, décrivant une orbite autour de Bételgeuse A en six ans environ.

À l’aide du Très Grand Télescope (VLT) de l’ESO, des astronomes ont obtenu l’image la plus nette à ce jour de ce qui est probablement Bételgeuse B, une étoile en orbite autour de Bételgeuse. Bételgeuse est une supergéante rouge située dans la constellation d’Orion. Sa luminosité varie périodiquement et, depuis des décennies, les astronomes soupçonnaient que certaines de ces variations pouvaient être dues à une étoile compagne gravitant autour d’elle. L’image figurant dans l’encart central a été prise en janvier 2019 avec l’instrument Sphere du VLT de l’ESO ; elle montre Bételgeuse elle-même. L’image de l’encart de gauche a été prise en décembre 2024, moment où la compagne était censée se trouver à la distance maximale de Bételgeuse, vue depuis la Terre. Dans cet encart, Bételgeuse a été masquée, révélant une source (indiquée par un réticule), dont les caractéristiques correspondent à celles de Bételgeuse B. © ESO, M. Montargès et al. Arrière-plan : N. Rissinger (skysurvey.org)
Source:
www.futura-sciences.com






