Publié le 29/04/2026 20:01
Mis à jour le 29/04/2026 20:28
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Robert Bourgi, le sulfureux avocat qui fut le tombeur de François Fillon en 2017 dans l’affaire des costumes, affirme en exclusivité à « Complément d’enquête » que Dominique de Villepin aurait reçu pour 125 000 euros de cadeaux, notamment de la part d’un dictateur africain. L’intéressé a accepté de répondre à ces allégations.
« Il aime le confort, il aime la bonne vie, et il aime les cadeaux. » L’avocat Robert Bourgi, fidèle depuis vingt ans à Nicolas Sarkozy, avait déjà fait parler de lui en 2017 en offrant pour 13 000 euros de costumes à François Fillon et en le faisant savoir à la presse. Il avait ainsi précipité la chute de François Fillon. Robert Bourgi fait aujourd’hui des révélations à « Complément d’enquête » sur un autre candidat potentiel à une élection présidentielle : Dominique de Villepin. Des cadeaux, l’ancien ministre en aurait selon lui reçu de très précieux, de la part d’un industriel italien et d’un dictateur africain.
« Président, il faudrait quand même que tu aies un geste pour Dominique de Villepin, qui est ministre des Affaires étrangères », aurait soufflé cet ancien pilier des réseaux de la Françafrique, selon son récit, au président burkinabè d’alors, Blaise Compaoré. Et de lui suggérer un buste de Bonaparte (le péché mignon de Dominique de Villepin, toujours selon Robert Bourgi) repéré à la galerie parisienne de Souzy. L’objet, signé Charles-Louis Corbet, « a été livré au Quai d’Orsay, dans le bureau de Dominique de Villepin », affirme l’homme d’affaires.
De fait, ce buste de Bonaparte est visible aux côtés du ministre dès le printemps 2002, comme l’attestent différentes photos du bureau de Dominique de Villepin. Il trône aussi en couverture d’un journal people, aux côtés de « Dominique le flamboyant ». Quant à la facture que produit Robert Bourgi pour ce bronze, réglée par « Monsieur le président de la République du Burkina Faso », elle est d’un montant de 75 000 euros.
Interrogé, Dominique de Villepin affirme que le buste en question lui « a été donné pour [s]on anniversaire par Robert Bourgi ». Un cadeau dont il dit ignorer le prix comme la provenance. « Il ne m’a à aucun moment été offert par le président du Burkina Faso », maintient-il devant la facture de la galerie de Souzy.
L’ancien ministre reconnaît ensuite avoir reçu du même Robert Bourgi une deuxième statuette de Napoléon, dont il estime la valeur « autour de 10 000 euros ». Mais contrairement à ce qu’il affirme, cette œuvre aurait été payée, cette fois, par un certain Gian Angelo Perrucci, roi du pétrole en Afrique désireux de s’attirer les bonnes grâces du ministre des Affaires étrangères. Selon la facture produite par Robert Bourgi, l’industriel italien a acquis pour la somme de 50 000 euros une statuette représentant l’empereur Napoléon à Sainte-Hélène.
Contacté par téléphone, Gian Angelo Perrucci confirme avoir offert cette statuette à un Dominique de Villepin « très content », qu’il aurait auparavant rencontré par deux fois. En échange, aurait-il espéré la Légion d’Honneur ? Il ne l’a en tout cas jamais reçue, regrette-t-il, alors que Robert Bourgi aurait tenté de la lui obtenir pour avoir « beaucoup aidé les compagnies françaises en Afrique à obtenir des puits de pétrole, des concessions »… Dominique de Villepin, de son côté, assure ne pas avoir souvenir du chef d’entreprise italien.
Même si à l’époque, il n’y avait rien d’illégal à accepter ces cadeaux, de 75 000 euros pour le premier et de 50 000 euros pour le second, ils posent question. « C’est dix fois plus » que les costumes de François Fillon… Ont-ils valu des contreparties au président de la République du Burkina Faso et à l’industriel italien ? « Je n’aurais jamais accepté ces objets si j’avais su quelle était leur provenance », répond Dominique de Villepin, qui dit n’y avoir été « à aucun moment sensible ». Pourquoi alors les a-t-il gardés ? « Ecoutez, je vous les donne, finit-il par lâcher, vous en ferez ce que vous voudrez. »
Après l’interview, Dominique de Villepin nous affirme que la facture à 75 000 euros ne correspondrait pas au buste de Napoléon.
La direction de la galerie de Souzy, elle, garantit hors caméra à « Complément d’enquête » que les factures sont authentiques, qu’elles correspondent aux œuvres… et qu’elles ont été réglées par le président du Burkina Faso et Gian Angelo Perrucci, au prix du marché.
Extrait de « L’intrigant Dominique de Villepin », à voir dans « Complément d’enquête » le 30 avril 2026.
Source:
www.franceinfo.fr





