Augmentation des moyens liés à la sécurité, renforcement des dispositifs de contrôle, mise en place de formations… Le rapport de la commission formule 40 recommandations afin de mieux protéger le patrimoine français, révèlent « Complément d’enquête » et franceinfo.
La commission sur la sécurité des musées a rendu ses conclusions. Le rapporteur, le député du groupe écologiste Alexis Corbière, a détaillé quarante propositions dans un document dont la publication a été approuvée à l’unanimité, jeudi 6 mai, par un vote des députés. Après le spectaculaire cambriolage du musée du Louvre, sur lequel le magazine d’investigation « Complément d’enquête » reviendra jeudi, les députés de la commission des affaires culturelles avaient obtenu la création d’une commission d’enquête parlementaire sur la protection du patrimoine national et la sécurisation des musées.
L’objectif était à la fois de mettre en lumière les failles de sécurité du musée du Louvre, mais aussi de trouver des parades pour éviter de nouveaux vols à l’avenir. Selon les informations de « Complément d’enquête » et de franceinfo, le rapport formule un total de 40 recommandations. Le document, dont nous avons pu consulter des extraits, suggère de nombreuses réformes dans la gouvernance des musées, dans les moyens alloués à la sécurisation du patrimoine ou encore dans les dispositifs de contrôle de l’Etat vis-à-vis de ces grandes institutions.
L’argent reste le nerf de la guerre et les musées manquent souvent de moyens. Selon le rapport, les députés de la commission ont par exemple été étonnés de constater la vétusté des équipements du poste de commandement central du Louvre, le lieu en charge du contrôle des images de vidéosurveillance. Le rapport de la Cour des comptes de novembre dernier détaillait déjà certaines failles au sein du premier musée de France et notait que « 60% des salles de l’aile Sully et 75% pour l’aile Richelieu ne sont pas protégées par des dispositifs de vidéosurveillance ».
Au-delà de l’exemple emblématique du Louvre, le rapport de la commission préconise donc d’augmenter les moyens dédiés à la sécurité des musées, avec notamment une hausse des subventions et un fléchage de ces nouveaux moyens vers des investissements dans la sécurité. Dans la même lignée, il envisage une loi de programmation pluriannuelle pour encadrer les dépenses liées à la restauration du patrimoine. Enfin, il propose d’augmenter l’enveloppe du fonds de sûreté. D’un montant de 30 millions d’euros, il a été créé en 2025 après le cambriolage des bijoux dans la galerie d’Apollon.
Pour sécuriser les différents musées français, la commission invite également à prendre en compte les risques de cyberattaque, en séparant systématiquement les dispositifs « d’alarmes incendie et intrusion du reste du système d’information » afin de ne pas offrir d’ouverture aux pirates informatiques. Pour se donner des armes face à ces nouvelles menaces, le rapport propose d’avoir recours à certains outils intégrant de l’intelligence artificielle.
Pour mieux partager l’information, le rapport souhaite la mise en place d’un système d’alerte et de diffusion des informations relatives aux risques à destination des musées, la création d’un réseau de directeurs d’établissements culturels avec une réunion a minima une fois par an, ainsi qu’un échange d’informations à l’international pour mieux cerner les menaces. Les petits musées sont également invités à mutualiser leurs moyens pour assurer leur sécurité. Et pour anticiper, le rapporteur propose de renforcer la prévention en cartographiant les risques et en créant une cellule au sein du ministère de la Culture destinée à anticiper l’évolution des modes opératoires.
Autre point saillant du rapport : la gouvernance des musées. Le Louvre est « devenu un Etat dans l’Etat » et le ministère de la Culture doit « reprendre la main », avait déjà affirmé en février le député LR Alexandre Portier. La commission dénonce ainsi des « hyperprésidences » à la tête des musées nationaux, avec des directeurs qui tentent de laisser une trace et qui réorganisent régulièrement leurs équipes, ce qui peut déstabiliser les structures. « L’établissement est totalement paralysé pendant un an à un an et demi à chaque transition », avait confié en janvier à la commission le représentant de la CFE-CGC, élu au sein des instances représentatives du Louvre.
« Le problème de cette hyperprésidentialisation du Louvre a été identifié depuis longtemps. Le président-directeur fait montre d’une toute-puissance et d’une autosuffisance. »
Côme Fabre, représentant de la CFE-CGCà la commission d’enquête parlementaire
Le rapporteur Alexis Corbière propose plusieurs réformes pour mieux contrôler les établissements, à commencer par la présence obligatoire de parlementaires au sein des conseils d’administration. Il souhaite également contraindre les musées à transmettre les résultats des audits de sûreté au ministère de la Culture, et rendre ces derniers obligatoires et réguliers. Il propose aussi de renforcer les effectifs de la Mission sécurité, sûreté et d’audit (la Missa), en charge de réaliser ces contrôles. Selon les informations que nous avons obtenues, il compte aussi mettre en place des auditions régulières des présidents des musées devant les parlementaires.
Plus concrètement, le rapport propose l’envoi systématique de la lettre de mission au dirigeant ou à la dirigeante du musée dès sa nomination et de réorienter ces lettres sur les enjeux de sécurité. La directrice du musée de Cluny a ainsi mis trois ans à recevoir sa lettre de mission, selon la commission. Le rapporteur demande par ailleurs que les enjeux liés à la sécurité soient intégrés dans les documents qui fixent les orientations stratégiques de l’établissement. Tous les services de l’Etat seraient impliqués, puisque le rapport propose de permettre aux préfectures d’intervenir dans la sécurisation des musées.
En plus du contrôle exercé par la tutelle, le texte demande aux musées de se transformer de l’intérieur, avec notamment la mise en place de coordinateurs qui seraient chargés des questions relatives à la sécurité. Pour éviter les pertes d’information lors d’un changement de direction, le rapporteur insiste sur l’importance des transitions entre les équipes dirigeantes.
Parmi les mesures symboliques, le rapport souhaite que les nouveaux directeurs des musées nationaux soient nommés lors d’une élection par les conseils d’administration pour plus de transparence, et non plus par le président de la République. Emmanuel Macron a par exemple nommé en février Christophe Leribault à la tête du Louvre et Annick Lemoine à la direction du Musée d’Orsay. Le texte souhaite encore clarifier les compétences au sein des directions des musées, établir une doctrine avec des obligations minimales en matière de sécurité sur le modèle des règles incendie, ou encore que chaque établissement adopte un plan de sauvegarde des biens culturels.
Le rapport pointe une insuffisance concernant la formation des agents aux enjeux de sécurité. Il propose ainsi de travailler d’abord sur la formation initiale des conservateurs de musée, en renforçant les enseignements consacrés à la sécurité au sein de l’Institut national du patrimoine, grande école des conservateurs de musées. Il souhaite aussi former les directions et les agents aux risques relevant de la cybersécurité. Autre préconisation : augmenter le nombre de concours de recrutement de titulaires afin d’éviter le recours à des contractuels. Il souhaite d’ailleurs que les missions liées à la sécurité des musées soient confiées uniquement à des fonctionnaires titulaires.
Il s’agit globalement d’accompagner les agents. Le rapport recommande de proposer, de façon systématique, un appui ou un soutien psychologique en cas de vol ou d’effraction au sein d’un établissement, afin de davantage prendre en compte les conséquences de ces événements pour les personnels. Après le cambriolage au Louvre, plusieurs syndicats avaient appelé à la grève pour réclamer « plus d’effectifs et de meilleures conditions de travail ». Les organisations dénonçaient notamment la vétusté du bâtiment, la charge de travail sans cesse accrue et la brutalité de la gestion des ressources humaines.
Selon nos informations, le rapport préconise d’ailleurs d’améliorer l’attractivité de certains métiers au sein des musées, notamment ceux liés à l’accueil et la surveillance. Il évoque une revalorisation salariale voire l’accès à des logements de fonction. En attendant la publication du rapport prévue pour le 13 mai, la révélation de ces premières préconisations ne manquera pas de faire réagir les conservateurs de musée et le monde de la culture dans son ensemble.
Regardez le documentaire « Musée du Louvre : dans les coulisses du casse du siècle » par la rédaction de « Complément d’enquête », jeudi 7 mai à partir de 23 heures, sur France 2, franceinfo.fr et france.tv.
Source:
www.franceinfo.fr





