La Librairie des Beaux-Arts d’Alger a rouvert mardi 21 avril, trois jours après sa fermeture par la police lors d’une séance de signature autour de l’essai Les Identités rebelles : Repenser sa propre histoire, de la sociologue Fatma Oussedik. La mesure avait été annoncée pour un mois, selon Koukou Éditions, avant une levée anticipée signalée par l’éditeur, rapporte l’AFP.
Un revers rapide pour une mesure brutale
L’intervention remonte au samedi 18 avril, lorsque des policiers ont interrompu la rencontre, saisi des exemplaires et fermé l’adresse qui accueillait l’événement. Koukou affirme que des représentants de la police, du fisc et du ministère de la Culture s’étaient présentés deux jours plus tôt pour demander l’annulation, puis étaient revenus le samedi matin. La signature avait été reportée, avant une seconde intervention dans l’après-midi.
L’ouvrage porte sur l’histoire et la sociologie de la vallée du M’zab, région berbérophone d’Algérie. Arezki Aït-Larbi, directeur de Koukou Éditions, le présente comme le résultat de plusieurs années de recherches de terrain. Après la réouverture, l’éditeur a dit se réjouir du retour à l’activité, tout en dénonçant une « censure qui s’exerce aux marges de la légalité » et une atteinte aux « libertés de création intellectuelle ».
La faille administrative ne clôt pas l’affaire
Le volet réglementaire a été précisé par Twala. Le média algérien rapporte que la Bibliothèque nationale avait évoqué des manquements liés au dépôt légal et à l’ISBN. Koukou conteste cette lecture : les premiers exemplaires auraient été récupérés le 16 avril, le dépôt légal étant prévu au premier jour ouvrable suivant. L’éditeur indique aussi que l’ouvrage avait été enregistré le 24 juillet 2025 sous le numéro 978-9931-315-80-3, malgré une erreur sur la couverture d’un premier tirage de 100 exemplaires.
Selon Twala, toujours, la maison d’édition assure avoir corrigé cette erreur pour les tirages suivants, régularisé le dépôt légal et remis les exemplaires corrigés en circulation dès le 22 avril. La réouverture déplace donc l’affaire vers un débat plus précis : la proportion d’une intervention policière face à des griefs présentés, ensuite, comme administratifs.
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La contestation juridique de Koukou s’appuie sur l’article 54 de la Constitution algérienne. Dans le communiqué reproduit par Le Matin d’Algérie, l’éditeur rappelle que « l’activité des publications ne peut être interdite qu’en vertu d’une décision de justice ». Cette référence fonde l’accusation d’une procédure conduite hors du cadre juridictionnel, alors que les exemplaires avaient été saisis et l’espace de rencontre fermé.
Un test pour les lieux du débat
L’épisode s’inscrit dans une relation déjà tendue entre Koukou Éditions et les autorités culturelles. L’AFP rappelle que l’éditeur avait dénoncé, en 2022, l’interdiction de 12 de ses titres au Salon international du livre d’Alger. L’agence mentionne aussi l’arrestation brève d’Arezki Aït-Larbi, de l’autrice française Dominique Martre et d’autres participants lors d’une opération policière menée en 2024 pendant une rencontre à Béjaïa.
ActuaLitté avait aussi relevé l’exclusion de Koukou du SILA depuis 2023 et le non-lieu confirmé en 2025 après 18 mois de procédure, sans règlement du différend administratif. Dans ce dossier, la fermeture d’un mois annoncée s’est réduite à trois jours, mais le livre, la librairie et son public ont été placés sous contrôle policier avant toute décision judiciaire citée publiquement.
Crédits photo : Twala
Par Cécile MazinContact : cm@actualitte.com
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