- Advertisement - spot_imgspot_img
AccueilSociété"Une académie du viol mondiale" : CNN révèle l'existence d'un réseau d'hommes partageant...

"Une académie du viol mondiale" : CNN révèle l'existence d'un réseau d'hommes partageant leurs techniques pour droguer et violer leurs femmes endormies

Au cours d’une enquête de plusieurs mois, la chaîne américaine a infiltré des groupes et plateformes où circulent des vidéos et des conseils entre utilisateurs, pour droguer, filmer et agresser leur partenaire.


Publié le 23/04/2026 15:13

Temps de lecture : 6min

Dans un groupe Telegram intitulé « Zzz », des hommes s’échangent des informations, parfois très détaillées, sur la manière de droguer leurs partenaires. (JAAP ARRIENS / NURPHOTO / AFP)

Combien de Gisèle Pelicot à travers le monde ? L’histoire de la septuagénaire, violée par son mari et des dizaines d’autres hommes, a connu une résonnance mondiale qui illustre le fait que les auteurs de ces crimes peuvent être des « Monsieur-Tout-le-monde », de tous âges et de toutes professions. Une enquête initialement menée par les journalistes allemandes Isabell Beer et Isabel Ströh, puis approfondie par CNN le mois dernier, confirme que ce phénomène est loin d’être un cas unique. Cinq journalistes de la chaîne américaine ont mis au jour fin mars l’existence d’un réseau d’hommes s’échangeant, sur des forums, des groupes privés ou des sites pornographiques, des vidéos et photos de femmes inconscientes, violées, photographiées et filmées à leur insu par leur partenaire.

Les journalistes sont notamment parvenus à infiltrer des discussions de groupe, dans lesquelles des hommes s’encouragent mutuellement et s’échangent des conseils pour échapper à la justice. Ce système s’avère difficile à enrayer, les personnes impliquées agissant sous couvert d’anonymat, dans des espaces où règnent une forme de « fraternité » masculine. CNN va jusqu’à parler d’une « académie du viol mondiale ».

Une partie des images identifiées par CNN ne sont pas hébergées sur d’obscures plateformes du darknet mais sur le site pornographique Motherless.com, accessible à tous. Plus de 20 000 vidéos de femmes agressées sexuellement ou violées dans leur sommeil – classées dans la catégorie « sleep content » (« contenu sommeil ») – totalisent ainsi des centaines de milliers de vues. Ce site web, qui a enregistré 62 millions de visites rien qu’en février et dont les utilisateurs se trouvent principalement aux Etats-Unis, se décrit comme un hébergeur « sans morale ». Les images abjectes qui y circulent dépassent pour certaines les 50 000 vues.

Dans ces vidéos, des hommes se filment en train de soulever les paupières fermées de femmes pour montrer qu’elles sont bien endormies et droguées à leur insu. Des utilisateurs proposent même des diffusions en direct, montrant en temps réel des violences infligées à des femmes sous l’emprise de drogues, pour 20 dollars par spectateur. La cryptomonnaie apparaît comme le moyen de paiement privilégié. L’un d’eux partage ainsi un extrait d’un précédent livestream qu’il précise avoir réalisé afin d’inciter des utilisateurs à suivre le prochain. On y entend une femme, qu’il présente comme étant sa conjointe endormie, ronfler alors qu’il s’allonge sur elle. Puis l’extrait s’arrête.

Les discussions entre agresseurs se poursuivent dans des groupes Telegram, comme celui intitulé « Zzz », où chacun s’échange des informations, parfois très détaillées, sur la manière de droguer leurs partenaires avec les types de médicaments à utiliser, les doses préconisées et les techniques à mettre en place pour éviter d’être repérés. Un homme basé à Ceuta, enclave espagnole frontalière avec le Maroc, affirme ainsi qu’il vend et expédie des « liquides somnifères » à n’importe quelle adresse dans le monde. « Ta femme ne sentira rien et ne se souviendra de rien », promet-il, photos de colis à l’appui, précisant que ce produit « insipide et inodore » est vendu 150 euros la bouteille.

Les journalistes de CNN ont également longuement échangé avec un certain Piotr, plutôt bavard concernant ses méthodes criminelles. « Votre femme suspecte-t-elle quelque chose ? », lui demandent ainsi les journalistes. « Pour le moment, je cache tout bien, mais je dois faire attention », répond l’homme. CNN a voulu s’assurer que ce quadragénaire était bien celui qu’il prétendait être : les journalistes se sont donc rendus dans sa ville natale, en Pologne. Ils sont parvenus à l’identifier dans un restaurant, en compagnie de son épouse, et ont prévenu la police.

Le média américain a retrouvé plusieurs femmes victimes de tels agissements comme Zoe Watts, originaire du Devon, en Angleterre, qui a appris que l’homme avec qui elle était mariée pendant seize ans avait pris l’habitude de broyer les somnifères de son fils pour les mettre dans son thé afin de la violer et la filmer alors qu’elle était inconsciente. « On s’inquiète d’aller à sa voiture tard le soir dans un parking, mais on ne s’inquiète pas de la personne à côté de laquelle on dort », témoigne-t-elle. Son désormais ex-mari lui a avoué ses agissements alors qu’ils rentraient de la messe, un dimanche en 2018, avec leurs quatre enfants, confessant qu’il la violait depuis des années. Il a été condamné à onze ans de prison.

En Italie, Valentina, qui témoigne sous pseudo, a découvert des vidéos filmées par celui qui était alors son mari depuis vingt ans, le montrant en train de l’agresser après l’avoir droguée aux somnifères et à l’alcool. « J’ai eu de la chance de trouver ces vidéos, car franchement, cela aurait été un peu… difficile à croire, vu que je n’avais aucune marque », témoigne cette mère de deux enfants, victime de lourdes séquelles psychologiques. « Même si je peux paraître heureuse et souriante à l’extérieur, quand je rentre chez moi, je dois encore faire face… Apprivoiser mes cauchemars, qui sont toujours juste derrière la porte », relate-t-elle. Son ex-compagnon a été condamné en 2021 à huit ans de prison pour de multiples agressions sexuelles aggravées.

En France, au cours du procès des viols de Mazan, figurait parmi les coaccusés Jean-Pierre M., poursuivi pour le viol de Gisèle Pelicot mais aussi de sa propre épouse, qu’il avait également sédatée à plusieurs reprises, suivant les conseils de Dominique Pelicot. Entre 2015 et 2020, cet homme de 63 ans avait reconnu avoir commis une dizaine de tentatives de viol et de viols sur la mère de ses cinq enfants, montrant la reproduction du système de violences initié par Dominique Pelicot. Jean-Pierre M. a écopé de douze ans de prison en décembre 2024, lors de ce procès historique.


Source:

www.franceinfo.fr

Annonce publicitairespot_img

Derniers articles

Annonce publicitairespot_img