Ce n’est pas tous les jours qu’un ensemble de travail constitué à Cambridge change de pays pour rejoindre une bibliothèque municipale italienne. Fin mars, l’agence ANSA racontait que Simon Stoddart avait proposé de transférer à Gubbio sa collection conservée au Royaume-Uni, consacrée à l’archéologie du monde italique et à l’histoire ancienne de l’Italie centrale.
Le site de la municipalité de Gubbio confirme l’opération et précise que Caroline Malone, archéologue elle aussi liée à Cambridge, participe au don. L’intérêt de l’affaire tient moins au seul déplacement matériel des volumes qu’à leur changement de statut.
Constituée pendant des décennies de recherches, cette documentation privée quitte un cadre académique personnel pour entrer dans une institution de lecture publique. Le projet prévoit une sélection scientifique des ouvrages, la création d’une salle de consultation dédiée à la Sperelliana, plus de cent mètres linéaires de rayonnages et l’acheminement des livres depuis Cambridge. La même source ajoute que l’ensemble doit devenir consultable à l’été 2026.
Simon Stoddart et Caroline Malone travaillent sur le territoire eugubin depuis la fin des années 1970 et le début des années 1980. Une étude publiée en 2024 dans la revue Land revient d’ailleurs sur le « Gubbio Project » des années 1980 et sur sa réévaluation récente, signe qu’il ne s’agit pas d’un attachement de circonstance mais d’un long compagnonnage scientifique avec la région.
Une collection privée devenue bien de consultation
Cette donation éclaire aussi la manière dont survit une bibliothèque de chercheurs. Tant qu’elle demeure dans un bureau ou une maison, elle reste ordonnée par l’usage de son propriétaire, ses habitudes de travail, ses annotations et ses priorités savantes.
Une fois intégrée à un établissement public, elle change de logique : il faut choisir, classer, décrire, installer, puis rendre le tout intelligible à d’autres lecteurs. Cette transformation passera par un accord de collaboration avec l’université de Cambridge et l’université de Pérouse afin d’identifier les titres les plus utiles à la recherche.
Le lieu d’accueil n’est pas neutre. La Biblioteca Sperelliana rappelle sur son site officiel qu’elle naît en 1666 du don à la communauté de Gubbio des quelque 7000 volumes de l’évêque Alessandro Sperelli. Son histoire est donc, depuis l’origine, celle d’un patrimoine personnel devenu ressource collective. L’arrivée du fonds Stoddart-Malone s’inscrit dans cette tradition d’accroissement par libéralité, mais avec une singularité contemporaine : cette fois, le noyau initial ne vient pas d’un prélat local ni d’un notable de la ville, il traverse l’Europe depuis Cambridge pour rejoindre une bibliothèque civique ombrienne.
L’opération repose en outre sur une architecture institutionnelle précise. Le service culture de la ville a monté le dossier dans le cadre de l’Art Bonus, avec le soutien de Brunello Cucinelli SpA. Sur la page officielle, le directeur général Riccardo Stefanelli résume l’esprit de l’initiative en affirmant que les livres sont « des ponts entre les cultures ».
Au-delà de la formule, le dossier montre surtout qu’une collection savante peut éviter la dispersion, changer d’échelle et trouver, dans une ville directement liée à son histoire de recherche, une seconde vie publique, documentée et transmissible.
Crédits photo : Biblioteca Sperelliana
Par Nicolas GaryContact : ng@actualitte.com
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