La poète Abigail Ottley accuse la revue The Aftershock Review d’avoir écarté son texte en raison de « ses interventions en ligne », rapporte The Guardian.
Le texte est validé en septembre 2025. En octobre, la revue annonce son retrait. Elle évoque un examen interne et des inquiétudes liées aux réseaux sociaux de l’autrice. Le message adressé à la poète indique : « À la suite d’un examen interne […] nous avons décidé de ne pas poursuivre la publication de votre travail. »
Abigail Ottley demande des explications détaillées. Elle n’en obtient pas. Elle saisit alors Arts Council England, qui finance la revue. Selon elle, il s’agit ni plus ni moins que de discrimination. L’autrice affirme que la décision vise ses positions dites critiques du genre.
Elle publie en effet en ligne des prises de position sur les droits des femmes, les espaces non mixtes et les questions liées au sexe et au genre. Le poème refusé portait sur un sujet sans lien avec ces positions : il évoquait les conséquences du diéthylstilbestrol, un médicament administré à des femmes enceintes entre les années 1940 et 1970, et l’expérience de sa propre mère. Ce décalage structure le litige : le texte n’a pas été rejeté pour son contenu, mais pour les opinions publiques de son autrice.
Ses avocats soutiennent qu’il s’agit d’une conviction protégée par la loi britannique. Ils estiment qu’un organisme financé par des fonds publics ne peut exclure un auteur pour ce motif. À ce titre, les conseils demandent la réouverture du dossier, la communication des éléments internes et un réexamen du financement accordé à la revue.
Arts Council England rejette la plainte. L’organisme affirme ne pas avoir constaté de manquement aux règles de financement. Il indique que la revue nie toute discrimination liée aux opinions de l’autrice. Et dans le même temps, la publication reçoit une nouvelle subvention de 60.000 livres.
Un conflit déplacé vers le terrain public
Le litige ne porte plus seulement sur un choix éditorial. Il interroge l’usage de fonds publics. L’autrice conteste la manière dont le financeur contrôle les décisions des structures qu’il soutient.
Selon The Guardian, Arts Council England refuse de commenter en détail en raison de la procédure en cours. La revue n’a pas répondu. Mais l’Angleterre s’émeut : un financeur public doit-il vérifier les motifs d’exclusion d’un auteur lorsque ceux-ci concernent ses prises de position en ligne ?
Le contentieux s’inscrit dans un cadre britannique déjà balisé. L’Employment Appeal Tribunal a jugé en 2021, dans l’affaire Forstater, que les convictions critiques du genre pouvaient relever des croyances protégées par l’Equality Act, sans autoriser des propos discriminatoires envers les personnes trans. Plus récemment, l’EHRC a rappelé que la Cour suprême du Royaume-Uni avait interprété la notion de sexe dans l’Equality Act comme renvoyant au sexe biologique.
Crédits photo : pixelcreatures CC 0
Par Clément SolymContact : cs@actualitte.com
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