La mode donne parfois le tournis. À La Corogne, elle dispose désormais de l’architecture adéquate : une bibliothèque en spirale, dont les rayonnages déroulent plus de 5500 publications dans le bâtiment baptisé El Silo, sur le Muelle de Batería. Autrefois utilisé pour stocker du ciment, cet espace du port appartient au MOP Centre, réhabilité par l’architecte galicienne Elsa Urquijo, également chargée de dessiner cette Babel imprimée.
Créée en 2022 autour de trois piliers — La Corogne, la mode et la photographie —, la Fondation MOP est portée par Marta Ortega Pérez, présidente du conseil d’administration d’Inditex. L’institution s’est fait connaître par ses expositions consacrées à de grands photographes. Avec The MOP Library, elle déplace l’attention des cimaises vers les pages : campagnes, magazines, monographies, catalogues et publications graphiques deviennent à leur tour des pièces à consulter.
Le lieu n’est pas une inauguration de juillet. Présentée à la fin de février 2026, la bibliothèque a ouvert ses créneaux au public le 6 mars, avant de retrouver l’actualité à la faveur d’une visite publiée le 20 juillet par El País/S Moda. Le quotidien décrit un fonds encore en expansion, constitué après des commandes de plusieurs centaines de documents auprès de collectionneurs, puis des mois de catalogage par des bibliothécaires spécialisés.
Des raretés qui ne tiennent pas sur un portant
L’ensemble couvre principalement les quatre dernières décennies, avec des ouvrages, périodiques et catalogues parus depuis la fin du XXe siècle. La page institutionnelle cite notamment Richard Avedon, Nan Goldin et Tim Walker, des séries de Vogue Italia sous la direction de Franca Sozzani, ainsi que les revues System, Purple et Self Service.
El País signale également des publications liées à Chanel, John Galliano ou Comme des Garçons, des titres difficiles à localiser consacrés à Willi Smith, des numéros d’Interview, ou encore des études sur le New Look de Christian Dior. Certaines pièces sont uniques ou particulièrement fragiles ; leur manipulation peut donc faire l’objet de précautions renforcées.
Cette composition élargit le périmètre au-delà du beau livre de photographie. Histoire du vêtement, essais sociologiques, culture populaire, graphisme et direction artistique voisinent avec les monographies de créateurs.
La mode y apparaît moins comme une succession de collections que comme un ensemble de pratiques éditoriales : choisir des images, construire une séquence, penser une maquette et donner au papier le dernier mot — au moins jusqu’à la page suivante.
Le classement se défile
Reste à ranger cette abondance. La Fondation a choisi de ne pas confondre ordre et alignement. « Avec l’aide de nos bibliothécaires, nous avons essayé de répartir les livres et les revues de manière apparemment chaotique », explique Leticia Castromil, responsable de l’institution, à El País. Ni ordre alphabétique, ni découpage thématique strict : les documents sont rapprochés par associations.
Le principe vise à favoriser les découvertes de voisinage. Une recherche consacrée à un photographe peut mener vers un créateur, un ancien magazine ou un essai sur la nostalgie et la culture populaire. Le hasard, toutefois, reste solidement catalogué : les références figurent dans une base accessible en ligne, depuis laquelle le lecteur sélectionne les pièces qu’il souhaite consulter.
Cette organisation fait de la spirale autre chose qu’un décor photogénique. Elle matérialise une méthode de lecture fondée sur les correspondances, sans renoncer aux outils documentaires indispensables. Une bibliothèque peut encourager la dérive ; elle n’est pas obligée, pour autant, d’égarer ses notices.
L’accès est ouvert aux étudiants, chercheurs, professionnels et curieux, à partir de 16 ans. Il demeure gratuit, mais exige une réservation préalable. Les documents choisis dans le catalogue de la MOP Library sont communiqués dans une salle de consultation : aucun prêt à domicile ou entre bibliothèques n’est prévu.
Une fois la séance commencée, impossible d’ajouter un titre ou de remplacer l’un de ceux qui ont été réservés. À La Corogne, la spirale invite donc à se perdre ; le formulaire, beaucoup moins.
Crédits photo : MOP Centre
Par Cécile MazinContact : **@********te.com
Source:
actualitte.com






