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Joëlle Alazard, historienne : « Panthéoniser Samuel Paty ne serait ni une provocation ni une revanche, mais une réponse »

Sous la coupole de Soufflot, la République ne range pas ses morts : elle se choisit un destin. Depuis que la Constituante transforma en 1791 l’église Sainte-Geneviève en temple civique, chaque translation dit moins ce que fut l’homme ou la femme que l’on y conduit que ce que la nation, dans un instant de conscience souveraine, décide d’être encore. Le Panthéon n’est pas un musée du passé glorieux ; c’est la façon qu’a la France, de génération en génération, d’honorer ce qu’elle s’est promis. On n’y entre pas par la grâce du génie seul, mais parce qu’un destin, au croisement de l’intime et du collectif, a incarné quelque chose d’irréductible : une certaine idée de ce que la liberté exige et du prix qu’il faut accepter pour qu’elle dure.

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L’imaginaire collectif ne voit sous ces voûtes qu’une assemblée de génies et de héros : Voltaire, Hugo, Jaurès, Marie Curie, Jean Moulin. Pourtant, l’histoire réelle du monument est plus nuancée. Victor Baudin, député républicain tombé sur les barricades du 3 décembre 1851, entra au Panthéon en 1889 non pour une œuvre, mais pour un geste : celui d’un homme ordinaire qui avait tenu sa place jusqu’au bout face au coup d’Etat. Sadi Carnot y fut conduit parce que c’est la République elle-même que son meurtrier avait voulu frapper. Jean Zay, emprisonné par Vichy et assassiné par la Milice, y entra en 2015 non comme martyr militaire, mais comme bâtisseur : l’homme qui avait cru que l’école était un rempart contre la barbarie, et qui en était mort.

Ces exemples dessinent une tradition moins connue du Panthéon : celle des figures dont l’entrée sous la coupole ne célèbre pas une œuvre immortelle, mais la signification d’un destin. C’est peut-être la plus vivante de ses traditions, et la plus capable de parler à nos contemporains.

Le rite républicain comme socle national

On entend souvent que les grandes cérémonies nationales ne seraient que symboliques, comme si le symbole relevait de la futilité. C’est méconnaître une singularité française : ici, les rites collectifs ne commémorent pas seulement, ils fondent. La translation de Jaurès resserra autour de la République des centaines de milliers de Français. Le discours de Malraux pour Jean Moulin donna à toute une génération une boussole morale. La panthéonisation de Missak et Mélinée Manouchian, en 2024, rappela ce que la France doit aux étrangers qui ont choisi de mourir pour elle. A une époque où la brutalisation du débat public ronge le tissu républicain, nous aurions tort de sous-estimer cet outil.

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Source:

www.lemonde.fr

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