- Advertisement - spot_imgspot_img
AccueilCinéma & ArtsFrancesco Sossai, relève du cinéma italien : “En réfléchissant aux extrêmes, on peut...

Francesco Sossai, relève du cinéma italien : “En réfléchissant aux extrêmes, on peut arriver à l’authenticité”

Dans “Le Dernier pour la route”, en salles, Francesco Sossai raconte l’Italie du Nord dans un road-trip intrinsèquement politique. Le dernier chouchou du cinéma transalpin est lancé à toute berzingue sur les traces des grands.

Francesco Sossai est attaché à une certaine idée de son pays, à une vision presque picturale de ses paysages : « Je voulais faire un contre-capriccio, raconter ce qu’on ne voit pas sur les fresques. » Photo Greta de Lazzaris

Par Chloé Delos-Eray

Publié le 10 avril 2026 à 16h30

Favoris

Lire dans l’application

Francesco Sossai a la tête ailleurs. Il profite du temps que l’interprète prend pour traduire ses réponses de l’italien au français pour jeter un œil (ou deux) à son portable. Loin de nous l’idée de lui en tenir rigueur : peu avant notre rencontre, il a appris que son film, Le Dernier pour la route, était nommé pour seize David di Donatello (les César sauce italienne, dont la cérémonie se tiendra le 7 mai), dont ceux du meilleur film, du meilleur scénario et du meilleur réalisateur.

Un exploit, nous assurent les attachées de presse qui accompagnent sa sortie en France, presque un an après sa présentation dans la section Un certain regard du Festival de Cannes. Surtout pour un jeune réalisateur – 37 ans, certes, mais avec un film de fin d’études, un court métrage et un long métrage au compteur. Surtout pour « un film aussi modeste », observe Francesco Sossai, toujours aussi surpris par son succès dans les salles italiennes. Et surtout lorsqu’on est en concurrence avec un certain Paolo Sorrentino (et sa Grazia, adorée par la critique internationale), également nommé.

L’ambiance est à la fête, les félicitations sont de mise. Mais l’on ne peut s’empêcher de penser que, après tout, c’est dans l’ordre des choses. Comme son aîné, Francesco Sossai est attaché à une certaine idée de son pays, à une vision presque picturale de ses paysages. « Je voulais faire un contre-capriccio [en peinture, représentation d’un paysage imaginaire, ndlr], raconter la partie intermédiaire qu’on ne voit pas sur les fresques, l’immense plaine de la région parsemée de villes. »

Ce que nous avons fait à notre paysage est irréversible. Nous avons détruit ce qui existait au nom d’une étrange idée de progrès qui ne s’est jamais concrétisée.

Le Dernier pour la route voit ainsi deux esprits libres avec un penchant pour la bouteille embarquer un troisième larron, plus jeune, moins abîmé, dans un road-trip jusqu’au bout de la nuit et au gré des panoramas du nord-est de l’Italie. « Les road-movies permettent un cinéma topographique, confie le cinéaste, lui-même originaire de la région. J’ai voulu l’explorer comme s’il s’agissait d’un continent autonome, en en recréant une carte intérieure. J’ai passé des années à voyager dans la plaine vénitienne en essayant de la voir avec un regard neuf, comme si c’était la première fois. »

Dans « Le Dernier pour la route », deux esprits libres embarquent un troisième larron, plus jeune, moins abîmé, dans un road-trip au gré des panoramas du nord-est de l’Italie.

Dans « Le Dernier pour la route », deux esprits libres embarquent un troisième larron, plus jeune, moins abîmé, dans un road-trip au gré des panoramas du nord-est de l’Italie. Vivo Film/Rai Cinema/Maze Pictures

Le Dernier pour la route, un film carte postale ? Pas exactement. Sossai signe ici un exercice de style en forme de manifeste s’attaquant à une Italie qu’on n’a pas l’habitude de voir – rurale, presque nécrosée –, une œuvre politique « d’autant plus que les deux protagonistes, produit d’une époque autant que reflet du destin de l’Italie de ces quarante dernières années, mènent une forme de résistance », selon lui. « L’Italie a pris le chemin inverse de la France et de l’Angleterre. Ce que nous avons fait à notre paysage est irréversible. Nous avons détruit ce qui existait au nom d’une étrange idée de progrès qui ne s’est jamais concrétisée. Depuis 2008, nous vivons dans les ruines de cette idée. »

Fil rouge de cette filmographie en construction : un jeu des oppositions, visuelles autant que scénaristiques. La nostalgie du 16 mm, « support résistant au temps et à la modernité », rencontre le nouveau millénaire dans son court métrage L’Anniversaire d’Enrico (2023). Un ouvrier d’usine philosophe sur le concept du « rien » dans Altri cannibali (2021), projet d’études qu’il réalise au sein de l’Académie allemande du cinéma et de la télévision de Berlin.

Tragique et comique se mélangent dans Le Dernier pour la route, énième preuve qu’« en réfléchissant aux extrêmes, on peut arriver à cet objet mystérieux qu’est l’authenticité, raconter la vie telle qu’elle est : pleine de choses terrifiantes, ridicules, belles, tristes ». Avec son cinéma tout en nuances et en contradictions, Francesco Sossai a su convaincre le public. Le 7 mai, on verra s’il a réussi à convaincre ses pairs.

À lire aussi :


Source:

www.telerama.fr

Annonce publicitairespot_img

Derniers articles

Annonce publicitairespot_img