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115 auteurices suivent Olivier Nora après son licenciement, contre “l'autoritarisme”

Dans une lettre commune, 115 auteurices publiés par la maison Grasset dénoncent « une atteinte inacceptable à l’indépendance éditoriale » après le licenciement d’Olivier Nora, annoncé le mardi 14 avril dernier. En poste depuis 2000, ce professionnel venu des éditions Calmann-Lévy est particulièrement respecté au sein du milieu de l’édition.

La fronde des auteurs et autrices du catalogue Grasset en est une nouvelle preuve : Virginie Despentes, Sorj Chalandon, Vanessa Springora, Bernard-Henri Lévy, Frédéric Beigbeder, Anne Sinclair, Jean-Paul Enthoven, Anne Berest ou encore Colombe Schneck cosignent ainsi une lettre engagée contre le propriétaire du groupe Hachette, Vincent Bolloré : « Nous ne signerons pas notre prochain livre chez Grasset », affirment-ils.

« Aujourd’hui, nous avons un point commun : nous refusons d’être les otages d’une guerre idéologique visant à imposer l’autoritarisme partout dans la culture et les médias », poursuivent les cosignataires, qui refusent que leurs idées et travaux soient la « propriété » de Vincent Bolloré. Le limogeage d’Olivier Nora a été un véritable déclencheur : il y a encore quelques mois, des auteurs de la maison Grasset indiquaient ne pas envisager de quitter le groupe Hachette, version Bolloré, par fidélité à leur éditeur.

Comme le rappelait ActuaLitté dans un article, la rupture unilatérale d’un contrat d’édition par un auteur n’est pas aisée. Elle doit se baser sur des manquements avérés de l’éditeur quant à un certain nombre d’engagements de sa part, et le rachat par un milliardaire ou les décisions stratégiques n’en font pas partie.

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Il n’existe pas de clause de conscience des auteurs, qui leur permettraient de récupérer leurs droits d’exploitation sur une œuvre en cas de changement de propriétaire d’une maison d’édition. Cependant, un groupe d’universitaires, dont Jean-Yves Mollier, professeur émérite d’histoire contemporaine, travaille à l’élaboration d’une proposition de loi destinée à inscrire cette clause de conscience dans le Code de la propriété intellectuelle.

Les cosignataires du courrier sont conscients de l’absence de levier juridique pour motiver une rupture de contrat immédiate, sans aucun doute, mais préviennent : « Nous sommes des auteurs Grasset, nous avons publié chez Grasset, ou nous avons un livre qui va sortir chez Grasset, mais nous ne signerons pas notre prochain livre chez Grasset. » Autant dire que le prochain contrat, une fois l’actuel honoré, ne sera pas signé avec la maison.

Bolloré en difficulté ?

Le licenciement d’Olivier Nora relève d’une véritable méthode mise en œuvre par Vincent Bolloré, soucieux d’écarter les éléments potentiellement perturbateurs des sociétés qu’il rachète pour les remplacer par des proches acquis à sa cause. Le remplacement de Nora par Jean-Christophe Thiery de Bercegol du Moulin rappelle ainsi celui de Bertrand Meheut à la présidence du directoire de Canal+, en 2015, par un certain… Thiery de Bercegol du Moulin Jean-Christophe.

Dans les médias qu’il rachète, le système Bolloré se déploie également, par la confrontation avec les rédactions en place, généralement poussées vers la porte. Chez iTélé, devenue CNews, à Canal+, encore, ou chez Europe 1, les acquisitions du milliardaire ont été suivies de réorientations idéologiques, vers l’extrême droite et ses obsessions identitaires. Le limogeage d’Olivier Nora ferait suite à des désaccords concernant le prochain livre de Boualem Sansal, devenu une acquisition de poids pour Hachette, au détriment de son concurrent Madrigall (Gallimard).

Dans l’édition, depuis le rachat de Lagardère, cette méthode Bolloré a surtout été appliquée à Fayard, maison confiée à la fidèle Lise Boëll et devenue le fer de lance de la banalisation des auteurs suivant Bolloré dans sa croisade. Si Éric Zemmour avait déjà été changé en auteur à succès par Albin Michel avant de rallier le milliardaire breton, Fayard réunit désormais toutes les nuances de brun, de Jordan Bardella à Philippe de Villiers, en passant par Marion Maréchal ou Alain de Benoist.

Pour le reste des structures, la stratégie reste pour l’instant, dans les grandes lignes, de conserver l’existant. Hachette, avant son rachat par Bolloré, était déjà le premier groupe éditorial français, et il s’agit surtout d’en maintenir les résultats, l’entreprise du milliardaire étant aussi et avant tout, ne l’oublions pas, capitaliste. D’ailleurs, l’extrême droite ne fait pas tellement recette, dans le cas de Fayard : bénéficiaire en 2021, 2022 et 2023, la maison affichait près d’un million € de pertes en 2024.

À ce titre, le départ de 115 auteurs peut-il vraiment menacer les finances de Louis Hachette Group, l’entité derrière Hachette, et donc Grasset ? Rien n’est moins sûr : le chiffre d’affaires s’élevait à 9,6 milliards € en 2025, pour un résultat opérationnel ajusté de 551 millions €, malgré un endettement significatif, à 1,5 milliard €.

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Parmi les ouvrages ayant particulièrement participé à ces performances, le groupe relevait le dernier album d’Astérix — qui ne risque pas de rompre avec le groupe de Bolloré —, le dernier livre de l’Américain Dan Brown et ceux de Pierre Lemaitre (chez Calmann-Lévy) et d’Adélaïde de Clermont-Tonnerre (chez Grasset). Impossible de déterminer, à l’heure actuelle, si l’autrice de Je voulais vivre, publié par Grasset, est cosignataire de la lettre ouverte.

Autrement dit, la conséquence de ces départs serait essentiellement symbolique pour le groupe, avec un effet éventuel sur les récompenses décernées à l’occasion de la rentrée littéraire d’automne. Depuis quelques années, toutefois, la maison Grasset, habituée des grands prix, apparaissait moins dans les palmarès.

Photographie : illustration, ActuaLitté, CC BY SA 2.0

Par Antoine OuryContact : ao@actualitte.com


Source:

actualitte.com

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