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Nouvelles drogues de synthèse : comment les trafiquants détournent la chimie légale

Les produits chimiques utilisés par les trafiquants dans la fabrication de drogues illicites, appelés « précurseurs », sont un élément clé des laboratoires clandestins qui se développent en Europe, et un véritable casse-tête tant réglementaire qu’environnemental pour les autorités.

Détournement de produits légaux

« L’émergence des nouveaux produits de synthèse conduit à une recrudescence » des laboratoires artisanaux clandestins montés « par des trafiquants du bas du spectre cherchant à générer des trafics avec de nouveaux produits », résume l’Office anti-stupéfiants (OFAST) dans une note d’avril 2026.

Pour ce faire, ils détournent des produits légalement vendus et utilisés dans l’industrie de la parfumerie ou par les filières de la chimie ou de l’agroalimentaire. L’anhydride acétique par exemple, utilisé en pharmacie pour fabriquer de l’aspirine ou dans l’industrie pour produire des plastiques, entre dans la composition de l’héroïne.

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Précurseurs, « pré-précurseurs » et génie chimique

A mesure que des composés sont identifiés et placés sous contrôle international, de nouveaux précurseurs sont développés. Le recours croissant à des « pré-précurseurs » complexifie aussi la régulation, relève l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT). « L’histoire de la production de drogues de synthèse en Europe est aussi une histoire de génie chimique », résume Rita Jorge, de l’Agence de l’Union européenne sur les drogues (EUDA).

Les trafiquants adaptent recettes et ingrédients

C’est le cas pour la MDMA, longtemps fabriquée à partir d’huile essentielle de sassafras. Quand cette dernière a été soumise à un contrôle réglementaire, des trafiquants ont élaboré d’autres recettes. Une autre possibilité consiste à modifier la molécule juste assez pour qu’elle ne soit plus contrôlée. « De nouveaux leviers sont mis en place pour contrecarrer l’agilité et la rapidité d’adaptation des organisations criminelles », relève l’OFDT.

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Interdire des groupes de précurseurs ?

La parade serait d’appliquer le principe d’une classification générique (par groupes de précurseurs) plutôt qu’une classification nominative. La mesure fait l’objet de débats au sein de la Commission européenne. « Quand on parle de drogues en général, on parle de molécules relativement complexes. Leur appliquer des contrôles génériques revient à dire que tout ce qui partage cette structure complexe est interdit », explique Mme Jorge.

Avec les précurseurs, « on parle généralement d’éléments constitutifs plus petits et plus simples : ceux à partir desquels tout le reste est assemblé », les « plus petits Lego de la boîte ». Or « si on applique une législation générique à une molécule de cette taille (…) il est très probable que l’on intercepte des molécules utilisées pour fabriquer autre chose que des drogues ».

Pâte, base ou sel : « Tout est question de solubilité »

Les précurseurs interviennent dans la chaîne de transformation de la cocaïne, des feuilles de coca cultivées au Pérou, Bolivie ou en Colombie jusqu’au chlorhydrate de cocaïne (sel) ou sa dissimulation en faisant réagir la molécule avec un produit pour la rendre indétectable.

Au départ, les feuilles sont humidifiées avec de l’eau de chaux ou un autre alcali, puis extraites à l’aide de kérosène. A l’aide d’acide sulfurique, on obtient une solution aqueuse neutralisée avec de la chaux, ce qui provoque une précipitation. L’ajout d’un oxydant rend la pâte plus homogène. A ce moment-là, on parle de « cocaïne base ».

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Ensuite, il existe des « étapes facultatives » dans le traitement de la cocaïne que les trafiquants abordent de diverses manières. « Parfois, ils la réoxydent et la réduisent à nouveau, affirmant que cela donne une cocaïne de meilleure qualité, d’autres ne le font pas. Tout est question de solubilité », dit Mme Jorge.

Parmi trois des précurseurs typiques (dont l’atropine), aucun n’est répertorié dans la Convention des Nations unies de 1988 contre le trafic de stupéfiants, note l’Euda.

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Impact environnemental

Autre défi posé par les précurseurs : l’impact environnemental. Une fois utilisés, ils sont en effet déversés dans les réseaux d’eaux usées ou les rivières, parfois à des kilomètres du laboratoire pour brouiller les pistes. Pour 1 kg de drogue, entre 5 et 38 kg de déchets sont générés. Souvent, note l’ONU, « le mélange de produits chimiques génère des substances encore plus dangereuses que chaque produit pris individuellement ».

Du côté des autorités françaises, cette préoccupation entre dans les mentalités. « On en est au début », commente un gendarme du Commandement pour l’environnement et la santé (Cesan). La découverte de décharges sauvages peut aider à remonter la piste des criminels, et en cas de condamnation, contribuer à couvrir le coût de remise en état du site.


Source:

www.sciencesetavenir.fr

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