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Obsèques de Nathalie Baye : de Truffaut à Spielberg, la comédienne égérie de metteurs en scène exigeants et inspirés

Les obsèques de Nathalie Baye, qui s’est éteinte à l’âge de 77 ans, se déroulent vendredi 24 avril. Sa voix, ses rires, ses gestes, sa façon de se mouvoir restent à jamais gravés dans la mémoire des spectateurs. Celle à qui l’on a souvent reproché de veiller jalousement sur sa vie privée aura pourtant passé cinq décennies, à travers plus d’une centaine de films, à tout dévoiler d’elle ou presque. Car, disait-elle, « la meilleure façon de me connaître, c’est en me voyant jouer ».

À ses débuts, la jeune comédienne pour qui le 7e art est un horizon lointain, ne réalise pas qu’elle travaille déjà avec les plus grands. « J’ai découvert le cinéma en faisant du cinéma », rappelle-t-elle dans l’émission belge Home Cinéma en 2021. »J’ai eu la chance de commencer avec de grands réalisateurs qui m’ont énormément nourrie et beaucoup appris », confiait-elle. Si Nathalie Baye a « duré », comme elle l’a toujours souhaité, c’est parce qu’elle a minutieusement choisi ses partitions, toujours heureuse à « l’idée d’être quelqu’un d’autre ». « Je continue à aimer mon métier avec passion parce que je choisis », insistait-elle. « C’est de travailler qui m’intéresse ». Quitte à faire réécrire un peu les scénarios. Comme ce fut le cas pour La Balance (1982) de Bob Swaim qui lui a valu son premier César de meilleure actrice en 1983. Pour Nathalie Baye qui voulait devenir danseuse, tout a véritablement commencé avec Truffaut et des lunettes qui n’étaient pas des plus seyantes.

Dans l’objectif de Truffaut et Godard : une actrice adoubée par les tenants de la Nouvelle Vague

Quand François Truffaut reçoit Nathalie Baye, sur les conseils de son ancienne scripte Suzanne Schiffman, il n’est pas convaincu de prime abord qu’elle est faite pour incarner Joëlle, double fictionnelle de sa propre script-girl. Il la fera revenir le lendemain pour être fixé sur le choix de ce personnage, crucial pour son film. Truffaut finit d’être convaincu quand il l’affuble d’une paire de lunettes. À l’époque, convient-elle, « je ne me rendais pas compte » de l’impact de tourner avec Truffaut qui lui donne aussi la réplique. Leur complicité immédiate la fera de nouveau travailler avec l’acteur réalisateur.

La Nuit américaine lui offre l’une de ses répliques les plus mémorables et réveille sa dyslexie. « Pour un film, je pourrais quitter un type. Mais pour un type, je ne pourrais jamais quitter un film », doit-elle clamer. Mais elle intervertit à plusieurs reprises « film » et « type » en tournant la scène. « Le tournage de La Nuit américaine était totalement magique ». C’est là, souligne l’actrice, que « j’ai commencé à découvrir le plaisir de tourner dans un film, de jouer, de rentrer dans un personnage ».

Elle retrouve Truffaut sur La Chambre Verte (1978). Julien Davenne et Cecilia Mandel, leurs personnages respectifs, se lient à cause de leur fascination pour les morts. « Le vrai travail (avec un acteur), c’est la seconde fois où l’on travaille ensemble. Ce qui était le cas avec Nathalie », déclarait Truffaut en 1978 sur Antenne 2. En outre, la jeune femme correspond parfaitement à ce qu’il recherche pour le personnage de Cecilia Mandel. « Il fallait donner tout de suite une impression d’honnêteté et de loyauté, et aussi qu’elle est capable, tout en étant un personnage très normal, d’entrer un tout petit peu dans la folie » de son partenaire qu’il incarnait. Le film est mal reçu en France, au grand dam de François Truffaut, mais il sera acclamé aux Etats-Unis.

Bertrand Tavernier lui offre son premier vrai grand rôle dans Une semaine de vacances (1980). La même année, sort également son long métrage avec Jean-Luc Godard qui incarne comme Truffaut la Nouvelle Vague. Il l’a contactée par téléphone pour lui dire qu’il voulait travailler avec elle sur Sauve qui peut (la vie). Elle partage l’affiche avec Jacques Dutronc et Isabelle Hupert. Avec Godard, Nathalie Baye dit avoir appris « la disponibilité », à arriver « sans idées préconçues sur un tournage », à « oublier les valises à la gare ». Car le metteur en scène impose son tempo. « J’ai tout de suite eu envie de travailler avec lui », analyse-t-elle des années plus tard. Sauve qui peut (la vie) lui permet de décrocher son premier César de meilleure actrice dans un second rôle en 1981. « Curieusement, c’est peut-être le rôle le plus proche de moi ». Pour Nathalie Baye, Godard « rend les acteurs magnifiques » grâce à cette quête permanente d’authenticité qui l’a habité. « Avec lui, on ne peut pas tricher ».

Godard la dirige de nouveau dans Détective (1985) où elle donne la réplique à son compagnon de l’époque, Johnny Halliday et le père de sa fille, Laura Smet. Le film est en compétition au Festival de Cannes. Le tournage a été épique : lorsque Godard n’est pas satisfait de ses acteurs ou de ses techniciens, il ne s’en cache pas. Dans une scène du film où la télévision est allumée, on peut d’ailleurs lire : « Je tourne un film moi, je ne m’amuse pas ». Dans un entretien en 2021, Nathalie Baye dira : « Godard est un personnage très particulier mais je l’aime énormément ».

Un souffle nouveau avec les réalisatrices et actrices Nicole Garcia et Tonie Marshall

Nathalie Baye ne faisait aucune différence entre les femmes et les hommes cinéastes. Mais ses collaborations avec des réalisatrices dans les années 1990 ont marqué sa filmographie. Au début de cette décennie, c’est une autre actrice qui fait appel à elle pour son premier film, Nicole Garcia. L’aspirante réalisatrice ne pense pourtant pas immédiatement à Baye. Dans la tête de Garcia, elle ne correspond pas à cette femme divorcée qui peine à se faire une place dans le cœur de ses jeunes enfants dont elle partage la garde. Ce personnage de « femme un peu paumée », comme le décrit Nathalie Baye, est celui, assure-t-elle, qui a véritablement « cassé une certaine image » d’elle. Le long métrage est le témoignage d’une époque, note Nicole Garcia lors de la rétrospective qui lui est consacrée à la Cinémathèque française en 2021. De cette expérience, Nathalie Baye retient la relation particulière qui se développe entre un comédien et un réalisateur qui est également acteur. « On est du bâtiment », a expliqué Nathalie Baye en citant une expression chère à Nicole Garcia pour décrire cette complicité tacite. « Quand on tourne avec une réalisatrice qui est actrice, il y a un langage commun d’acteur qui aide énormément ».

À la fin des années 1990, une autre actrice réalisatrice, Tonie Marshall, lui offre un « magnifique rôle » dans Venus Beauté (Institut) qui arrive dans les salles en 1999. Elle l’a déjà dirigée dans Enfants de salaud (1996). Nathalie Baye est cette fois-ci Angèle, une esthéticienne efficace quand il s’agit de son travail, mais perdue et désabusée dans sa vie privée. Venus Beauté (Institut) est à la fois un succès critique et populaire. Marshall dirigera de nouveau la comédienne dans le film choral France Boutique (2003).

Dolan et Spielberg : les cousins d’Amérique « amoureux » de son travail

Elle n’a « pas du tout le rêve américain » mais Nathalie Baye est heureuse de tourner avec Steven Spielberg. Il lui fait passer une audition pour le film Arrête-moi si tu peux (2003) avec son ami Brian De Palma, qui est à Paris. Le désir de Steven Spielberg de travailler avec Nathalie Baye est profondément lié à l’admiration que le cinéaste américain voue à Truffaut. « J’étais en admiration, presque tombé amoureux de Nathalie Baye dans [La Nuit américaine]. J’ai ensuite suivi sa carrière à distance », explique-t-il dans Paris Match. Il pense à Nathalie Baye pour incarner le rôle de la mère de Leonardo DiCaprio. « Quand j’ai reçu les images de Brian, j’ai vu Nathalie et, tout de suite, c’était comme une évidence. Je devais absolument tourner avec elle, comme je l’avais fait avant avec Truffaut en l’invitant à participer à Rencontres du troisième type ».

« Il me parlait beaucoup de Truffaut », se remémore Nathalie Baye à qui Spielberg posait des questions sur le metteur en scène. Ce cinéaste américain qu’elle trouve « terriblement authentique » a « un appétit de cinéma », disait encore l’actrice. « C’est très simple de travailler » avec de grands cinéastes, poursuit-elle. Et entre Truffaut et Spielberg, qui tournaient aussi vite l’un que l’autre, elle avait fait le grand écart en passant d’un plateau où ils avaient parfois été « quatre » à un tournage avec « 250 personnes ».

Xavier Dolan, lui, a découvert Nathalie Baye dans Le Petit Lieutenant (2005) de Xavier Beauvois, pour lequel elle décroche son deuxième César de meilleure actrice avec le rôle d’une flic alcoolique, écrit à l’origine pour un comédien. « Je suis tombé amoureux d’elle », affirmera Dolan dans l’émission On n’est pas couchés en 2016, à Cannes, alors que Juste la fin du monde était en lice pour la Palme d’or. « J’ai la chance de tourner avec de grands réalisateurs (mais) Xavier fait partie des plus éblouissants avec lesquels j’ai travaillé », confiait à son tour Nathalie Baye. Scénariste, dialoguiste, monteur, costumier… « C’est un ovni », résume-t-elle. Avec Xavier, « je suis une petite fille, j’obéis au doigt et à l’œil », déclarait-elle tout sourire. Son personnage, haut en couleur, rend Nathalie Baye méconnaissable. Dolan retrouvait ainsi la comédienne à qui il avait déjà confié un rôle de mère dans Laurence Aniways (2012).

Nathalie Baye n’a jamais « osé » appeler un metteur en scène pour travailler avec lui. « Orgueil, pudeur, timidité ? » : elle n’a jamais su pourquoi. « C’est une erreur », dit-elle au journaliste Bernard Rapp en 2004, car comme les comédiens, note-t-elle, les cinéastes ont aussi besoin que l’on exprime le désir de travailler avec eux. Durant cet entretien, l’artiste aux quatre César avait confié, même si elle avait toujours le trac pour chaque nouveau rôle et que le doute permettait de rester à l’écoute, qu’elle n’était « plus du tout prisonnière d’aucun emploi ». Tous les metteurs en scène qui l’ont dirigée l’avaient déjà compris.


Source:

www.franceinfo.fr

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