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Supergirl: Woman of Tomorrow : par-delà le récit super-héroïque

Supergirl: Woman of Tomorrow tient d’abord par un déplacement décisif. La mini-série de Tom King, dessinée par Bilquis Evely, mise en couleur par Matheus Lopes et lettrée par Clayton Cowles, ne cherche extraie Kara Zor-El de la confortable mythologie super-héroïque classique.

Il s’agit d’un récit où se croisent une Kryptonienne, un chien et une enfant endeuillée lancés dans l’espace pour une vengeance. Sauf qu’un pareil canevas de quêtes serait bancal sans une voix pour le porter. Ce sera celle de Ruthye qui transforme Supergirl en figure observée plus qu’expliquée.

Une héroïne vue de biais

Ce choix de focalisation change la texture du livre : Ruthye, autour de qui s’articule le véritable point de vue du récit, impose une narration à la fois littéraire, volontiers archaïsante, et légèrement décalée. Tom King greffe ainsi sur un space opera un squelette de western de vengeance et l’effet fonctionne à plein.

Supergirl n’occupe plus le centre comme icône, mais comme présence morale, parfois opaque, parfois rugueuse, dont les gestes importent davantage que les discours. Ce retrait la rend plus dense, plus adulte aussi, loin de versions les plus lisses du personnage.

Quand la couleur contredit la noirceur

La réussite la plus frappante demeure pourtant visuelle. Bilquis Evely construit des planches d’une élégance rarement décorative : chaque planète possède sa logique plastique, chaque arrière-plan élargit l’espace sans dissoudre les corps.

Un point amplement commenté : pas de ciel bleu, symbole d’apaisement, avant le dernier épisode de cet arc, car l’errance de ces deux femmes n’a rien d’un séjouir touristi-cosmique. Les jaunes acides, les verts troubles, les ciels irréels composent un univers somptueux mais instable, où la splendeur visuelle n’apaise jamais complètement la violence du récit.

Le découpage participe de cette tension. Evely ralentit souvent l’action pour laisser infuser une posture, un silence, un déplacement de regard. Puis elle ouvre soudain la page, en pleine collision, en pleine chute, en pleine sidération. Le texte ne redouble pas toujours l’image : il la décale.

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Les cartouches de Ruthye, très écrits, installent une mémoire reconstruite, alors que les planches exposent des affects plus ambigus, parfois plus douloureux que ce que la narratrice consent à formuler. C’est là que la bande dessinée produit son sens le plus fin : dans l’écart entre ce qui se raconte et ce qui se voit.

Reste une réserve, qui n’annule pas l’ampleur du livre. Cette sophistication narrative a son revers : à mesure que la série avance, le dispositif du récit médiatisé par Ruthye peut donner le sentiment d’une fabrication trop consciente d’elle-même. Certains retournements reposaient sur des informations volontairement retenues au lecteur. Le reproche n’est pas sans fondement.

Mais même lorsque la mécanique de Tom King se montre trop visible, l’album garde une puissance rare, parce qu’Evely et Lopes lui donnent une gravité sensible, presque tactile. Supergirl: Woman of Tomorrow impressionne moins comme relance de franchise que comme bande dessinée de seuil : un récit où une héroïne cosmique apprend à exister dans les marges, les blessures et les couleurs d’autrui.

Un comic ample, inventif et souvent saisissant.

Par Nicolas GaryContact : ng@actualitte.com


Source:

actualitte.com

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