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Espagne : 49,4 % des livres papiers ne se vendent pas même à 1 exemplaire

L’alerte venue d’Espagne ne décrit pas seulement un excès de publications. Il documente le moment où l’abondance devient une difficulté commerciale pour les libraires et un obstacle de visibilité pour les lecteurs. Ainsi, 49,4 % des titres imprimés disponibles dans les librairies espagnoles ne vendent aucun exemplaire sur une année, rapporte El País.

La donnée, révélée lors du Congrès des librairies par la Cegal (Confédération ds libraires), concerne les nouveautés comme le fonds, l’autoédition, les librairies indépendantes et les grandes chaînes, mais exclut les manuels scolaires et Amazon.

La saturation espagnole a aussi sa contre-enquête

La précision change l’interprétation : ce taux ne signifie pas que la moitié des livres publiés en Espagne ne se vend pas. Il provient de LibriRed, outil alimenté par environ 1100 librairies connectées, et mesure la part du catalogue de ces points de vente qui ne bouge pas sur un an. Le pays compte par ailleurs 949.066 titres vivants, selon les données reprises par la Fédération espagnole des éditeurs. Le sujet relève donc moins de l’échec annuel des nouveautés que de la masse cumulée du catalogue disponible.

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L’Espagne reste pourtant un marché en croissance. La Fédération espagnole des éditeurs indique que le chiffre d’affaires intérieur a atteint 3,037 milliards € en 2024, en hausse de 6,3 %, avec 194,50 millions d’exemplaires vendus. La production éditoriale a représenté 87.542 titres, dont 59.758 imprimés et 27.784 numériques, tandis que le tirage moyen est descendu à 3517 exemplaires par titre. Les librairies et chaînes de librairies concentrent 58,2 % des ventes.

Une vigueur qui n’occulte pas le diagnostic : seuls 4,5 % des titres vendus en librairie dépassent 100 exemplaires annuels et que plus de 40 % des exemplaires écoulés proviennent de l’un des deux groupes, Penguin Random House et Planeta. Les librairies indépendantes présentent davantage de variété que les chaînes, mais la rotation des tables réduit le temps laissé aux ouvrages moins visibles.

En France, des indicateurs moins frontaux

En effet, aucun outil ne fournit un équivalent aussi précis que les 49,4 % espagnols. Le parallèle le plus proche reste l’observation de GfK en 2019 : le marché comptait alors 750.000 références actives, vendues au moins à un exemplaire, et 563.000 d’entre elles s’écoulaient à moins de 100 exemplaires. Cette donnée ne mesure pas les titres à zéro vente, mais elle situe l’ampleur française de la longue traîne.

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Les indicateurs récents décrivent un autre équilibre. Le Syndicat national de l’édition relève qu’en 2024 le chiffre d’affaires des éditeurs français a reculé de 1,5 %, à 2,9 milliards €, et que les ventes en volume ont baissé de 3,1 %, à 426 millions d’exemplaires. Les nouveautés tombent à 36.232 titres, soit 19 % de moins que le pic de 2019. La BnF recense de son côté 85.197 entrées de livres imprimés au dépôt légal en 2024, après 88.760 en 2023.

La comparaison produit donc un contraste net. En Espagne, l’alerte intervient dans un marché qui progresse en valeur et en volume, mais qui accumule près d’un million de titres vivants. En France, la tension apparaît dans un marché plus lourd en exemplaires vendus, mais déjà orienté à la baisse, où la réduction des nouveautés ne suffit pas à résoudre la question de l’exposition, du stock et de la rotation.

L’invendu donne la mesure du problème

La différence française se lit dans les retours. Le SNE indique que le flux retour représente en moyenne 42.200 tonnes de livres par an, soit 21,2 % du flux aller, et que 26.300 tonnes partent au pilon. Nous avions déjà relevé, à partir de l’ADEME et des données du SNE, une hausse du taux d’invendus en 2023, estimé à 22 %, avec 41.000 tonnes retournées et 25.000 tonnes pilonnées.

L’équivalent français de l’alerte espagnole n’est donc pas une moitié de catalogue à zéro vente, faute d’indicateur comparable. Il tient dans une chaîne de signes concordants : longue traîne ancienne, recul des volumes, baisse des nouveautés, poids des retours et destruction matérielle. Des deux côtés des Pyrénées, l’abondance reste une promesse de diversité seulement si les livres disposent du temps, de l’espace et des lecteurs nécessaires pour circuler.

Crédits photo : Le Círculo de Bellas Artes (Madrid) – Zarateman, CC BY SA 4.0

Par Clément SolymContact : cs@actualitte.com


Source:

actualitte.com

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