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Festival d’Angoulême : ultime délai dans la bataille judiciaire

Toujours pas de décision, mais désormais une échéance, donc. L’audience appelée ce mercredi 29 juillet devant le tribunal judiciaire d’Angoulême a une nouvelle fois été reportée. Selon Charente Libre, la présidente du tribunal a cependant mis fin à la succession des renvois en fixant au 16 septembre 2026 la date butoir pour l’examen de l’affaire. Ce délai est présenté comme le dernier accordé aux parties.

Le tribunal n’a donc pas encore examiné le fond du contentieux qui oppose l’association historique du Festival international de la bande dessinée et la société 9e Art+ – désormais représentée dans le cadre de sa liquidation judiciaire – à l’Association pour le développement de la bande dessinée à Angoulême, dite ADBDA, ainsi qu’au groupe Morgane.

Un appel à projets contesté

Le contentieux trouve son origine dans l’appel à projets lancé en janvier 2026 par l’ADBDA pour sélectionner l’organisateur d’un nouveau festival de bande dessinée à partir de 2027.

L’association FIBD, qui revendique les droits historiques attachés à la manifestation depuis sa création en 1974, et la société 9e Art+, organisatrice du festival pendant près de vingt ans, accusent l’ADBDA d’avoir cherché à reprendre à son compte l’événement et son fonctionnement. Elles fondent leur action sur des griefs de « parasitisme » et de « concurrence déloyale ».

Les requérants affirment que 9e Art+ demeurait contractuellement chargée de l’organisation de l’édition 2027. Ils demandent au juge des référés de faire cesser ce qu’ils qualifient de « trouble manifestement illicite » et d’annuler l’appel à projets lancé par l’ADBDA.

Les requérants demandent également au tribunal d’interdire toute démarche visant à préparer un festival concurrent en 2027, sous peine d’une astreinte de 1000 € pour chaque infraction constatée. Ils réclament en outre le versement immédiat de 300.000 € à titre d’avance sur les dommages qu’ils estiment avoir subis : 250.000 € pour 9e Art+ et 50.000 € pour l’association FIBD.

Une procédure qui s’étire depuis mars

L’audience avait initialement été fixée au 18 mars 2026. Elle avait été reportée une première fois afin de permettre aux parties d’examiner les pièces communiquées, puis de nouveau renvoyée le 15 avril au 20 mai. D’autres reports ont suivi au cours de l’été, jusqu’aux audiences des 22 et 29 juillet.

Ces délais n’ont pas empêché l’ADBDA de poursuivre le processus de sélection engagé pour préparer l’après-9e Art+. Ils retardent en revanche toute clarification judiciaire sur les droits que les anciens organisateurs estiment encore détenir sur l’édition 2027.

Le 21 avril 2026, l’ADBDA a annoncé avoir retenu le groupe Morgane pour piloter le futur rendez-vous. Le projet est porté par Marie Parisot et Céline Bagot. Il a été présenté comme répondant aux attentes de la filière en matière d’exigence artistique, de diversité et de place accordée aux auteurs et autrices.

Morgane est principalement connue pour ses activités dans l’audiovisuel et l’événementiel culturel. Le groupe est notamment impliqué dans l’organisation des Francofolies de La Rochelle et du Printemps de Bourges. Son projet pour Angoulême repose toutefois sur deux responsables liées au monde du livre et de la bande dessinée.

Marie Parisot a travaillé chez Dargaud avant de prendre la direction générale des Humanoïdes Associés. Céline Bagot a, pour sa part, été responsable de la communication du festival au sein de 9e Art+, avant de créer le Pop Women Festival.

La préparation de l’édition 2027 se poursuit donc alors que la procédure judiciaire menace toujours le fondement même de la désignation de Morgane. Une décision favorable aux anciens organisateurs pourrait fragiliser l’appel à projets ou contraindre ses promoteurs à revoir le cadre du futur événement.

La liquidation de 9e Art+ n’arrête pas le contentieux

La situation s’est encore complexifiée avec le placement de 9e Art+ en liquidation judiciaire, prononcé le 7 mai 2026 par le tribunal de commerce d’Angoulême. La société laisserait environ 1,6 million d’euros de créances, notamment liées aux dépenses déjà engagées pour l’édition 2026, finalement annulée.

Cette liquidation n’a pas mis fin à l’action judiciaire. Un mandataire a été désigné pour représenter la société et poursuivre les procédures susceptibles, en cas de succès, de permettre l’indemnisation de ses créanciers. Franck Bondoux, ancien dirigeant de 9e Art+, estimait déjà que l’issue de l’affaire pouvait créer « un énorme problème » pour l’édition 2027 si la justice donnait raison aux requérants.

La bataille judiciaire constitue l’un des prolongements de la crise qui a secoué le festival en 2025. Des centaines d’auteurs et d’autrices avaient menacé de boycotter l’édition 2026, dénonçant notamment l’opacité de la gouvernance, les pratiques managériales de l’organisateur et le traitement d’une affaire de violences sexuelles impliquant une ancienne salariée.

Les éditeurs et les financeurs publics avaient ensuite retiré leur soutien à l’édition 2026. Face à cette succession de défections, 9e Art+ avait annoncé en décembre 2025 l’annulation du festival, pour la première fois depuis sa création hors période de pandémie.

Un Grand Off gratuit et indépendant s’était néanmoins tenu à Angoulême du 29 janvier au 1er février 2026, avec plus de 150 événements répartis dans une soixantaine de lieux, selon ses organisateurs.

Photographie : Le « fauve », mascotte du FIBD d’Angoulême (illustration, ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

Par Hocine BouhadjeraContact : **@********te.com


Source:

actualitte.com

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