En littérature, les figures imposées sont souvent acrobatiques, mais pas toujours très réussies, même lorsque ce sont des auteurs réputés qui s’y collent. Cette fois-ci, l’Islandaise Eva Björg Ægisdóttir et le Français Jérôme Loubry, tous deux déjà bien connus de nos services, prouvent le contraire.
L’idée de ces Exil(s) islandais est née, avec la complicité de l’éditeur, de leur rencontre au festival lyonnais Quais du Polar : une partition à quatre mains entre deux auteurs étrangers appartenant à deux régions bien différentes, un peu sous la forme d’un “cadavre exquis” qui se déroulerait entre Lyon et Reykjavík. La traduction de la partie islandaise est signée Jean-Christophe Salaün.
Dans leur jeunesse, Vera et son mari Andri ont fait leurs études de droit à Lyon. Ils sont désormais devenus des figures politiques bien en vue à Reykjavík. Au plus mauvais moment, Camille, une journaliste française, débarque en Islande, bien décidée à faire la lumière sur une vieille histoire qui les mettrait en cause…
L’inspecteur lyonnais Dutrieu se retrouve muté, de très mauvaise humeur, à Reykjavík — une punition bien pire qu’Hazebrouck. Mais son exil sera finalement bien utile lorsque la journaliste française est retrouvée morte en pleine réception à l’ambassade : choc anaphylactique douteux, allergie suspecte…
« – Vera, dit Andri en se redressant et en la regardant droit dans les yeux. Nous n’avons rien fait de mal. Ne raconte pas de bêtises.– Que va découvrir la police en enquêtant sur la mort de Camille ?– Rien du tout. Ils ne vont rien découvrir du tout. »
L’ambassadeur, ami de longue date de Vera et Andri, aimerait bien étouffer toute l’affaire. Mais Dutrieu est toujours d’aussi mauvaise humeur, obstiné et entêté, persuadé que « Reykjavík ne doit pas devenir le tombeau de la vérité ».
« – Mais qu’espérez-vous découvrir au final, inspecteur ? l’interrogea Vincent. Vous pensez vraiment que tout cela a une cause… criminelle ?– Je n’en sais foutrement rien, soupira l’inspecteur. »
Ce coup éditorial a la sagesse de se montrer ni ambitieux, ni prétentieux — le bouquin fait moins de 200 pages — et c’est ce qui le sauve. Le lecteur n’a plus qu’à se laisser aller au plaisir de lire deux belles plumes, trois avec celle du traducteur, et se laisser captiver par une intrigue plutôt bien ficelée.
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Les deux auteurs n’ont pas cédé à la facilité de l’exotisme franco-islandais et se sont appliqués à bâtir une histoire digne d’un vrai bon polar. Bien sûr, les personnages ne sont pas aussi fouillés que par un auteur travaillant longtemps et seul sur son roman, mais le scénario est suffisamment solide pour masquer les coutures de cet agréable patchwork tricoté entre deux pays et deux cultures.
Par Bruno MénétrierContact : bmr.menetrier@gmail.com
Source:
actualitte.com





