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Mort du petit Emile : comment les analyses ADN de la centaine de prélèvements effectués vont-elles se dérouler ?

Le procureur d’Aix-en-Provence a confirmé, lundi, la fin de la campagne de prélèvements ADN débutée en février. Les échantillons doivent maintenant faire l’objet d’analyses et de comparaisons.


Publié le 23/04/2026 06:02

Temps de lecture : 8min

Huit mois après la disparition d’Emile Soleil au Haut-Vernet (Alpes-de-Haute-Provence), des ossements et des vêtements du petit garçon avaient été retrouvés, permettant peut être d’exploiter des traces contenant de l’ADN. (THIBAUT DURAND / HANS LUCAS / AFP)

Une étape simple mais minutieuse, qui détient peut-être la clé d’un mystère. Les prélèvements ADN réalisés sur une centaine de personnes, habitants ou promeneurs, présents à proximité du Haut-Vernet (Alpes-de-Haute-Provence) le jour où Emile Soleil a disparu, en juillet 2023, sont désormais en cours d’analyse. La campagne de prélèvements avait débuté en février, à la suite d’une demande des avocats de la famille du garçon, âgé de 2 ans et demi au moment des faits, et dont des ossements ont depuis été retrouvés. Lundi 20 avril, le procureur de la République d’Aix-en-Provence, Jean-Luc Blachon, a confirmé à franceinfo que « 106 prélèvements ont été réalisés et qu’ils feront l’objet d’une analyse aux fins de comparaison ». Franceinfo vous explique ce que cela signifie concrètement pour la suite de l’enquête.

Chaque prélèvement a pu être effectué grâce à un kit FTA (pour « Fast Technical for Analysis »). Ces kits permettent de prélever les cellules de la paroi buccale grâce à une sucette en mousse, ou un écouvillon, déposé ensuite sur du papier buvard, dans lequel un détergent a été intégré. Le but est de casser la membrane nucléaire et d’accéder à ADN – ce qu’on appelle la « lyse des cellules » en langage scientifique. Les analyses ont lieu en laboratoire.

Vient ensuite l’étape de l’extraction de l’ADN, démontrée par la police scientifique dans une vidéo du ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche. « On met un tampon qui libère le matériel biologique. L’objectif est d’obtenir un extrait d’ADN de bonne qualité, le plus pur possible », explique à franceinfo Soizic Le Guiner, directrice de l’Institut génétique Nantes Atlantique. Des pastilles découpées sont posées sur une plaque et intégrées dans une centrifugeuse, pour procéder à l’amplification de l’ADN par la méthode PCR – un nom plus connu du grand public depuis la pandémie de Covid-19.

Cette étape est rapide, fréquemment réalisée en parallèle d’une garde à vue : pour un seul échantillon, le résultat peut tomber en trois à quatre heures environ. Pour 106 prélèvements, ce sera forcément plus long, mais selon nos informations, les résultats peuvent être connus en une journée. Tout dépend s’ils sont tous envoyés en même temps, car, selon un expert en criminalistique, les prélèvements peuvent aussi être transmis « par bloc » – les promeneurs d’abord, puis les habitants du hameau, par exemple.

Trois possibilités se dessinent alors : soit l’ADN est inexploitable, soit il y a une superposition de plusieurs ADN, soit le profil obtenu est pur, c’est-à-dire qu’il peut être isolé. Mais dans le cas d’un prélèvement comme ceux effectués sur les 106 personnes dans le cadre de l’enquête, la possibilité d’obtenir un ADN pur ne fait pas de doute.

Il faut ensuite s’atteler à la comparaison des ADN. « Les experts en charge de leur exploitation vont désormais procéder aux comparaisons avec les traces génétiques recueillies jusqu’à présent, ce qui pourrait offrir à l’enquête de nouveaux éclairages », souligne Julien Pinelli, l’avocat de la grand-mère du petit garçon. Emile Soleil a disparu le 8 juillet 2023, alors qu’il venait d’arriver chez ses grands-parents, dans leur résidence secondaire du Haut-Vernet. Fin mars 2024, une promeneuse a découvert le crâne, les dents et des ossements de l’enfant, à environ 1,7 km du hameau. Des vêtements du garçonnet ont également été retrouvés.

Un examen à l’œil nu ou à la loupe permet de déterminer les traces qui permettront d’extraire un ADN. Sur les ossements et les vêtements du petit Emile, des traces de fientes de poulet, d’excréments de chauve-souris, ainsi que des fragments de cordelette, ont été identifiés, précise une source proche de l’enquête à France Télévisions. Les experts vont donc comparer les résultats de ces analyses aux ADN des 106 prélèvements, une étape qui peut prendre plus de temps.

« Une fois qu’on a extrait la totalité d’un ADN sur un objet ou un vêtement, on a tout. On peut cibler s’il y a de l’ADN animal, ou bactérien », expose Soizic Le Guiner. « Sur un objet qui a pu entraver une personne, difficile d’avoir un profil génétique autre que celui de la victime. Mais on peut cibler les endroits touchés par la personne qui a entravé : le nœud d’une cordelette par exemple, pointe l’experte en empreinte génétique, agréée par la Cour de cassation. Si les profils génétiques de deux individus apparaissent, on élimine celui de la victime et on peut extraire les caractéristiques du deuxième contributeur. » Et si une personne s’avère compatible avec ce mélange, de nouvelles analyses sont réalisées.

Il faut aussi déterminer si les traces ADN sont pertinentes, et éliminer les traces de contact. Retrouver l’ADN d’une mère sur son enfant en bas âge est tout à fait normal. Un transfert d’ADN est aussi possible, quand on croise une personne dans la rue par exemple. Les éléments retrouvés sont donc à replacer dans leur contexte. Il est aussi préférable de faire appel au même laboratoire, pour être certain de ne rien laisser passer. Dans l’affaire du petit Emile, le laboratoire d’hématologie médico-légale de Bordeaux, une structure privée spécialisée dans la recherche ADN dirigée par le professeur Christian Doutremepuich, a déjà procédé à des expertises de scellés.

L’enquête a permis d’établir que le petit garçon avait été victime d’un « traumatisme facial violent », avec « la probable intervention d’un tiers », avait déclaré le procureur d’Aix-en-Provence, en mars 2025. Les grands-parents d’Emile et deux de leurs enfants majeurs avaient été placés en garde à vue pour homicide volontaire et recel de cadavre, avant d’être relâchés 48 heures plus tard car « les charges n’étaient pas suffisantes » pour d’éventuelles poursuites.

Pour le général François Daoust, ancien directeur de l’Institut de recherche criminelle de la gendarmerie, ce type de campagne de prélèvements permet « de lever la suspicion générale et de fermer des portes », ainsi qu' »exonérer la très grande majorité des personnes prélevées ». De son côté, l’avocat de la grand-mère du petit garçon espère que ces analyses iront plus loin, afin de permettre « une avancée significative des investigations ».


Source:

www.franceinfo.fr

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