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Cadmium : des leviers pour réduire l’imprégnation de la population

Moins connu que le plomb ou le mercure, le cadmium est pourtant un métal lourd largement présent dans notre environnement : terres agricoles, air via les rejets de certaines industries (métallurgie, industrie chimique, …) et les transports, poussières, produits cosmétiques (rouge à lèvre, fond de teint,… ), tabagisme (cigarette, produits de vapotage), mais aussi eau potable et surtout l’alimentation, « de loin la source majeure d’exposition, représentant jusqu’à 98 % de l’imprégnation au cadmium dans la population non fumeuse en 2025 », explique Géraldine Carne, cheffe de projet scientifique à l’Anses et coordonnatrice de cette nouvelle expertise parue le mercredi 25 mars 2026.

Parmi les aliments les plus contributeurs se trouvent les pommes de terre, les produits céréaliers (céréales du petit-déjeuner, pain, viennoiseries, pâtisseries, gâteaux et biscuits sucrés, pâtes, riz et blé raffinés) ainsi que certains légumes. « Avant l’âge de 7 mois, les préparations infantiles de premier âge constituent ainsi la principale source alimentaire de cadmium, suivies des céréales infantiles », détaille l’Agence nationale de sécurité sanitaire des aliments (Anses). Chez les enfants de 3 à 5 ans, c’est la consommation de pommes de terre, de légumes, de produits céréaliers (pâtes, le riz et le blé raffinés), de soupes et bouillons ainsi que de viennoiseries, pâtisseries et autres biscuits. 

La population française est largement contaminée

Résultat : la population française est largement imprégnée au cadmium. Selon l’étude Esteban, conduite par Santé Publique France et publiée en 2021, 47,6% des adultes âgés de 18 à 60 ans dépassent la valeur toxicologique de référence dans les urines (soit 0,5 microgrammes de cadmium par gramme de créatinine). Plus récemment, la troisième étude de l’alimentation totale (EAT3) de l’Anses publiée en février 2026 montre que 23 à 27 % des enfants âgés de 3 à 17 ans dépassent la dose journalière tolérable de 0,35 microgramme de cadmium par kilo de poids corporel et par jour. « Si les niveaux d’expositions actuels se maintiennent et qu’aucune action n’est mise en place, des effets néfastes à terme sont probables pour une part croissante de la population », explique Géraldine Carne.

Le cadmium est en effet suspecté de toucher les fonctions rénales, le tissu osseux avec un risque augmenté de fractures et d’ostéoporose mais d’avoir aussi des effets néfastes sur le système cardiovasculaire et le neurodéveloppement. Connu comme un élément cancérogène, mutagène et toxique pour la reproduction, il pourrait aussi favoriser certains types de cancers (sein, prostate, vessie…).

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Réduire les teneurs en cadmium dans les engrais phosphatés

Dans leur nouvelle étude, l’Agence identifie ainsi plusieurs mesures prioritaires, visant à réduire l’exposition des Français à ce métal lourd. « La source de la contamination des aliments est liée en grande partie à la présence de cadmium dans les sols agricoles, via notamment l’utilisation de matières fertilisantes, en particulier des engrais minéraux phosphatés », indique le rapport. Pour en limiter les teneurs, l’Anses recommande ainsi l’application, dès que possible, d’un flux d’apport en cadmium dans les sols agricoles n’excédant pas les 2 g par hectare et par an.

Pour respecter ce seuil, l’Agence préconise donc, et ce, depuis 2019, de ne pas dépasser la teneur de 20 mg de cadmium par kilogramme d’oxyde de phosphore (P₂O₅) dans les produits de type engrais minéraux phosphatés. Il convient aussi de privilégier le recours aux sources d’approvisionnement en roche phosphatée ou en produits dérivés, contenant moins de cadmium ou lorsque cela n’est pas possible, de mettre en œuvre des procédés de décadmiation lors de la fabrication de ces engrais. Pour plus de clarté, l’Agence recommande également la révision de l’étiquetage des engrais en mentionnant leur teneur en cadmium.

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Privilégier des variétés végétales peu accumulatrices

Par ailleurs, l’Anses soutient particulièrement la promotion de nouvelles pratiques agricoles, telles que l’ajustement du type et des quantités des matières fertilisantes utilisées en fonction des sols et des cultures, le recours à des techniques permettant de mobiliser le phosphore déjà présent dans les sols afin d’éviter de nouveaux apports, ou encore l’utilisation de variétés végétales moins accumulatrices en cadmium.

« La mise en œuvre de ces mesures suppose un engagement de l’ensemble des acteurs pour faire évoluer la réglementation, accompagner les acteurs des filières agricoles et renforcer le suivi de l’évolution dans le temps des teneurs en cadmium dans les matières fertilisantes en France, grâce notamment à une base de données nationale de suivi », note l’Anses. 

Réduire la teneur en cadmium dans les aliments

Réviser à la baisse les concentrations maximales en cadmium des aliments les plus contributeurs, importés ou non s’avère aussi être un levier majeur pour limiter l’exposition de la population. Le rapport révèle que la concentration en cadmium a augmenté pour 28% des aliments dans l’étude EAT3 par rapport à EAT2 notamment pour les pommes de terre et les céréales du petit déjeuner. « Les teneurs maximales réglementaires actuelles fixées pour le cadmium par le règlement UE 2023/915 ne sont pas suffisamment protectrices pour la santé du consommateur », souligne l’Anses qui recommande dans un même temps de renforcer le contrôle et la surveillance des denrées alimentaires tout au long de la chaîne de production.

En attendant, chacun peut agir en gardant un oeil sur le contenu de son assiette : limiter la consommation de céréales du petit déjeuner, gâteaux, biscuits, et remplacer plus souvent les aliments à base de blé comme les pâtes par des légumineuses (lentilles, haricots blancs, …) moins contributrices en cadmium.


Source:

www.sciencesetavenir.fr

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