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AccueilCultureLivres & Littérature“Mickey est courageux, brave, honnête, mais on s’identifie plus rapidement à Donald”

“Mickey est courageux, brave, honnête, mais on s’identifie plus rapidement à Donald”

Mickey, Donald, Picsou, Dingo : à peine les noms surgissent-ils que l’enfance remue les oreilles, le bec et les souvenirs. Aux Rendez-vous de la bande dessinée d’Amiens, Laurent Marioni prend ces figures très célèbres au sérieux, mais sans jamais leur retirer leur malice.

Commissaire de l’exposition, qui se tiendra à la Halle Freyssinet d’Amiens, Mickey et ses amis, une longue histoire dessinée, il invite à regarder derrière la mascotte : des strips, des auteurs, des becs qui changent, des souris qui mûrissent et un canard si imparfait qu’il finit par nous ressembler beaucoup. 

Un entretien entre grandes oreilles et sans prise de bec (de canard), à écouter dans notre dernière émission :

Mickey, Donald et l’art de rester vivant

Il ne suffit pas de placer Mickey au centre d’une exposition pour raconter Disney. Laurent Marioni préfère déplacer le regard : derrière la mascotte, il voit une école de lecture, de dessin et de récits populaires. « Tout a commencé avec une petite souris, c’est exactement la phrase culte de Walt Disney. » Et d’ajouter aussitôt que le sujet déborde l’icône : « C’est bien plus qu’une histoire de petite souris, parce que ça a marqué l’imaginaire depuis un siècle maintenant. »

Un canard plus humain qu’une souris

Le détour par Donald donne le ton. À la question du camp choisi, Mickey, Minnie, Donald ou Picsou, Marioni tranche : « Est-ce qu’on est plutôt canard ou souris ? Moi, je suis plutôt canard. Donald ressemble plus à tout le monde. Il a plein de défauts et plein de qualités. Il est hypergénéreux, d’une maladresse confondante, très colérique quand quelque chose ne va pas, et en même temps amoureux transi. » Mickey garde une ligne plus stable. Le libraire le résume en toute simplicité : « Mickey est courageux, brave, honnête ; rarement, il a des failles. »

Cette tension irrigue l’exposition. En revenant au tout premier Mickey, on découvre un personnage plus remuant que son image lissée. « Quand on lit les premières bandes originelles de Floyd Gottfredson, on se rend compte que Mickey est absolument génial : il est aventurier, un peu bagarreur, un peu colérique, plus vivant, vraiment. » Le commissariat agit comme un retour aux sources. « Travailler sur cette exposition m’a fait relire tous ces classiques, et ça donne encore envie de les relire. »

La bande dessinée comme machine à monde

L’exposition s’appuie sur un basculement fondateur : la naissance publique de Mickey au cinéma en 1928, puis son passage décisif à la presse en 1930. Il la rattache au besoin des journaux américains. « Les journaux réclamaient des pages pour les enfants. Les parents lisaient le journal et ils avaient besoin de donner une page aux enfants. » De là naît une grammaire : la bande quotidienne, trois ou quatre cases, puis les pages du dimanche. « Il y avait un succès incroyable de ces bandes, la découverte d’un monde qui fascinait les enfants, et je pense aussi les adultes. »

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La suite relève moins d’un produit dérivé que d’une architecture narrative. Laurent Marioni refuse d’assimiler Donald à un simple prolongement de Mickey. « C’est la création d’un deuxième univers, qui se mélangent pas : complémentaire, mais vraiment distinct. Ce n’est pas du tout un dérivé comme on l’entend maintenant. » 

Des auteurs derrière la marque

Car, au coeur de tout, il y avait les publications dans la presse, quelques cases chaque jour, pour les enfants. Un certain Floyd Gottfredson, d’abord, appelé pour quelques semaines et restera quarante-cinq ans aux commandes de Mickey. « Walt Disney lui demande de venir dessiner une page, parce qu’Ub Iwerks est parti. Gottfredson accepte d’aider quelques semaines. Au fur et à mesure, il espère que Walt l’a oublié, parce qu’il trouve cela tellement génial qu’il veut continuer. Et il a fait du Mickey pendant quarante-cinq ans. »

À cette première histoire s’ajoute la multiplication des styles. Il parle d’une ligne directrice au départ, puis d’une liberté visible dans le trait. « Il y a eu une explosion des graphismes différents. Chacun amenait sa patte à l’histoire, avec Carl Barks, Romano Scarpa, Al Taliaferro et tous ces grands créateurs. » L’évolution se lit dans les formes : becs de Donald, yeux de Mickey, silhouette ajustée. « Regardez des images des années 30 et 40, puis des images de maintenant : les becs ont changé. Mickey a parfois une queue, parfois il n’en a pas. » Car cela coûtait plus ou moins cher dans l’animation du personnage…

Glénat, ou le retour des auteurs européens

La seconde partie de l’exposition regarde les créations originales publiées par les éditions Glénat. On part du regard d’un lecteur : Jacques Glénat, présenté comme un passionné. « C’est un fan, vraiment un des plus grands fans. Il a voulu éditer les grands classiques, Gottfredson, Barks, Don Rosa, puis proposer à des auteurs des créations originales. » Le cadre existe, imposé par Disney. « Il y a forcément des contraintes, des limites quand on collabore avec Mickey. Il faut respecter l’œuvre, on ne peut pas la dénaturer, on ne peut pas raconter n’importe quoi. »

Mais ce cadre n’interdit pas l’auteur. Il met sa singularité à l’épreuve. Et de citer Régis Loisel, Lewis Trondheim, Nicolas Keramidas, Tébo, Dav, Bernard Cosey et d’autres. « Tous ont fait un Mickey, un Donald ou un Picsou avec leur propre univers graphique. C’est cela qui nous intéresse et c’est cela que nous voulions montrer. » Son exemple majeur reste La Jeunesse de Picsou de Don Rosa.

« Dans mes dix livres préférés du monde entier, il y a La Jeunesse de Picsou, et pour moi c’est une œuvre exceptionnelle. » Il admire ce fil tissé avec les éléments semés par Carl Barks. « Il a noté tous ces petits détails, il en a fait un fil rouge, il a écrit une histoire absolument géniale, drôle, avec un graphisme d’une précision folle. »

Une culture populaire sous-estimée

Mickey, Donald, Minnie, Daisy, Dingo ou Pluto ne tiennent pas seulement par la reconnaissance immédiate. Ils durent parce que des auteurs les déplacent, les enrichissent, les réinterprètent. Marioni inclut les figures féminines dans cette mécanique d’univers.

« Il fallait un pendant féminin. Walt Disney était suffisamment cohérent pour comprendre qu’il fallait mettre des femmes dans l’opération, au moins montrer qu’elles existent et qu’elles sont là. » « Il a vu le potentiel incroyable de sa première créature et de celles qui ont suivi. Il fallait aller au bout de ce monde-là, en passant par des personnages féminins assez forts. »

Pour dépasser le rôle de simple mascotte, Mickey et ses amis restent des personnages racontés. « On dépasse la mascotte avec des histoires incroyables, avec des auteurs fabuleux, des gens comme Gottfredson, qui a dessiné et écrit pendant quarante-cinq ans, ou Carl Barks, qui a écrit énormément d’histoires pour d’autres artistes et en a dessiné lui-même. »

L’exposition tient donc moins de la nostalgie que d’une redécouverte des procédés : ellipse, gag, chute, répétition narrative. Ce que Marioni retient tient dans cette formule : « Ces créations appartiennent à une culture populaire parfois sous-estimée, que l’on aura l’occasion de découvrir dans cette exposition. »

Crédits photo : Laurent Marioni / ActuaLitté, CC BY SA 4.0

Par Nicolas GaryContact : ng@actualitte.com


Source:

actualitte.com

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