Publié le 20/04/2026 23:40
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Alors qu’il est interdit par la loi depuis 1998, le bizutage continue de sévir dans les facultés, et particulièrement en médecine. France Télévisions a pu recueillir des témoignages de soirées rapportant des pratiques humiliantes et parfois dangereuses pour les étudiants.
Ce texte correspond à une partie de la retranscription du reportage ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder dans son intégralité.
Manger des aliments crus ou pour animaux. Des défis qui vont toujours plus loin où les étudiants sont parfois entravés. Depuis 28 ans, le bizutage est interdit par la loi, mais sous couvert de tradition, toute l’année, des étudiants en médecine continuent de se livrer à ces rituels qui peuvent parfois mal tourner.
Un étudiant fait partie d’une confrérie. Un groupe en théorie festif. Mais pour en faire partie, il faut passer ce qu’il appelle un baptême, qui va parfois trop loin selon lui dans les filières santé. Il a pu se procurer quelques photos. « C’est un baptême que j’ai trouvé très choquant. Il y en a une qui s’est fait aligner de la farine devant elle et elle devait prendre des rails de farine. Ils leur avaient disposé au sol des cartons avec différentes nourritures qu’ils ont balancées. De la nourriture pour chiens qu’ils devaient avaler en faisant des poses sexy. Ce qu’on voit sur la dernière photo, c’est une personne qui fond en larmes après une épreuve où elle s’est retrouvée enterrée, avec des personnes qui venaient balancer quelques gorgées de bière, venir uriner, venir vomir. Quand on est alcoolisé et entouré de quarante personnes qui nous forcent, qui nous incitent, qui rigolent, on n’est pas consentant », témoigne-t-il.
Exceptionnellement, une étudiante a accepté de nous parler de son baptême. Appartenir à ce groupe d’étudiants était pour elle très important. Elle nous raconte ce passage obligé auquel elle s’est soumise. « On cherche juste à se faire des nouveaux copains. Quand on arrive, dans mon cas, j’avais un sac-poubelle sur la tête. On nous fait nous agenouiller, on peut nous crier dessus pour nous dire de boire. Pendant les petites activités qu’on nous fait faire, les gens qui regardent nous crachent dessus. Il y a vraiment une ambiance mise pour créer une forme d’humiliation. On se dit que si on signale, ça peut nous retomber dessus », raconte-t-elle.
Ces traditions interdites seraient encore ancrées dans certaines facultés de médecine. C’est en tout cas ce que révèle un rapport sur l’Université de Tours en 2025 que nous avons pu consulter. Suite à un signalement, une enquête a été menée par l’inspection générale de l’éducation qui mentionne du bizutage toute l’année. Le rapport évoque des étudiants qui rachètent des pins à coups de défis, comme « des boissons à boire avec des glaçons d’urine », ou pire encore, « des rapports oraux (fellations) avec les hommes des années supérieures ». Le rapport conclut : « Au nom de la tradition, les pratiques de bizutage sont également apparues comme encore fortement implantées en médecine, malgré leur interdiction légale ».
L’université a mis en place un plan de lutte contre le bizutage en fermant des associations et a exclu une dizaine d’étudiants le 2 avril dernier. L’enquête ouverte par la justice pour bizutage et atteinte sexuelle a été classée sans suite, faute de témoignages.
Mais est-ce un cas isolé ? Quelle est l’ampleur de ces pratiques ? Lors de notre enquête, une lanceuse d’alerte nous a fait parvenir des vidéos postées sur des réseaux sociaux privés d’étudiants en médecine. Cette fois-ci, à Marseille. Encore les mêmes défis. Parfois en plein jour, comme manger un poisson cru. Mais aussi, dans des soirées plus privées, comme en décembre dernier, une simulation de prise d’otage avec des armes factices. Peu après, les mains liées, les étudiants semblent contraints à boire. Autre défi qui paraît récurrent, mimer des positions à connotation sexuelle. Et parfois, cela semble mal tourner. Une jeune fille est maintenue la tête sous l’eau. Une autre a l’air mal en point.
Des vidéos que nous avons montrées au comité contre le bizutage. « C’est inacceptable. Le voir maintenant, 25 ans après le vote de la loi, c’est quand même… Même s’ils sont d’accord, parce que la loi sur le bizutage est très claire. Elle dit contre son gré ou non. À partir du moment où l’université a connaissance de cas de bizutage, elle a le devoir de saisir le procureur », souligne Marie-France Henry, présidente du Comité national contre le bizutage. Le comité a alerté le ministère de l’Enseignement supérieur, qui n’a pas souhaité nous répondre. Contactée, l’université de Marseille affirme condamner toute forme de violence et faire le nécessaire en cas de signalement. En France, le bizutage est puni de six mois d’emprisonnement et de 7 500 euros d’amende.
Source:
www.franceinfo.fr





