Figure française de l’art minimal ou nouvelle incarnation de l’esprit dada ? D’emblée, l’accrochage de cette rétrospective de François Morellet, qui est mort il y a dix ans et aurait eu 100 ans en 2026, accroche le regard du visiteur par une provocation, attirant l’attention sur l’ambivalence de ses questionnements et de sa pratique. « Fils monstrueux de Mondrian et de Picabia, j’ai développé depuis 1952 tout un programme de systèmes aussi rigoureux qu’absurdes », écrivait celui-ci.
Partant des deux artistes tutélaires pour Morellet, cette grande exposition, imaginée par Michel Gauthier, conservateur au Centre Pompidou, pour l’antenne messine du musée, a choisi un double parcours, aussi chronologique que joyeusement duel : au visiteur de décider s’il opte d’abord pour la « raison » ou pour la « déraison ».
La voie de la « raison » suit l’évolution des règles picturales que s’est très vite imposées le jeune Morellet pour mieux en jouer. Tandis que celle de la « déraison » plonge dans l’esprit subversif, critique et fantaisiste de plus en plus débridé de l’artiste, au-delà de l’apparente sobriété des lignes, souvent tracées par des flashs ou des néons. A explorer son œuvre, on constate qu’il s’agit moins de deux facettes distinctes de l’artiste que d’une ambivalence essentielle, qui s’est affirmée dans le temps. Au passage, la scénographie épouse discrètement mais joliment le propos, avec des cimaises qui forment uniquement des angles droits du côté du cheminement de la « raison », pour s’ouvrir peu à peu, déstructurant l’espace dans la seconde partie.
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Source:
www.lemonde.fr





