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Le Liban au bord de la fracture

Le fossé se creuse entre le pouvoir libanais et le Hezbollah, plaçant le Liban à un tournant de son histoire.

De notre correspondant à Beyrouth, 

Même si l’intensité de la violence a sensiblement baissé depuis la conclusion sous l’égide des États-Unis, le 16 avril, d’un cessez-le-feu précaire entre le Liban et Israël, le pays du Cèdre n’est pas au bout de ses peines.

Jamais, depuis la fin de la guerre civile, en 1990, les divisions interlibanaises n’ont été aussi profondes. Le pays semble avoir fait un bond de 40 ans en arrière, avec le retour sur le devant de la scène d’un discours longtemps tabou, celui des négociations directes et de la conclusion d’un « accord de paix » avec Israël.

Au lieu d’aboutir à une union sacrée, la guerre a creusé davantage le fossé entre le Hezbollah et le pouvoir officiel, représenté par le président Joseph Aoun et le Premier ministre Nawaf Salam.

Les deux dirigeants, qui ont résolument choisi, depuis des mois, d’aligner le Liban sur la politique américaine en s’engageant dans un processus de désarmement du Hezbollah, semblent déterminés à aller de l’avant, quelle que soit l’issue de la guerre.

Le Hezbollah délégitimé

Contrairement à toutes les autres guerres entre Israël et le Hezbollah (1993, 1996, 2006, 2024), le pouvoir officiel s’est distancié de l’action du Hezbollah dès l’éclatement du conflit actuel, le 2 mars.

Quelques heures à peine après le début de la guerre, le gouvernement a pris des décisions inédites, déclarant « illégales » les activités militaires du parti chiite.

Il ne s’agit pas d’un simple désaveu du Hezbollah mais d’un processus visant à le délégitimer, à le priver de sa fonction de « résistance » et de « défenseur du Liban face aux agressions israéliennes ».

Aux yeux des autorités officielles, la branche militaire du Hezbollah est désormais hors-la-loi, bien que le parti soit représenté par deux ministres au gouvernement, qu’il dispose d’un important bloc parlementaire et continue de jouir du soutien de la majorité de la communauté chiite et d’un appui moindre au sein des autres communautés.

Joseph Aoun, Nawaf Salam, une partie de la classe politique et de la population accusent le Hezbollah d’avoir entraîné le Liban dans une guerre pour le compte de l’Iran, afin de venger la mort du guide iranien Ali Khamenei. Ils lui font assumer la responsabilité des destructions à grande échelle menées par l’armée israélienne dans différentes régions du pays.

Dix-mille violations israéliennes

Pour le Hezbollah, qui s’est inscrit en toute conscience dans la stratégie iranienne, il n’est pas question de reculer.

Le parti chiite assure qu’il défend le Liban contre l’invasion israélienne, veut libérer les parties encore occupées du Sud, et faire cesser les violations répétées de la souveraineté nationale.

Il affirme qu’Israël n’a jamais respecté l’accord de cessez-le-feu du 27 novembre 2024 et a poursuivi ses attaques et ses assassinats au Liban pendant quinze mois. La Force intérimaire des Nations unies a enregistré près de dix mille violations aériennes, terrestres et maritimes, qui ont fait pendant cette période près de 400 morts dans les rangs du parti chiite.

Contre l’avis du Hezbollah et malgré les fortes réserves du président du Parlement, Nabih Berry, principale figure chiite de l’État, MM. Aoun et Salam ont proposé des négociations directes avec Israël.

Après avoir ignoré cette offre pendant des semaines, le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahu, a finalement cédé aux pressions américaines qui voulaient sauver les négociations avec l’Iran. Téhéran a en effet exigé que le cessez-le-feu de deux semaines, conclu avec les États-Unis, englobe également le Liban. M. Netanyahu a cependant lui-même fixé l’ordre du jour des négociations : le désarmement du Hezbollah et la préparation des conditions pour un accord de paix entre les deux pays.

Le Hezbollah a fustigé la décision des autorités libanaises de « négocier sous le feu et selon les conditions israéliennes ».

Malgré ces critiques, une première rencontre a eu lieu, le mardi 14 avril, à Washington, entre l’ambassadrice du Liban et son homologue israélien, sous l’égide du secrétaire d’État américain Marco Rubio.

Lors de ce contact préliminaire, le Liban n’a pas obtenu gain de cause pour sa principale demande, le cessez-le-feu.

L’arrêt des hostilités entre le Hezbollah et Israël pour une période de dix jours est intervenu deux jours plus tard. Au lieu de provoquer une détente politique et un soulagement, l’arrêt des hostilités a alimenté les polémiques et approfondi les divisions.

Dispute autour d’un cessez-le-feu

Le pouvoir libanais s’est attribué la paternité du cessez-le-feu obtenu « grâce à l’intervention des États-Unis ».

Le Hezbollah affirme que sans « les pressions exercées par l’Iran », Israël n’aurait pas accepté de suspendre ses opérations militaires.

La polémique a enflé davantage après la publication par le département d’État du texte supposé de l’accord de cessez-le-feu « conclu entre les gouvernements du Liban et d’Israël ».

Au-delà du fait qu’aucun texte n’a été examiné et approuvé par le Conseil des ministres, le document publié par le département d’État engage le gouvernement libanais à prendre des mesures pour empêcher le Hezbollah de mener des attaques et garantit « le droit d’Israël à se défendre ».

Cependant, « le droit du Liban à se défendre » n’est mentionné nulle part, contrairement à l’accord de cessez-le-feu du 27 novembre 2024.

Les autorités libanaises n’ont pas réagi à cette publication tandis que le Hezbollah a fustigé « les concessions gratuites » et « l’abandon par le Liban de sa principale carte, celle de la résistance ». Vendredi 17 avril, Joseph Aoun a confirmé, dans un discours à la nation, ses choix politiques. « Je suis prêt à aller partout où il le faudra pour libérer ma terre, protéger mon peuple et sauver mon pays », a dit le président, en allusion au fait qu’il ne reviendrait pas sur le principe de la négociation directe avec Israël.

S’adressant au Hezbollah sans le nommer, Joseph Aoun a dit : « Aux aventuriers qui jouent avec le destin du Liban et la vie des Libanais, je dis : assez ! Seul le projet de l’État au Liban est le plus fort, le plus durable et le plus sûr pour tous. »

La réponse du chef du Hezbollah est venue le lendemain. Naïm Qassem a refusé « l’humiliation du Liban par des négociations directes avec l’entité sioniste ».

Il a assuré que ses combattants riposteront aux attaques israéliennes et a fixé cinq priorités pour la période à venir : « Un arrêt définitif de l’agression sur l’ensemble du territoire libanais, qu’elle soit aérienne, terrestre ou maritime ; le retrait de l’ennemi israélien des territoires occupés jusqu’à la frontière ; la libération des prisonniers, le retour des habitants dans leurs villages et villes jusqu’à la frontière, la reconstruction avec le soutien international et arabe et sous la responsabilité nationale ».

Les logiques défendues par le Hezbollah et le pouvoir libanais représentent deux visions contradictoires du Liban. Elles sont inconciliables.

Plus les jours passent, plus il devient difficile d’imaginer un « compromis à la libanaise » : cette formule politico-linguistique complexe et alambiquée, qui a permis pendant des décennies de faire cohabiter, au Liban, dans un climat de paix relative, des visions diamétralement opposées.

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Source:

www.rfi.fr

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