Les exécutions sommaires d’au moins 19 soldats maliens par des membres de groupes armés à Tabrichat, un village situé dans la région de Gao, au nord du Mali, doivent faire l’objet d’une enquête pour crimes de guerre, a déclaré Amnesty International après avoir analysé des images vidéo de l’incident survenu à la suite d’une embuscade tendue aux soldats le 18 juillet.
Amnesty International a analysé 12 vidéos publiées sur les réseaux sociaux qui permettent de reconstituer l’incident. Trois vidéos montrent un groupe d’au moins 19 soldats maliens marchant dans le désert, les mains derrière la tête, en signe évident de reddition. Une autre vidéo montre un groupe d’hommes à terre et cinq hommes armés tirant sur eux. Un gros plan montre les corps des hommes qui, quelques instants plus tôt, avaient été filmés en train de se rendre. Les vidéos montrent également les hommes armés infligeant des mauvais traitements aux prisonniers, en les malmenant et en les frappant.
« Sur les images revues par Amnesty International, il apparaît clairement que les soldats étaient hors de combat avant d’être victimes de mauvais traitements et d’être exécutés. Toute personne hors de combat, y compris les soldats faits prisonniers ou qui se sont rendus, doit bénéficier de la protection prévue par le droit international humanitaire. Ces preuves de crimes de guerre sont irréfutables », a déclaré Ousmane Diallo, chercheur senior sur le Sahel au Bureau régional d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale.
Des images effroyables circulant sur Internet
Dans deux vidéos, un drapeau blanc, caractéristique du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), apparaît à l’avant des véhicules des assaillants.
Au total, 17 vidéos ont été partagées par des comptes X et sur une chaîne Telegram associée à la société militaire privée russe Wagner, active au Mali entre 2022 et juin 2025.
Dans un communiqué daté du 18 juillet, le Front de libération de l’Azawad (FLA) a revendiqué l’embuscade tendue à Tabrichat contre des soldats maliens et des combattants russes alliés de l’Africa Corps, affirmant avoir infligé ‘d’importantes pertes humaines et des dégâts matériels considérables’. Le GSIM a également revendiqué avoir tendu une embuscade à un convoi conjoint composé de militaires maliens et de combattants russes de l’Africa Corps dans la région de Tabrichat, évoquant ‘des pertes humaines et de graves dégâts matériels dans les rangs de l’ennemi’.
Il faut une enquête indépendante et impartiale
Les exécutions sommaires constituent une violation grave de l’article 3 des Conventions de Genève et du droit international humanitaire qui garantissent une protection absolue et inconditionnelle à toute personne hors de combat. Tout homicide, tout traitement cruel et toute atteinte à leur dignité constituerait un crime de guerre pour lequel les auteurs, y compris les commandants, encourent une responsabilité pénale individuelle.
Les victimes et les survivant·e·s de crimes relevant du droit international ont droit à la vérité, à la justice et à des réparations.
Ousmane Diallo, chercheur senior sur le Sahel au Bureau régional d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale
Le 23 juillet, le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme a publié une déclaration déplorant la torture et les meurtres dont ont été victimes des soldats maliens qui s’étaient rendus, et appelant à ce que les responsables rendent des comptes.
« Le droit international humanitaire doit être respecté par toutes les parties au conflit. Le FLA et le GSIM doivent sanctionner et exclure de leurs rangs toutes les personnes soupçonnées d’avoir commis ces violations du droit international humanitaire. Nous appelons les autorités maliennes à mener une enquête indépendante et impartiale sur ces crimes de guerre commis par le FLA et le GSIM qui ont revendiqué l’attaque. Il faut établir les responsabilités et punir les auteurs de ces crimes conformément aux principes d’un procès équitable. Les victimes et les survivant·e·s de crimes relevant du droit international ont droit à la vérité, à la justice et à des réparations », a déclaré Ousmane Diallo.
Contexte
Le samedi 18 juillet 2026, une embuscade a été tendue à un convoi militaire qui se rendait d’Anéfis à Bourem, près de Tabrichat, un village situé dans le district de Bourem, dans la région de Gao, au nord du Mali. Le convoi circulait sur la route reliant Anéfis à Bourem lorsque l’attaque a eu lieu.
Cette embuscade a été menée conjointement par le Front de libération de l’Azawad (FLA) et le GSIM, également connu sous le nom de Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM), deux groupes armés non étatiques alliés depuis 2025 au Mali.
Dans un communiqué publié le 18 juillet, l’état-major des forces armées maliennes a déclaré que des frappes aériennes avaient ‘permis au convoi de se dégager des embuscades tendues et de poursuivre son itinéraire’.
Au cours de la dernière décennie, le conflit opposant le Mali à divers groupes armés non étatiques a fait de nombreuses victimes parmi les civil·e·s et les parties au conflit. Le pays est dirigé par des autorités militaires depuis le coup d’État contre le président Ibrahim Boubacar Keïta en 2020.
La situation au Mali fait l’objet d’une enquête de la Cour pénale internationale (CPI) depuis 2013. Le retrait de ce pays du Statut de Rome n’aura aucune incidence sur les enquêtes et les procédures en cours devant la CPI. La Cour conservera également sa compétence pour les crimes relevant de sa juridiction qui auront été commis avant que le retrait ne prenne effet le 23 juin 2027.
Source:
www.amnesty.org






