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Pigalle, 1945 : un meurtre et des silences trop bien gardés

Gabriel Katz est un nègre, comme il le dit lui-même, mais je ne suis pas sûr que l’on puisse encore employer ce terme pour désigner un « prête-plume ». D’autant qu’il n’a pas écrit que pour d’autres et que, sous ce pseudonyme, c’est également un auteur de fantasy et plus récemment de polars.

Son Assassin de Pigalle fait partie de cette nouvelle vague de polars dits historiques parce qu’on aime bien les étiquettes mais qui viennent éclairer un passé tout récent, comme ceux d’Alexandre Courban (le Front Populaire des années 30), de Melvina Mestre (les années 50 au Maroc), de Gwenaël Bulteau (le tout début du XXe siècle), …

Avec Gabriel Katz, nous voici dans les années de l’immédiat après-guerre, comme en écho à la série des Sadorski de Romain Slocombe, pour un polar plus malin qu’il n’y parait. 

Le flic c’est Max Weber, trente-trois ans, revenu de tout mais surtout de l’enfer du front : « ses yeux délavés par le givre des Ardennes n’ont plus vraiment de fond […] et la guerre, Max Weber ne veut plus y penser ».

Max promène son air détaché dans un Paris qu’il ne reconnait plus. Les tickets de rationnement sont toujours là, mais les parisiens veulent oublier la guerre et surtout les compromissions des collabos. Les pires d’entre eux ont été fusillés, ceux qui en savaient trop également.

Alors « entre Pigalle et Montmartre, les règlements de comptes font partie du folklore » et lorsqu’un déporté revenu des camps trucide un petit truand ancien gestapiste, les autorités ne voient vraiment pas pourquoi Max en fait toute une affaire.

« — Vous me pompez l’air depuis le début, Weber. Monsieur le héros de guerre qui ne fait rien comme tout le monde… »

La victime, c’est Antoine Moray trafiquant d’œuvres d’art et d’antiquités, plus souvent fausses que vraies, recruté en prison en 1940 pour intégrer la Carlingue de la rue Lauriston, le surnom de la Gestapo française.

L’assassin – qui a reconnu son crime – c’est « Mendel Jankovic, Auschwitz, Bloc 20, et le numéro à six chiffres que lui a communiqué l’avocate. Ce numéro que son client portera sur l’avant-bras gauche, jusqu’au jour de sa mort ».

Max (aidée par une jeune et jolie avocate) aimerait bien expliquer le geste du déporté, quitte à remuer un peu le trouble passé de la victime, ce qui n’est plus vraiment du goût de tout le monde : les temps sont désormais à la réconciliation nationale, dixit Le Général.

— Vous vous entêtez sur cette affaire alors qu’on a une victime, un coupable et un mobile, tout ça parce qu’une avocate un peu mignonne vous a mis je ne sais quoi en tête.

[…] La merde que vous êtes en train de remuer peut valoir de gros ennuis au service, et je peux vous dire qu’il est hors de question que ça me retombe dessus. L’épuration c’est fini, terminé, c’est derrière nous ! 

[…] — Tu sais comment on vous appelle au palais ? Don Quichotte et Sancho Pança ! Max Weber sourit. Le surnom n’est pas si mal trouvé pour un duo de bras cassés qui luttent contre des moulins à vent.

Le roman de Gabriel Katz est avant tout une atmosphère, une ambiance, celle du Paris de l’immédiat après-guerre, dont on ne sait encore trop ce qu’il va devenir. Les cicatrices de la guerre et de la collaboration y sont encore bien vives.

Dans ce Paris en mutation, le flic Max Weber semble avoir débarqué de la lune (il revient « simplement » du front) et au fil des chapitres, l’enquête laborieuse du flic alterne avec les « confessions » posthumes de celui qu’on aimerait bien prendre pour un salaud, l’apprenti gestapiste Antoine Moray, amateur et trafiquant d’art.

Aux côtés de plusieurs personnages peu reluisants, comme ceux de la bande Bonny-Lafont, le lecteur pourra même retrouver, autour d’une coupe de champagne, le dénommé Jean Luchaire, celui du film récent Les rayons et les ombres : visiblement, les dossiers de l’époque ont été refermés à la hâte.

L’enquête obstinée de Max (ceux qui restent ne veulent plus parler) et les confessions d’Antoine Moray (l’apprenti salaud) vont former le récit d’épisodes peu glorieux de notre histoire comme celui de la répression à Tulle en Corrèze.

Mais n’oublions pas que nous sommes dans un roman policier, un polar où Gabriel Katz n’a pas dit son dernier mot : dans cet après-guerre où presque tous cherchent à falsifier les apparences, le lecteur ferait bien de se méfier ..

Par Bruno MénétrierContact : bmr.menetrier@gmail.com


Source:

actualitte.com

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