Une étrange hiérarchie des informations. Dans un communiqué diffusé le 9 avril dernier, le groupe Bayard faisait part d’une consolidation de « son plan de transformation CAP 2029 en engageant un plan de compétitivité ».
Derrière la formule, les annonces de la création d’une gamme de jeux destinée aux adultes, mais aussi de la mise en ligne d’une application internationale de prières, Living With Christ, ou encore de l’acquisition du parc d’attractions Kingoland. Après ces détails survenait seulement le « plan de compétitivité », présenté en deux volets.
Un « plan d’économies » des « dépenses externes » du groupe, d’une part, et des Plans de Sauvegarde de l’Emploi (PSE) au sein de Bayard SA et Milan, d’autre part. Ceux-ci sont « susceptibles de concerner jusqu’à 59 postes, soit 5 % des effectifs du Groupe en France », précisait le groupe, ajoutant qu’un « plan de licenciements économiques de moins de 10 salariés sera également mis en place au sein de Bayard Service ».
Cette dernière filiale abritait une agence de conception et de suivi de « projets éditoriaux, numériques, de stratégie de communication, de création et refonte d’identité, du développement de campagne 360 ou webmarketing et réseaux sociaux ». Déficitaire depuis plusieurs années, elle a réalisé en 2025 un chiffre d’affaires de 6,85 millions €, pour un résultat net négatif de 587.000 €.
Une presse mal en point
Le groupe Bayard SA, en 2025, affiche pour sa part un chiffre d’affaires de 162,8 millions €, en baisse de 6 % par rapport à l’année précédente (173,2 millions €). Le résultat net reste déficitaire, à -14,8 millions €, même si une progression est notable par rapport à 2024, quand les pertes s’élevaient à 18,7 millions €.
« Dans un contexte économique incertain (décroissance du marché de la presse notamment) le Groupe va définir dans les prochains mois une stratégie et un plan ambitieux de transformation lui permettant d’assurer sa pérennité », annonçaient alors les comptes sociaux du groupe, parallèlement à ces résultats.
Ainsi, « ce PSE n’est pas une surprise, quand on voit l’état de la presse imprimée en France, encore plus sur le segment des magazines pour les ados », relève Thomas Hamon, délégué syndical CFDT-SNLE au sein de Bayard Éditions. « Autant J’aime Lire ou Astrapi peuvent encore fonctionner, autant les plus de 10 ans ont complément décrochés, ils ne lisent presque plus sur papier », ajoute-t-il.
À LIRE – Écrans, parents, école… Comment expliquer le déclin de la lecture chez les jeunes ?
« Depuis presque un an, le groupe est lancé dans un plan d’économie pour faire face à la baisse d’activité de la presse qui, après un regain post-Covid, a vu ses résultats diminuer dangereusement », nous précise-t-il. « Le groupe a procédé à pas mal de réorganisations côté presse, côté édition, avec des mesures d’économie. On savait que la dernière option d’économie serait de faire baisser la masse salariale. »
Pour l’instant, le versant éditorial des activités de Bayard ne serait pas concernés. L’une des inconnues reste les éventuelles suppressions de certains magazines. Interrogé, le groupe Bayard n’a pas souhaité apporter d’informations supplémentaires, avançant que « les procédures d’information avec les CSE de l’entreprise sont en cours ». Les représentants des salariés de la presse n’ont pas souhaité non plus s’exprimer.
Un contexte difficile pour les équipes
De retour sur les comptes sociaux du groupe pour l’année 2025, tout semble aller pour le mieux : l’année « a été marquée par un nouvel élan pour Bayard », affirme le document. « Le groupe est ainsi devenu l’un des leaders de l’audio jeunesse en France, avec plus de 150 millions d’écoutes sur BayaM, les enceintes et les plateformes de streaming », quand la « stratégie digitale s’est renforcée ».
« Malgré la baisse du temps de lecture, la presse jeunesse conserve sa position dominante (1 enfant sur 2 lit un magazine du groupe) », assure même le bilan annuel, qui poursuit : « En édition, Bayard Jeunesse et Milan confirment leur leadership en BD et documentaire jeunesse. »
En interne, les raisons de se réjouir ne seraient pas si évidentes. « Côté édition, les mesures d’économie se retrouvent dans la baisse des coûts de fabrication, notamment par le renvoi d’impressions de livres réalisées en Europe vers l’Asie. Les volumes d’impression eux-mêmes sont revus à la baisse, quitte à réimprimer ensuite, pour ne pas avoir de stock. Les collections sont enfin étudiées plus en profondeur, pour voir si elles sont rentables », évoque Thomas Hamon.
Interrogé sur l’impression des ouvrages, le groupe Bayard indique que « les titres fabriqués en Asie sont principalement des livres dits “à fabrication complexe”, soumis à des contraintes techniques spécifiques » et affirme qu’il « continue par ailleurs à travailler étroitement avec de nombreux partenaires en France et en Europe. »
Cette logique d’économie généralisée « pèse sur les équipes », selon le délégué syndical CFDT-SNLE. Les voyages des équipes éditoriales à la Foire du livre de jeunesse de Bologne (ouverte le 13 avril, jusqu’à ce 16 avril au soir), dernièrement, ont ainsi été resserrés, avec un plus petit nombre de déplacements validés.
Dans ce contexte, la santé et le bien-être des équipes peuvent être mis à mal : « Nous avons fait une enquête en interne, menée par les membres du CSE, pour connaitre le ressenti des salariés », indique Thomas Hamon. « Le but de cette démarche est d’identifier les équipes où il y a des fragilités, afin de les comprendre et de trouver des solutions concrètes et réalisables pour les aider à aller mieux. »
À LIRE – Chez Gibert Joseph, des “réaménagements” contestés par une grève du personnel
Le délégué syndical relève à ce titre que la direction de Bayard « est attentive à la situation des salariés » et salue une volonté « de préserver les employés du groupe des conséquences des difficultés rencontrées par la presse ».
Sur la nouvelle stratégie mise en œuvre par le groupe, et notamment l’investissement dans le parc d’attractions Kingoland, il note que « la diversification des activités est de toute façon devenue indispensable ». « Dans un contexte de repli de la presse et de l’édition, avoir tous ses œufs dans le même panier peut être risqué. Par ailleurs, le parc d’attractions peut amener des éléments éditoriaux, comme un espace librairie ou même des attractions aux couleurs des héros. »
Photographie : illustration, ActuaLitté, CC BY SA 2.0
Par Antoine OuryContact : ao@actualitte.com
Source:
actualitte.com





