Venus de la nutrition sportive, puis popularisés par les influenceurs, les produits « enrichis en protéines » ont envahi les rayons de nos supermarchés. Sont-ils bons pour la santé ? franceinfo a posé la question à une nutritionniste.
Publié le 19/04/2026 07:40
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Face à l’engouement pour les produits « hyperprotéinés », la grande distribution fait tout pour installer cette tendance très rentable dans les caddies des Français. Auchan, Super U… Tous les groupes lancent leur gamme de produits protéinés. Dans les allées du Carrefour de Massy près de Paris, la folie est partie du rayon ultra-frais, avec un produit qui, en à peine deux ans, a pris la tête des ventes : le skyr. « On a sorti notre gros pot de skyr, 850 grammes, l’été dernier et on a tout de suite été en rupture, c’est un succès incroyable, témoigne Corinne Dauby, directrice marketing et commerce des marques propres du groupe Carrefour. Et le segment du skyr est aussi important aujourd’hui que le segment du bifidus, par exemple. »
Les marques distributeurs gardent les codes venus du monde de la musculation pour leurs produits riches en « protes », comme disent les initiés : couleur d’emballage foncé, et le mot « protéine », écrit en gros et en majuscules avec, dessous, le nombre de grammes. Corinne Dauby passe en en revue le rayon. « On a les fromages en portions, riches en protéines, l’un de nos gros succès. On a aussi le pain ‘hyperprotéiné’, ou encore les salades-repas. Tous les produits riches en protéines, même sur d’autres catégories de produits, ont des croissances encore de l’ordre de + 30 % tous les ans, donc on est convaincus que cet intérêt va continuer à grandir. »
Carrefour, qui revendique des produits protéinés 30% moins chers, double les marques nationales sur plusieurs références. Pour autant, le client paiera toujours un supplément pour ce label riche en protéines. Par exemple, le kilo de Skyr de chez Danone est à 6 euros, celui de la marque Carrefour à 3,35 euros. Mais le fromage blanc traditionnel, à peu près aussi protéiné, est à 2 euros le kilo. Sabrina l’avoue, malgré tout, elle succombe à la tendance. « Je me dis que ça ne peut pas faire de mal. C’est vrai que je suis assez influencée par ce qu’on voit à la télé ou sur les réseaux. »
« On en prend de plus en plus, les gens veulent contrôler leur poids et ça aide à garder la masse musculaire, quand ils font une activité physique. »
Sabrina, une consommatrice de produits « hyperprotéinés »à franceinfo
Les influenceurs ont largement contribué au succès de ces produits protéinés, en vantant leurs mérites pour la santé sur les réseaux sociaux. Ce sont eux qui ont servi de trait d’union entre le monde du sport et la consommation de masse. Dans l’immense majorité des cas, ils sont payés par les marques pour faire ces vidéos. L’influenceur le plus suivi de France, Tibo InShape, l’homme aux 27 millions d’abonnés sur YouTube, a même sa propre sa gamme. « Comme vous le savez, c’est important d’avoir sa dose de protéines, aussi bien pour prendre en volume musculaire, que pour maintenir sa masse musculaire et vieillir en bonne santé. J’ai passé 30 ans, je commence à m’intéresser à vieillir en bonne santé », explique l’influenceur dans une vidéo.
Tout marketing répond-il à un réel besoin ? Non, répond la médecin nutritionniste Laurence Plumey. « Dans une alimentation saine où l’on mange un peu de tout, les besoins en protéines sont couverts. Pas besoin de se supplémenter dans ces conditions », indique-t-elle. Les produits simples suffisent quand on cherche à augmenter ses apports, ce qui, en effet, peut être utile dans certaines phases de vie, comme « pendant l’adolescence, la grossesse, l’allaitement et pour les personnes âgées et les sportifs, bien évidemment, parce que la protéine, c’est la nourriture du muscle. »
Autre point important, un produit riche en protéines n’est pas nécessairement bon pour la santé. Pour faire un test, franceinfo a demandé à la médecin nutritionniste d’analyser un produit devenu incontournable : la boisson protéinée. « 25 grammes de protéines, ça fait beaucoup !, estime Laurence Plumey. Je rappelle que le besoin quotidien est de 60 grammes, par exemple, pour une femme. Est-ce que c’est vraiment nécessaire dans le quotidien des gens ? Je dis non. Après, il faut bien regarder les ingrédients de ces boissons, de façon à ce que ça ne soit pas des produits trop transformés. Attention au sucre et aux additifs. Sur un conditionnement de 300 ml, on peut facilement avoir dans certaines boissons trois à cinq morceaux de sucre sans que les gens ne s’en doutent. »
« Plus il y a de protéines, plus on produit des déchets azotés et plus on fait travailler les reins. Mais il n’y a pas de danger. »
Laurence Plumey, médecin nutritionnisteà franceinfo
Peut-on consommer « trop » de protéines ? « Les protéines ne font pas grossir, ça n’augmente pas le risque de maladie cardiovasculaire », indique la médecin nutritionniste. Aujourd’hui, au global, les Français ne sont en aucun cas en déficit chronique de protéines. Si on décortique la consommation de protéines des Français, celle-ci se compose de deux tiers de protéines animales (viande, lait, œufs, poissons et fruits de mer) et, au tiers restant, de protéines végétales (céréales, légumineuses, légumes, fruits), selon un rapport de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST), publié en juin 2025. Les recommandations internationales sont d’un mix alimentaire 50/50.
Selon un article d’octobre 2025 du Commissariat général au développement durable, « les aliments d’origine animale ont des conséquences importantes sur le climat à cause de leurs émissions de gaz à effet de serre », même si « toutes les protéines n’ont pas la même empreinte environnementale ». Par exemple, la production de 100 grammes de protéines de viande bovine émet en moyenne 50 kilogrammes de gaz à effet de serre, un plat à base de bœuf émet huit fois plus de gaz à effet de serre qu’un plat à base de volaille et la même quantité de protéines provenant de céréales n’en rejette que trois kilogrammes, d’après cet organisme dépendant du ministère de la Transition écologique.
Source:
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