Publié ce mardi 5 mai après plusieurs semaines d’auditions parfois polémiques, le conséquent rapport de Charles Alloncle consacré à l’audiovisuel public compte 558 pages, pour quelque 69 recommandations.
Avant même la parution du document, le travail et la méthode du député d’extrême droite ont été largement critiqué, et en premier lieu par le propre président de la commission d’enquête parlementaire sur la neutralité, le fonctionnement et le financement de l’audiovisuel public, Jérémie Patrier-Leitus (Calvados, Horizons & Indépendants).
Il pointait ainsi « l’hypermédiatisation » de Charles Alloncle, mais aussi un rapport outrancier, visant à « préparer les esprits à la privatisation de l’audiovisuel public ». Fin avril, Le Monde révélait par ailleurs que Lagardère News, propriétaire de plusieurs médias privés, dont Europe 1 et le JDD, et filiale de Louis Hachette Group, avait communiqué des listes de questions aux députés, afin d’animer les différentes auditions.
Étaient particulièrement visées Delphine Ernotte Cunci, présidente de France Télévisions, et Sibyle Veil, présidente de Radio France, lesquelles ont saisi, en septembre 2025, l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom) au sujet d’une « campagne de dénigrement systématique et quotidienne » des groupes publics sur CNews. Cette dernière chaine appartient au groupe Canal+, contrôlé par la famille Bolloré, tout comme Louis Hachette Group.
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Les opérations de lobbying sont fréquentes au sein du Parlement, mais l’association AC!! Anti-Corruption a toutefois estimé que le déroulé des auditions justifiait le dépôt d’une plainte contre X, pour prise illégale d’intérêts et trafic d’influence. Elle a été envoyée le samedi 2 mai au procureur national financier Pascal Prache, précise l’AFP.
La culture, « négligée » par France Télévisions ?
Pour revenir au rapport, celui-ci s’avère, sans surprise, particulièrement critique envers l’audiovisuel public et son fonctionnement général. Sur la programmation, par exemple, le rapporteur estime que la culture et la jeunesse sont deux thématiques « passablement négligées » par France Télévisions.
Le groupe audiovisuel public est tenu, selon son cahier des charges, de « diffuser nationalement au moins un programme culturel chaque jour en première partie de soirée ». Pour le livre et la littérature spécifiquement, France Télévisions doit programmer « des émissions exclusivement littéraires à des heures de large audience, notamment en première ou en deuxième partie de soirée sur ses chaînes nationales ».
D’après l’Arcom, ces obligations sont largement respectées, avec 793 programmes culturels proposés en première partie de soirée sur les antennes du groupe en 2023 et 817 en 2024. Charles Alloncle conteste toutefois la classification retenue, qui considère aussi comme « programmes culturels » les fictions, les documentaires et les magazines, « qui représentent 74 % de ces 817 programmes culturels en “prime time” », précise-t-il. Selon lui, la culture serait essentiellement « reléguée sur une chaîne (France 4) à l’audimat extrêmement faible, 1 % en moyenne en 2025 ».
Le député d’extrême droite s’intéresse également aux événements culturels soutenus par le groupe France Télévisions, en s’appuyant sur les 100 derniers « ayant fait l’objet d’une publication ». « Sur ces 100 événements, 32 sont soit des événements nationaux sans lieu fixe et en bonne partie à Paris (comme les Journées européennes du patrimoine ou le Printemps des poètes) ou n’ont pas du tout de lieu (comme le prix roman et essai de France Télévisions ou le Téléthon) », écrit-il.
« Sur les 68 restants, 35 sont situés à Paris, soit 51,5 % derniers événements culturels soutenus par France Télévisions », poursuit le rapporteur, qui estime qu’il « conviendrait de prendre davantage en compte les scènes régionales ».
Une fusion qui n’aurait « pas beaucoup de sens »
Parmi les recommandations du rapport, la n° 54 préconise de confier à l’Inspection générale des finances (IGF) et à l’Inspection générale des affaires culturelles (IGAC) « une mission de préfiguration de la fusion de l’Institut national de l’audiovisuel (INA) et de la Bibliothèque nationale de France (BnF) ».
Charles Alloncle indique en effet avoir noté « des similitudes fortes entre les missions de l’INA et celles de la BNF », notamment le dépôt légal audiovisuel en France, partagé entre les deux institutions patrimoniales, mais aussi le Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC).
Rappelant que la BnF a bénéficié « d’un financement annuel de l’État de l’ordre de 248 millions d’euros en 2026 et l’INA de 103 millions d’euros en 2026 », le député d’extrême droite estime qu’il est possible « d’économiser, en prenant en compte l’hypothèse la plus basse, un dixième du budget de l’INA en les fusionnant afin d’optimiser la gestion d’archives dans le contexte d’un fort virage numérique, soit 10,3 millions d’euros ».
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Lors des auditions, Fabrice Lacroix, président directeur général de l’INA, s’était exprimé sur cette possibilité, avec des réserves marquées. « Nos outils et nos méthodes sont radicalement différents de ceux de la BNF. Méfions-nous d’une fusion pure et simple. Le premier effet d’une telle opération, particulièrement dans le secteur public, est de coûter de l’argent », répondait-il à Charles Alloncle le 19 février dernier.
« La fusion des deux organismes dont les objectifs et les périmètres respectifs sont bien identifiés et qui fonctionnent selon des logiques, y compris technologiques, radicalement différentes, risque selon moi de créer seulement des coûts, plutôt que de permettre des synergies et des économies », complétait-il en indiquant qu’il pouvait étudier l’idée, qui lui paraissait néanmoins « très théorique ».
Si la proposition de Charles Alloncle n’a pas convaincu, la situation budgétaire de la BnF reste préoccupante aux yeux de certains parlementaires. À l’occasion de l’examen du projet de loi de finances pour 2026, Jean-Raymond Hugonet (Les Républicains, Essonne) et François Patriat (groupe Rassemblement des démocrates, progressistes et indépendants, Côte d’Or) s’inquiétaient ainsi d’un « mur d’investissements », pour le nouveau pôle de conservation qui s’installe à Amiens mais aussi pour l’entretien du site de Tolbiac (François-Mitterrand). 500 à 600 millions € seraient nécessaires pour sa rénovation complète.
Le rapport complet est disponible ci-dessous.
Photographie : illustration, ActuaLitté, CC BY SA 2.0
Par Antoine OuryContact : ao@actualitte.com
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