Il est soupçonné d’avoir mis délibérément le feu à la forêt de Fontainebleau. Un pompier volontaire de 18 ans a été mis en examen et écroué, mercredi 15 juillet. Selon la procureure, il a d’abord reconnu avoir « mis le feu à des brindilles avec un briquet et de l’essence », avant de revenir sur ses aveux.
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L’incendie a ravagé 2 000 hectares de la forêt prisée des randonneurs et des grimpeurs, classée « réserve de biosphère » par l’Unesco, située à 60 km au sud-est de Paris.
Laurent Layet, psychiatre et expert auprès de la Cour de cassation, revient pour France 24 sur le profil d’un pyromane.
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France 24 : qu’est-ce qu’un pyromane ?
Laurent Layet : Les incendiaires sont un groupe global de personnes qui commettent des incendies volontairement. Parmi eux, il y en a une grande partie qui le font pour motifs religieux, politiques, de vengeance ou financiers. Le pyromane, quant à lui, n’a pas d’autres motivations que la fascination du feu lui-même.
En France, on sait aujourd’hui que dans la population globale des incendiaires – c’est-à-dire des personnes qui mettent le feu de façon volontaire – les pyromanes ne représentent qu’une petite sous-catégorie qui serait aux alentours de 3 à 5 %. Ce qui veut dire que 95 % des gens qui mettent le feu de façon volontaire ne sont pas des pyromanes.
Y a-t-il un profil type ?
Il y a des caractéristiques assez communes. Ce sont souvent des hommes parce qu’ils ont des traits d’impulsivité. Les pyromanes sont reconnus comme impulsifs parce que ça fait partie du trouble du contrôle des impulsions. Ce sont souvent des hommes jeunes parce que l’impulsivité est justement plus présente lorsqu’on est jeune et a tendance à diminuer avec l’âge. Ce sont aussi des individus avec quelques fragilités. Ils sont souvent isolés socialement [mais pas en marge de la société] et affectivement. Ils ont un support social qui ne leur permet pas de faire face aux aléas du quotidien.
Qu’est-ce qui explique le passage à l’acte d’un pyromane ?
Le pyromane n’a pas d’autres motivations que la fascination du feu lui-même. Ce sont souvent des personnes fragiles psychologiquement. Et au-delà de mettre l’incendie, certains vont participer aux secours. Ils peuvent y retrouver une forme de reconnaissance.
Comment expliquer le phénomène de pompier pyromane ?
Tous les pompiers ne sont pas des pyromanes ou tous n’ont pas un attrait particulier pour le feu. Mais si vous êtes pyromane, vous allez plutôt vous intéresser à des professions qui s’occupent et qui sont plus ou moins proches du feu : garde-champêtre, pompier… C’est comme ça que vous allez vous rapprocher de ce qui vous fascine.
Est-ce qu’il y a une altération du jugement ?
Avoir un trouble psychique ne veut pas forcément dire qu’on a une altération ou une abolition du discernement. Un pyromane, au moment où il va allumer un incendie, il est quand même conscient qu’il est en train de transgresser un interdit. Si toutes les personnes qui avaient du mal à gérer leurs pulsions ou leurs déconvenues passaient à l’acte, ce serait très compliqué.
La population des pyromanes est difficile à étudier parce qu’on l’analyse plutôt rétrospectivement. On prend en compte les cas de pyromanes qui sont traduits en justice, donc ça biaise un peu l’évaluation. Ceux que j’ai eu à examiner, on ne peut pas dire qu’ils avaient un recul critique extrêmement prononcé sur leurs actes. Être arrêtés les conduisait à avoir des propos qui pouvaient laisser penser qu’ils avaient certaines formes de regrets. Mais ces regrets sont aussi utilitaires.
Comment déterminer la responsabilité si le jugement est altéré ?
La question de la culpabilité n’est pas déterminée par le psychiatre. Lorsqu’il fait l’expertise d’un pyromane, il est auxiliaire de justice. Il renseigne la justice sur le niveau de discernement au moment du passage à l’acte : est-ce que l’intéressé est conscient de ce qu’il est en train de faire ? Dans les pyromanes que j’ai eu à examiner, la grande majorité n’avait un discernement ni altéré, ni aboli. Leur pleine responsabilité avait été établie.
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