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"Je suis éveillé quand tout le monde dort" : en Suisse, le guet de la cathédrale de Lausanne perpétue une tradition de plus en plus rare


Publié le 17/04/2026 18:10

Temps de lecture : 4min – vidéo : 4min

À Lausanne, en Suisse, un héritage singulier se perpétue depuis le Moyen Âge. Alexandre Schmid est le guet de la cathédrale de Lausanne. Chaque nuit, il sonne et crie les heures. Il est l’un des derniers à faire vivre la tradition en Europe.

Ce texte correspond à une partie de la retranscription du reportage ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder en intégralité.

Alexandre Schmid travaille au cœur de la ville endormie, dans le silence et dans la nuit. Il est le guet de la cathédrale de Lausanne (Suisse). « Je suis éveillé quand tout le monde est en train de dormir. Je suis au centre de la ville, mais je suis invisible. Je suis au milieu des gens et en même temps je suis très lointain. C’est quelque chose d’assez étrange », décrit-il. Il faut gravir 153 marches pour remonter le temps et se retrouver au Moyen Âge.

Le guet de la cathédrale de Lausanne annonce l’heure chaque jour de l’année, entre 22 heures et 2 heures du matin, depuis 1405. Alexandre Schmid est amoureux de sa lanterne. « J’adore me promener ici avec ma petite lanterne et mon chapeau », glisse-t-il. Et d’une autre petite lumière qui apparaît parfois à une fenêtre. « C’est de là qu’une petite fille me fait des signaux avec une petite lampe de poche », sourit-il. « Ça fait très plaisir de voir des enfants qui sont émerveillés par cette tradition. C’est la garantie que cette tradition va se préserver pour des années », assure Alexandre Schmid.

Autrefois, le guet signalait depuis ce point élevé de la ville tout départ d’incendie. Après chaque annonce, l’employé payé par la commune rejoint sa loge, sa tanière. « Ça me fait du bien de pouvoir passer du temps avec moi-même », apprécie le guet. Alexandre Schmit a décroché ce poste il y a deux ans. « Je ne vois pas d’autre métier au monde où je pourrais prendre le temps de lire, de me reposer. Ce n’est pas une solitude qui est pesante », souligne-t-il. Il est impossible cependant de s’endormir au risque de rater l’une des cinq criées de la nuit. « Il y a une raison assez simple, c’est qu’il y a une cloche de six tonnes et demie qui sonne toutes les heures, et qui fait que le lit tremble. Donc, je n’arrive pas à dormir ici », signale Alexandre Schmit.

Sa voix participe à l’identité de la ville, même si certains ont osé juger cette fonction folklorique. « Peut-être que c’est inutile, mais c’est pour ça qu’il faut le maintenir », estime une passante. « J’habitais juste en face et de temps en temps on l’entendait crier, on voyait sa petite lumière, ça a un côté apaisant », juge une ancienne riveraine. « C’est beau, c’est comme nos paysages en Suisse, les gens s’y rattachent », appuie un homme.

Le diplômé en histoire-géographie a vécu toute son enfance dans un petit village de 150 âmes, loin de Lausanne. Il découvre la cathédrale à l’âge de 15 ans. Mais, non-croyant et non-pratiquant, il ne fréquente pas la maison de Dieu. « Je ne m’étais jamais imaginé avoir cet honneur-là. Je suis chez moi maintenant et la maison est imposante », confie-t-il.

Titulaire du poste, Alexandre Schmit peut compter, pour le suppléer les jours de congé, sur une équipe de sept auxiliaires. Cassandre Berdoz est la première femme sélectionnée pour occuper cette fonction. « Je me suis toujours dit qu’un jour, je voudrais bien faire guette. Mon premier jour, c’était vraiment très fort, émouvant. Je me sentais privilégiée. Ma mère avait préparé un apéritif en bas. Tout le monde était là. Il y avait une soixantaine de personnes qui attendaient en bas », se rappelle Cassandre Berdoz, guette auxiliaire de la cathédrale de Lausanne.

Cassandre est adoubée par Alexandre. « Je suis un peu gêné parce qu’elle chante mieux que moi. Dieu merci, elle ne voulait pas du poste principal et alors, j’ai pu l’avoir », plaisante le guet, toujours bon esprit. Lui qui promène sa bonhomie, son chapeau et sa lanterne chaque nuit, hors du temps.


Source:

www.franceinfo.fr

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