Quand elle était petite, Mirrianne Mahn a été bercée par le ressac de l’Atlantique sur la plage de son village, près de Buéa, au pied du mont Cameroun, dans la partie anglophone du pays. De sorte qu’elle a longtemps cherché l’océan dans le froid et la grisaille de Woppenroth, une localité du massif montagneux du Hunsrück, en Rhénanie-Palatinat, dans l’ouest de l’Allemagne, où elle est arrivée au début des années 2000, avec sa mère, son frère et son père adoptif, un hippie allemand. Deux cents habitants qui n’avaient jamais vu de personnes non blanches.
Dans son premier roman, Issa, on voit les villageois, pendant leur promenade du dimanche, après le Kaffee und Kuchen (« café et gâteaux », l’équivalent de notre goûter), ne jamais manquer de s’arrêter devant la ferme où vit la famille d’Issa, guettant l’apparition des « Noirs ». Mais Mirrianne Mahn insiste : l’histoire de cette Allemande noire qui retourne dans la maison natale, au Cameroun, afin d’effectuer des rituels pour protéger le bébé qu’elle attend, est une fiction.
La mère d’Issa, par exemple – une femme parfois violente, qui n’hésite pas à frapper sa fille pour lui apprendre à se défendre à l’école –, n’est pas sa mère. « Les seuls éléments autobiographiques sont les agressions racistes, explique l’écrivaine, de passage à Paris, au “Monde des livres”. Parce que, en Allemagne, on vous dira toujours : “Ce n’est pas vrai, ça n’a pas pu arriver.” Donc, je me suis gardée d’inventer afin de ne pas leur donner du grain à moudre. » Assise dans un bureau chez son éditeur français, Stock, l’autrice, militante et ancienne élue du parti Die Grünen (Les Verts) à Francfort (Hesse) relate l’aventure d’Issa.
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Source:
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