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Présidentielle 2027 : les propositions de Charles Alloncle sur l'audiovisuel public peuvent-elles alimenter les programmes des candidats à l'Elysée ?

Le rapporteur de la commission d’enquête espère que son parti, l’UDR d’Eric Ciotti, va reprendre sous forme de proposition de loi une de ses recommandations, qui achèverait de lui donner une existence politique.

Que va-t-il rester du rapport d’enquête sur l’audiovisuel public ? Va-t-il rejoindre le cimetière des textes parlementaires sans effets ou peut-il devenir le document de référence en vue d’une prochaine réforme de France Télévisions et de Radio France ? En tout cas, le député Charles Alloncle ne manque pas une occasion de prendre la lumière et de vanter ses travaux de rapporteur lors des six derniers mois en commission d’enquête, comme il l’a fait mardi 5 mai en début d’après-midi, après être arrivé tout sourire pour tenir une conférence de presse.

Son rapport a été publié dans la matinée sur le site de l’Assemblée nationale, qui a surchauffé à cause d’un trop grand nombre de connexions pour lire les conclusions et les recommandations de l’élu UDR de l’Hérault. « Ces travaux intéressent les Français. C’est un premier motif de satisfaction », a-t-il claironné devant les journalistes. Il a même évoqué « une victoire politique » car, selon lui, la direction de France Télévisions a suivi ses avis en réduisant « son budget pour la couverture du Festival de Cannes », qui débute le 12 mai.

Voilà pour les effets immédiats. Mais peut-il prolonger l’attention autour de ses propositions maintenant que la commission d’enquête est terminée ? « Ces recommandations sont des matières à réflexion et des matières à débat », avance prudemment le rapporteur. La niche parlementaire UDR du 25 juin sera pour lui l’occasion de tester la popularité politique de quelques-unes de ces préconisations. Il aimerait notamment traduire en proposition de loi sa recommandation pour prévenir des possibles conflits d’intérêts entre les dirigeants de France Télévisions et les dirigeants de boîtes de production privées.

« Pour moi, c’est une recommandation consensuelle », précise-t-il. C’est Eric Ciotti, le patron du parti, qui décidera. « On est encore dans la phase d’arbitrage des textes que l’on va proposer [lors de cette niche parlementaire]. Ce n’est pas certain, mais c’est probable qu’on reprenne cette idée », confie l’entourage du nouveau maire de Nice. Et au-delà, ce rapport peut-il servir de base dans un programme présidentiel ?

Charles Alloncle a bien pris soin de ne pas réclamer une privatisation de l’audiovisuel public, comme le réclame de longue date le Rassemblement national. « Il y a des fusions de chaînes à réaliser, mais en aucun cas, je ne me suis positionné pour la privatisation, a-t-il assuré sur franceinfo mardi matin. Demander des comptes à l’audiovisuel public, ce n’est pas régler ses comptes avec l’audiovisuel public. » A tel point que pour Jérémie Patrier-Leitus, le président Horizons de la commission d’enquête sur l’audiovisuel public, Charles Alloncle est dans une impasse politique, car toutes « ses propositions ne sont pas reprises dans son propre camp et que le RN veut aller plus loin ».

Une pique à relativiser puisque le parti de Marine Le Pen et Jordan Bardella saluent le travail du député UDR. Invitée de franceinfo mardi matin également, la députée RN du Var Laure Lavalette a rendu hommage « au travail minutieux et difficile de Charles Alloncle, malgré les pressions et les intimidations ». « Un rapport sur les dysfonctionnements de l’audiovisuel public est sain dans une démocratie, surtout à ce niveau de dépense » a-t-elle ajouté, défendant à nouveau la proposition du RN de privatiser une partie de l’audiovisuel public.

Du côté des Républicains (LR), on observe avec prudence les conclusions du rapport. « Ces préconisations ne méritent pas l’excès d’indignité que j’ai pu entendre », confie le sénateur LR des Pyrénées-Atlantiques Max Brisson, qui considère néanmoins « que Charles Alloncle parle de la télé linéaire qui n’existe déjà plus ». Il participe avec une quinzaine de sénateurs et sénatrices LR à un groupe de travail informel qui auditionne des acteurs de l’audiovisuel, et rendra ses conclusions au début du mois de juillet.

« Nous sommes contre la privatisation de l’audiovisuel public, mais je n’accepte pas l’idée que rien ne peut être bougé et que tout doit rester immuable », tout en évoquant « un travail qui pourra être judicieux » pour le candidat du parti à la présidentielle, Bruno Retailleau. « Mais on ne va pas faire nos recommandations par rapport à celles de Charles Alloncle », s’empresse-t-il de préciser.

Car l’objectif des adversaires du député UDR est de l’empêcher de préempter ce sujet. « On n’a pas attendu Charles Alloncle pour travailler sur l’audiovisuel public », commente Jérémie Patrier-Leitus, avant de rappeler que, depuis dix ans, plusieurs projets de loi – dont le dernier en date était porté par Rachida Dati – prévoyaient un rapprochement de plus en plus poussé entre France Télévisions et Radio France.

Sébastien Lecornu a également tenu à porter ce message quelques minutes après la publication du rapport mardi matin. « Des réformes seront nécessaires. Certaines sont déjà engagées. D’autres doivent venir, seul moyen de protéger le service public, les journalistes et équipes techniques qui le font vivre avec professionnalisme », a lancé en écho le Premier ministre dans un long message sur X dans lequel il critique le travail de Charles Alloncle, tout en se défendant du moindre immobilisme.

Erwan Balanant, député MoDem du Finistère et membre de la commission d’enquête, a été l’un des contradicteurs de Charles Alloncle pendant les débats. Il a promis de publier un contreprojet d’ici le début de l’été. Avec comme vocation d’alimenter un programme présidentiel futur ? « Au MoDem, nous avons décidé de porter des idées avant de supporter un candidat. Donc évidemment que ces propositions, nous allons les mettre à l’agenda politique et les porter collectivement », explique-t-il. « Ça devait être de toute façon pour moi un thème de l’élection présidentielle. La culture et l’information sont des secteurs importants de notre économie, et c’est aussi un enjeu de souveraineté », conclut le député breton.

À gauche, les groupes politiques dénoncent le rapport Alloncle, mais ils n’en font pas forcément un thème central de la future campagne présidentielle. « De fait, ça va devenir un sujet car la droite et l’extrême droite vont attaquer l’audiovisuel public », estime Elsa Faucillon, la députée communiste des Hauts-de-Seine. « Ce qui m’inquiète, c’est que l’audiovisuel public a anticipé les recommandations du rapport Alloncle et s’autocensure », ajoute-t-elle. « Il faudra dire qu’il y a une meilleure gestion à avoir, comme dans tous les secteurs, mais il faudra surtout marteler le message qu’on a un adversaire qui veut détruire l’audiovisuel public et faire en France l’Amérique de Trump », renchérit la députée socialiste Ayda Hadizadeh, membre de la commission d’enquête.

« On va parler médias pendant cette campagne, mais on va aller sur notre terrain, promet la députée apparentée écologiste du Val-de-Marne Sophie Taillé-Pollan. On va parler concentration des médias dans quelques mains. On va parler de Bolloré, de tout ce que Charles Alloncle a voulu éviter en créant cette commission d’enquête en guise de diversion. »

Le député UDR de l’Hérault se voit-il jouer un rôle pendant la campagne de 2027 ? Interrogé à ce sujet lors de sa conférence de presse, il l’a joué modeste. « Je ne suis pas un acteur de l’élection présidentielle », a-t-il ironisé devant les journalistes. Avant d’ajouter : « Si la question de l’audiovisuel public est importante pendant la campagne présidentielle, cela voudra peut-être dire qu’aucun début de réforme n’aura été mis en œuvre. »


Source:

www.franceinfo.fr

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